Edwy Plenel, l’accusateur public et ses quelques casseroles encombrantes

Capture d'écran © Nouvelles Pensées Critiques

Heureusement que l’Histoire existe et nous permet de faire mémoire du passé. Alors que Mediapart vient de publier son enquête accusant Jordan Bardella d’avoir tenu des propos antisémites, il n’est peut-être pas inutile de se pencher sur l’histoire professionnelle d’Edwy Plenel, qui revendique aujourd’hui le sérieux de ces révélations. En effet, elle permet de constater que celui qui se présente, avec son média, comme un dénonciateur inflexible de l’antisémitisme au nom d’un journalisme rigoureux est lui-même loin d’avoir toujours suivi cette ligne au cours de sa carrière. De ses engagements de jeunesse à certaines enquêtes controversées, le parcours de Plenel invite à regarder avec un peu de recul celui qui entend aujourd’hui distribuer les bons et les mauvais points.

Quand Plenel défendait Septembre noir

Nous sommes en septembre 1972. Les Jeux olympiques de Munich viennent d’être endeuillés par la prise d’otages menée par Septembre noir, cette organisation palestinienne qui vient d’assassiner onze membres de la délégation israélienne. Quelques semaines plus tard, dans Rouge, l’hebdomadaire de la Ligue communiste révolutionnaire, Edwy Plenel écrit, sous le pseudonyme de Joseph Krasny, un texte loin d’être ambigu sur sa position : « Aucun révolutionnaire ne peut se désolidariser de Septembre noir. Nous devons défendre inconditionnellement face à la répression les militants de cette organisation. » Il ajoute même que cette tragédie aurait même été « voulue et provoquée par les puissances impérialistes et particulièrement Israël ».

Des déclarations qui n’ont pas empêché le jeune Plenel de poursuivre sa carrière journalistique. Cependant, plus de quarante-cinq ans plus tard, Plenel a reconnu avoir écrit ce texte et a déclaré qu’il récusait « fermement » son ancienne position. Cette autocritique est à mettre à son crédit, mais elle n’efface évidemment pas sa faute, sauf s’il est prêt à accorder la même indulgence à Jordan Bardella, si les accusations portées par Mediapart à son encontre sont fondées. Pour l’instant, par ses accusations, comme le résumait parfaitement Gabrielle Cluzel, ce mercredi matin sur Europe 1, « Edwy Plenel, c’est le pyromane qui se prétend pompier ».

La création de fausses preuves

La rigueur et la véracité du travail accompli par Plenel peuvent également être interrogées à la lumière de son propre passé. En août 1987, alors journaliste au Monde, il publie une série d’articles consacrés à de supposées commissions versées au PS dans le cadre de contrats franco-panaméens. L’enquête s’appuie notamment sur une lettre censée provenir d’un conseiller commercial de l’ambassade de France au Panama. Le problème est de taille : la lettre est rapidement identifiée comme un faux et Le Monde reconnaît en 1991 que le document constituait « l’unique pièce à charge contre le Parti socialiste ». Cette affaire aurait dû suffire à ébranler durablement la crédibilité de la parole de Plenel. Mais non : le privilège rouge, sans doute.

Douze ans plus tard, Plenel est toujours là lorsque Le Monde, dirigé par lui-même, couvre en 2003 les accusations de crimes sexuels visant Dominique Baudis, l’ancien maire de Toulouse. Sans chercher à vérifier les témoignages recueillis, Le Monde se fera le puissant écho de ces diffamations, que Plenel reconnaîtra lui-même comme une « erreur ». C’est bien, de reconnaître ses fautes, encore faudrait-il arrêter de les reproduire.

Le même souci de la véracité des preuves ressurgit avec Mediapart dans l’affaire Nicolas Sarkozy lorsqu’en 2012, le journal publie une note libyenne censée établir un accord portant sur le financement de la campagne présidentielle de 2007. Pendant des années, la Justice n’établit pas formellement que le document est un faux. Mais le jugement rendu le 25 septembre 2025 dans l’affaire des financements libyens change considérablement la situation. Le tribunal a ainsi estimé qu’« il apparaît désormais que le plus probable est que ce document soit un faux ». Les magistrats constatent également que son contenu n’est pas corroboré et ne retiennent pas cette note pour établir la culpabilité de Nicolas Sarkozy. Peut être devrons-nous attendre un peu avant que Plenel ne déclare qu’il s’agit encore d’une erreur.

Plenel et Tariq Ramadan, une proximité qui fait scandale

On peut aussi évoquer la polémique autour de propos de Plenel sur le prédicateur Tariq Ramadan. En 2015, le fondateur de Mediapart avait ainsi publiquement qualifié le prédicateur musulman d’« intellectuel respectable » et avait participé à plusieurs débats avec lui. Mais lorsque, à l’automne 2017, deux femmes accusent Ramadan de viol, cette proximité revient brutalement dans le débat public. Charlie Hebdo décide alors de s’attaquer directement à Plenel dans une caricature accompagnée de la formule : « Affaire Ramadan, Mediapart révèle : « On ne savait pas » », dénonçant ainsi une complaisance de Plenel à l’égard de Ramadan.

La polémique prend ensuite une tout autre ampleur lorsque Plenel se défend en dénonçant ce qu’il présente comme une « guerre aux musulmans », tandis que Manuel Valls prend publiquement la défense de Charlie Hebdo et s’en prend vivement au fondateur de Mediapart. Dans une tribune publiée par Le Monde, l’ancien Premier ministre dénonce ainsi « cette complaisance, cette tolérance vis-à-vis des extrémismes religieux » et reproche même à Plenel sa « complaisance » et sa « complicité intellectuelle » envers le terrorisme.

Eric de Mascureau

https://www.bvoltaire.fr/edwy-plenel-laccusateur-public-aux-casseroles-bien-encombrantes/

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