Une très jeune femme exprime sa colère contre France Travail et un système qui pousse de nombreux Français à bout. Entre démarches compliquées, incompréhension et sentiment de ne pas être écouté, la frustration monte.
Son témoignage reflète-t-il une réalité vécue par beaucoup de demandeurs d’emploi en France ? France Travail aide-t-il réellement les personnes en difficulté ou ajoute-t-il encore plus de pression ?
Il y a une réalité chiffrée en septembre 2026 : 5,8 millions de demandeurs d’emploi toutes catégories. 742 882 offres actuellement affichées dans les agences.
Lisez plutôt son témoignage et regardez la vidéo jointe :
« Je suis allée à mon premier atelier France Travail. Donc c’était un atelier de 3 h qui était censé finalement nous proposer l’équivalent d’un bilan de compétences selon mon conseiller, je ne fais que reprendre ses mots. Bon, déjà, la meuf arrive avec 10 minutes de retard, soit. L’atelier a duré 3 h qui se sont découpées aussi simplement que comme ça.
1 heure de présentation de tout le monde. On était 8.
1 heure pour faire la distinction entre un savoir-faire et un savoir-être.
Et la dernière heure a été gracieusement occupée sur un poste d’ordinateur pour nous demander de compléter nos compétences dans le logiciel France Travail ; chose que j’avais déjà faite moi-même avant de venir.
Cet atelier a donc été d’une inutilité sans nom. Voilà. Donc, France Travail m’a fait perdre 3 heures de mon temps. On a également profité pour humilier quelques personnes qui étaient présentes, à savoir un mec qui était ingénieur en sécurité informatique. La nénette a quand même réussi à lui sortir en regardant son CV : « Enfin, de toute façon, là c’est du charabia informatique. Je ne comprends pas. » Ensuite, elle nous a quand même sorti : « Écoutez, c’est très simple. Si vous comptiez sortir d’ici avec un projet professionnel, vous vous êtes trompés. Je ne dis pas que cet atelier puisse être utile à quelques personnes, mais très sincèrement, sur les huit qui sont présents, moi comprise, euh, je ne sais même pas si ça aide une seule personne. » Vraiment, on s’est tous regardés pendant 3 h en mode « On est ensemble les reufs, (frère en verlan) est-ce qu’il faut qu’on demande la permission pour aller fumer une clope ? ». Il y avait un gars qui avait 60 berges, qui a été formé chez les Compagnons du Devoir, qui était présent pour se faire entendre dire que, de toute façon, à 60 ans, ça allait être compliqué sur le marché du travail puisqu’on était considérés comme des séniors à partir de 40.
Elle m’a quand même sorti : « Euh là, madame, là (moi) avec les deux masters, elle va pouvoir me dire ce que c’est qu’un savoir-être. » J’avais envie de lui répondre… bah, ça commencerait déjà par ne pas m’adresser la parole de cette manière, mais je me suis calmée. Mais en fait, c’est ça qui est fascinant, c’est que France Travail, c’est censé lutter contre le chômage et, en fait, c’est une sorte d’organisateur de travail inutile, quoi. Vous savez, là, il faut que vous remplissiez 15 heures de démarches qui justifient votre recherche d’emploi toutes les semaines. Ah oui, parce que pour ceux qui disent, ouais, mais s’actualiser, ça prend 2 secondes. Il faut aussi justifier de 15 heures de recherche d’emploi. Attends, non, mais parce qu’elle m’a sorti ça, elle m’a dit : « Mais, en fait, c’est simple, si vous êtes avec des amis et que, par exemple, vous parlez travail ensemble pendant le dîner et vous le rentrez dans vos démarches. » Mais ma sœur, alors déjà, si je me fais contrôler, je justifie comment ? Et de deux, France Travail, vous ne voulez pas mettre directement un micro et des caméras chez moi pour voir à quel point je suis engagée à retrouver un job ?
Enfin, je ne sais pas. En fait, c’est ça, quoi. Genre, pour eux, le présentéisme, c’est une performance. Tu fais des journées vides, mais tu es présent. Bravo. En fait, il y avait les bullshit jobs. Euh bien, il y a les bullshit recherches job. Donc voilà, quoi, France Travail, ce n’est pas d’activité productive, pas d’impact réel sur les gens que vous êtes censés aider. Enfin, je ne vois pas l’intérêt, en fait. Juste, vous nous faites perdre notre temps, c’est une manière pour nous de mériter notre allocation. D’ailleurs, je ne perçois toujours pas mes allocs, mais ça, c’est encore un autre problème. Je n’ai pas de conseiller indemnité alors que je suis censée en avoir un. En fait, là, il y a vraiment toute une institution qui fonctionne dans une logique d’inutilité productive. Mais le pire dans tout ça, c’est que je suis convaincue que les agences de France Travail savent que ce qu’ils font est inutile. Mais à un moment donné, enfin, toi, (la conseillère), tu prends ta paye pendant ces 3 h. Moi, l’idée centrale chez France Travail, c’est que le chômeur n’est pas du tout victime d’un contexte économique, mais bien responsable de sa situation. Il faut donc l’occuper, le contrôler et faire en sorte qu’il mérite ses allocs. À France Travail, il cherche à mesurer l’activité et pas l’efficacité.
Mais vous savez que le pire, c’est que non seulement ces trucs-là, ces ateliers à deux balles, ça coûte de la tune. Cette bullshitisation produit une double violence. D’abord, les agents sentent très bien qu’ils sont inutiles. À côté, nous, les chômeurs, on se fait humilier avec des activités infantilisantes, voilà, comme demander la permission pour aller pisser. C’est vraiment ça, les gens, ça va être la guerre. On va nous retirer tous nos droits. Euh là là, toutes les conditions d’accès au chômage sont en train de nous être retirées. Oui, il nous restera plus que le licenciement. Enfin, je ne sais pas vraiment, j’en peux plus. Je ne sais pas ce qui va bien en ce moment. J’en peux plus. »
(J’ai un peu retouché, car sa syntaxe était plus que flottante.)
Ce témoignage vient d’une personne réelle qui se frotte à la réalité France Travail. Pourtant, selon un sondage, tout irait bien dans le meilleur des mondes.
Il y aurait 83,7 % de satisfaits
C’est ce que dit l’institut de sondage Ipsos. France Travail l’affiche actuellement comme taux national de satisfaction concernant le « suivi et l’accompagnement ». La question posée est : « Globalement, quel est votre niveau de satisfaction concernant le suivi dont vous bénéficiez ? » Les personnes peuvent répondre : très satisfaites ; assez satisfaites ; peu satisfaites ; pas du tout satisfaites. Le taux de 83,7 % additionne donc les « très satisfaits » + « assez satisfaits ». Nous sommes d’accord que « le suivi dont vous bénéficiez ? » pourrait englober tous les services de cette administration…
Alors, soyons bien d’accord, le sujet de fond est : il s’agit du « suivi ». Donc, ce n’est pas 83,7 % des chômeurs qui sont satisfaits de France Travail. Ce n’est ni une mesure de satisfaction concernant les offres d’emploi, ni une mesure du retour à l’emploi, ni une mesure de satisfaction concernant la situation personnelle du demandeur.
En clair et décrypté : C’est un peu comme si un restaurant annonçait : « 83,7 % de nos clients sont satisfaits » après leur avoir simplement demandé s’ils avaient été bien accueillis par le serveur. Cela ne dit rien sur la qualité du repas, son prix ou le fait qu’ils reviendront. France Travail fait quelque chose de comparable : les 83,7 % concernent le « suivi et l’accompagnement », pas la satisfaction globale des chômeurs à l’égard de France Travail. Ce que l’on comprend, c’est que les demandeurs d’emploi apprécient apparemment leur conseiller. Et avec ça, on voudrait faire croire que le chômeur français plébiscite globalement les services proposés par l’État pour l’aider à retrouver un emploi…
Ah, quelle époque formidable où on aime tordre la réalité !
Parlons des conseillers
Vous voudriez vous y coller, vous ? Des piles de dossiers et des offres qui bien souvent ne correspondent pas au profil du pauvre quidam qui est de l’autre côté de votre bureau : faut pourtant oser proposer à un bac + 5 une place de plongeur dans un resto…ya qu’à traverser la rue disait l’autre…
Leur portefeuille peut être énorme. Depuis juin 2026, l’agence fixe comme repère pour l’accompagnement « Essentiel » environ 500 demandeurs d’emploi par portefeuille. Pour l’accompagnement « Intensif », le repère est d’environ 50. Avec de tels chiffres, de quel temps dispose réellement le conseiller pour connaître chacun de ces demandeurs et lui proposer quelque chose qui corresponde à son profil ?
Mais surtout : le conseiller ne fait pas que « conseiller », son administration lui demande aussi de diagnostiquer, orienter, animer des ateliers, échanger à distance, proposer des services, maintenir le contact et suivre son portefeuille.
Pour être recruté aujourd’hui comme conseiller relation demandeur d’emploi, certaines offres ne demandent ni diplôme ni expérience, avec une rémunération annoncée de 1 940 € brut par mois.
Que de soucis, quelle pression, ce défilé journalier.
Animation d’atelier
Là, nous retournons au témoignage de cette jeune femme. Déjà 8 personnes dans une pièce pendant 3 heures avec des profils et des projets totalement différents, pour un bilan de compétences ou un accompagnement personnalisé… c’est comme si moi, comme enseignant d’anglais, j’avais des 6e et des étudiants de 3e année. Comment concilier l’inconciliable ?
Au travers des mots de la demandeuse, ce que l’on ressent est un désabusement de chaque côté : elle qui n’y croit pas une seconde et la conseillère, elle, qui doit faire le job. C’est de la commedia dell’arte sans éclat. Chacun doit y tenir son rôle.
Ce qui est sûr avec ce type d’approche, c’est qu’en sortira-t-il ? Ne serait-ce que vent qui passe…
Que penser de tout cela ? Personnellement, j’affirme que nous sommes dans l’époque du déni, où la vérité est le mensonge, où la réalité est une fiction, etc… Un système qui produit un indicateur officiellement rassurant → cet indicateur devient la réalité officielle → la réalité vécue en est à mille lieues.
Alors, concernant ces demandeurs d’emploi, mis en situation d’être devenus des quémandeurs d’emploi, alors que pourtant, en amont, ils ont payé leurs charges sociales sur leurs feuilles de paye passées. Pourtant, toute la société est là, « quelle bande de fainéants, ces chômeurs » pour les faire passer pour des parasites. La machine à décerveler a tellement bien fonctionnée que ceux qui travaillent sont persuadés que ce sont tous des profiteurs qui se dorent la pilule au soleil des Seychelles. Parallèlement, d’accord, le trait est gros, l’État, comme au temps de l’Union soviétique avec ses plans quinquennaux qui annonçaient des records de production de blé, alors que la population générale crevait de faim. Il y a de ça, nous sommes dans cette logique ubuesque : 83,7 % sont satisfaits !
Youpi ! Tout roule ma poule !!!
Georges ZETER/septembre 2026
Vidéo : France Travail : ces ateliers qui mettent les chômeurs en colère
Sources
DARES — Les inscrits à France Travail au 2e trimestre 2026
DARES — Données trimestrielles France Travail
DARES — Données mensuelles France Travail
France Travail — Offres d’emploi
France Travail — Données sur les offres d’emploi diffusées
France Travail — Contrat d’engagement
Légifrance — Article L5411-6 du Code du travail
Légifrance — Article L5411-6-1 du Code du travail
Légifrance — Sanctions des demandeurs d’emploi
Légifrance — Décret du 30 mai 2025 sur les sanctions
France Travail — Faire le point sur mes compétences
France Travail — Focus compétences
France Travail — Le bilan de compétences
France Travail — Ateliers et services
France Travail — Résultats et satisfaction des demandeurs d’emploi
France Travail — Bulletin officiel, nouvelles modalités d’accompagnement 2026
France Travail — Statistiques et analyses
DARES — Statistiques sur le marché du travail
Ministère du Travail — France Travail
Ministère du Travail — Assurance chômage
INSEE — L’essentiel sur le chômage / chômage au sens du BIT
INSEE — Emploi, chômage, revenus du travail — édition 2026
https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/france-travail-l-aventure-c-est-l-272421

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