Et la France retrouva un air de famille…

Il y a une leçon immédiate à tirer du succès de la visite de Léon XIV en France : l’Église en détresse a été revivifiée grâce à l’énergie intacte du peuple catholique. Ce sauvetage devrait inspirer une classe politique en déroute, qui aligne ses présidentiables dans un brouhaha de bateleurs. Ces ambitieux, coupés des gens, incarnent un idéal fictif réduit à des slogans. Or c’est l’âme des foules qui a incité Éminences et Monseigneurs à l’humilité. Ces princes en soutane ont choisi de suivre l’instinct de survie d’une France oubliée.

En religion comme ailleurs, la réactivité du monde d’en bas est appelée à secouer l’apathie du monde d’en haut. Dans son intelligence du cœur, qui le dispense d’effets de manche et de longs discours, le pape aura amorcé en quatre jours un possible basculement spirituel. En disant aux 80 000 jeunes du Stade de France, en Seine-Saint-Denis, vendredi soir : « Vous êtes les saints de France ! », le Saint-Père a reconnu la force d’une nouvelle génération consciente de sa fragilité. Le monde musulman importé n’a d’ailleurs pas été remercié à la hauteur du réveil qu’il a provoqué chez de nombreux fidèles. Comment, en effet, ne pas admettre l’impact, sur des consciences en recherche de sens, d’une dévotion islamique prête à se substituer à un système amnésique ? L’islam, obstacle à la cohésion nationale, aura paradoxalement contribué à mobiliser la France dans une unité retrouvée.

Il ne s’agit pas de crier victoire. La déchristianisation, qui a accéléré une déculturation plus générale, laisse voir un champ de ruines. Cependant, les plus de 800 000 personnes qui ont assisté samedi à la messe, place de la Concorde et sur les Champs-Élysées, disent la puissance des invisibles. La « nouvelle France » est la nation historique. « La France est un pays de diversité », avait récité, comme un mantra, Emmanuel Macron en recevant le pape à l’Élysée, vendredi matin. Une multiethnicité joyeuse et solidaire a effectivement été observée, particulièrement parmi le jeune public de Seine-Saint-Denis. Toutefois, quand Léon XIV appelle aux conversions et à « bâtir une nation renouvelée à partir de ses racines irriguées par la foi », il s’écarte du multiculturalisme défendu par des élites déracinées, chef de l’État en tête. C’est un pays aimable et fraternel qui s’est massivement retrouvé dans les rues, brandissant ses bébés au passage du pape. La parenthèse pacifique se refermera lundi, après l’étape à Metz. Mais cette précieuse respiration fait comprendre, à qui veut l’entendre, les limites de la « diversité » lorsqu’il s’agit de faire cohabiter des cultures et des civilisations dissemblables. La sacralisation du migrant et de ses exodes, qui a permis aux médias anesthésiés de porter aux nues un « roman » écrit en réalité par l’intelligence artificielle (1), ne peut faire oublier l’exil intérieur que supportent en silence des millions de Français catholiques, soupçonnés par l’idéologie progressiste d’impardonnables sous-entendus identitaires. C’est pourtant cet air de famille qui a rendu la France heureuse.

(1) Thélyson Orélien, C’était ça ou mourir, Grasset.

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