[ÉDITO] La France rurale offre au RN une percée historique au Sénat

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L’évènement est historique pour le Rassemblement national. Le parti de Marine Le Pen aura son groupe parlementaire au Sénat transformant ainsi son éclatant succès des municipales. Une démonstration de force puisque ce sont 11 sénateurs patriotes qui font leur entrée au Palais du Luxembourg jusqu’ici cadenassé par un mode de représentation confiscatoire. Ils rejoignent ainsi les 3 sénateurs élus en 2023.

La poussée provient de toute la France, bien au-delà des territoires traditionnellement favorables au RN. Dans les Bouches-du-Rhône et le Var, deux sièges sont décrochés. Tout comme dans les Alpes-Maritimes où deux sénateurs UDR sont élus. Éric Ciotti manque son pari de ravir un troisième siège aux Républicains. Dans une campagne qu’il a fortement politisée et dans laquelle il s’est personnellement très impliqué, il ne convainc pas les élus locaux de son département de franchir le pas vers l’union des droites qu’il entend incarner. Avec le ralliement attendu mais désormais officiel de la sénatrice LR de l’Ain Sylvie Goy-Chavent, l’UDR réalise néanmoins un coup symbolique qui pourrait en annoncer d’autres.

Percée rurale

Après des années d’implantation locale laborieuse, démonstration est faite que les victoires aux élections municipales et la crédibilité d’élus disposant déjà d’un mandat pèsent dans la balance. Ainsi les députées Manon Bouquin, Sylvie Josserand et Edwige Diaz sont élues dans l’Hérault, le Gard, et la Gironde, des départements dans lesquels le RN ne disposait pas d’un capital électoral suffisant. Edwige Diaz par exemple réalise un score de 709 voix, contre 79 en 2020. Sur tout le territoire, le RN enregistre une progression très nette de ses scores. Même dans les départements où il échoue, sa progression est significative. Comme dans le Calvados où son score passe de 80 à 200 voix, dans la Somme où il réalise 277 voix contre 50 il y a six ans ou en Haute-Saône où le candidat mariniste réalise 16,22 % contre 1,72 % en 2020. Les grands électeurs, en grande majorité des maires et conseillers municipaux de territoires ruraux sans étiquette, ont donc fait confiance aux candidats de Marine Le Pen. Ainsi en Seine-Maritime – le département d’Édouard Philippe ! – où le RN remporte un siège surprise alors qu’il ne détient dans ce département aucune mairie. L’implantation locale reste le gage de victoire le plus sûr. Ainsi dans le Vaucluse où le parti que dirige Jordan Bardella est à la tête de huit communes (dont Carpentras et Orange) et détient quatre des cinq circonscriptions législatives, il obtient un siège.

Un vent se lève

Le Rassemblement national peut se satisfaire d’un scrutin qui va marquer les esprits. En vue de la présidentielle, il démontre que les verrous sont en train de sauter un à un. Les grands électeurs de la France rurale ont forcé le passage. « Les résultats vont au-delà de ce que nous pouvions espérer, la percée est générale, confirmant l’accélération de l’implantation du Rassemblement national sur tout le territoire » réagit Marine Le Pen. 15 sénateurs ne changeront pas la vie politique du pays. Mais la candidate le sait, la politique est avant tout une question de dynamique, de souffle parfois imperceptible mais bien réel. En signant au Sénat cette victoire historique pour son parti, elle envoie un signal à ses adversaires : le vent est de son côté.

Yves-Marie Sévillia

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