De la constitution…

Un cinquante-septième texte de notre rubrique « Souvenez-vous de nos doctrines » est à retrouver aujourd’hui, un extrait de Louis de Bonald tiré de ses Considérations sur la Révolution.

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C’est après 14 siècles d’existence, après 30 ans de révolution, après avoir essayé 10 constitutions différentes ; c’est après que, dans 100 écrits solides et bien raisonnés, on a démontré que la France avait une constitution, que Mme de Staël vient demander encore si la France avait une constitution et se décide pour la négative…

Au fond, cette question est absurde. La constitution d’un peuple est le mode de son existence ; et demander si un peuple qui a vécu 14 siècles, un peuple qui existe, a une constitution, c’est demander, quand il existe, s’il a fait ce qu’il faut pour exister ; c’est demander si un homme qui vit, âgé de 80 ans, est constitué pour vivre.

La royauté en France était constituée, et si bien constituée que le roi même ne mourait pas. Elle était masculine, héréditaire par ordre de primogéniture, indépendante ; et c’est à cette constitution si forte de la royauté que la France avait dû sa force de résistance et sa force d’expansion.

La nation était constituée, et si bien constituée qu’elle n’a jamais demandé à aucune nation voisine la garantie de sa constitution…

La religion était constituée, et si bien constituée qu’elle a résisté, qu’elle résiste, qu’elle résistera à toutes les attaques ; [et] que le clergé de France a tenu le premier rang dans l’Europe chrétienne, par ses docteurs et ses orateurs.

La justice était constituée, et si bien constituée que la constitution de la magistrature en France était, de l’aveu de tous les politiques, ce qu’il y a jamais eu dans ce genre de plus parfait en ce monde. Dans tout pays il y a des juges ou des jugeurs ; il n’y avait de magistrats qu’en France, parce que c’était seulement en France qu’ils avaient le devoir politique de conseil…

La religion, la royauté, la justice étaient indépendantes, chacune dans la sphère de leur activité et indépendantes comme propriétaires de leurs biens ou de leurs offices. Aussi, la nation était-elle indépendante et la plus indépendante des nations.

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Une constitution complète n’est pas celle qui termine à l’avance toutes les difficultés que les passions des hommes et les chances des événements peuvent faire naître, mais celle qui renferme le moyen de les terminer quand elles se présentent ; comme les bons tempéraments ne sont pas ceux qui empêchent ou préviennent toutes les maladies, mais ceux qui donnent au corps la force d’y résister et d’en réparer promptement les ravages…

Aussi, parce que la France avait une constitution et une forte constitution, elle s’était agrandie de règne en règne, même sous les plus faibles ; toujours enviée, jamais entamée ; souvent troublée, jamais abattue ; sortant victorieuse des revers les plus inouïs et par les moyens les plus inespérés et ne pouvant périr que par un défaut de foi à sa fortune.

https://www.actionfrancaise.net/2026/09/26/de-la-constitution/

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