
Pour la troisième fois depuis son arrivée, le pape Léon XIV a chanté Le Salve Regina avec une foule fervente. La première fois, c’était pendant les vêpres à Notre-Dame, la deuxième, au Stade de France, la troisième, pour clôturer la messe solennelle parisienne, devant un parterre de 800.000 fidèles reprenant à pleins poumons, tous en chœur, cet hymne du Moyen Âge : « Salut, ô Reine ». La République française peut bien s’étouffer, c’est comme cela : les catholiques ont une reine au Ciel. Et le pape est venu le rappeler.
Il faut l’avoir vécu pour comprendre le climat de joie et de sérénité diffus dans la capitale, ces dernières 48 heures : foin de l’attente – pendant des heures -, des transports en commun et des rues bondées, des stations de métro fermées, de la circulation impossible,: c’était un moment de grâce suspendu. Même les agents de la RATP se sont mis en quatre pour les usagers portant petit drapeau jaune et blanc. Une conductrice de train, rapporte une adjointe au maire de Rueil-Malmaison, a même fait un appel d’une voix timide au micro : elle demandait aux fidèles qui se rendaient à la messe du pape Léon XIV d’avoir une pensée et une prière pour elle. Elle aurait aimé y aller aussi, mais travaillait ce samedi-là. Ne parlons pas des forces de l’ordre, très détendues, remerciées et applaudies par tous. Le spectacle des nombreux bébés portés précautionneusement, comme autant de Petit Jésus, par des gardes suisses jusqu’au pape a aussi beaucoup ému.
Pays réconcilié
La messe de la Concorde portait bien son nom : ce pays semblait soudain, l’espace de quelques heures, réconcilié avec lui-même. L’endroit choisi a fait bien sûr gloser pour d’autres raisons : la Concorde, c’était le lieu de la guillotine pendant la Révolution, l’une de celles qui y ont été exécutées – Madame Élisabeth – a, du reste, un procès en béatification en cours, et cette messe sonnait comme une réparation pour des crimes dont ceux qui réclament, pourtant, repentance à tout va pour les autres n’ont jamais demandé pardon. Comme le moment de recueillement devant l’escalier des martyrs au couvent des Carmes : le symbole est fort et le message sous-tendu très clair, l’Église n’est pas dupe.
Il y avait dans ce voyage de Léon XIV à Paris quelque chose de celui de Jean-Paul II à Varsovie en juin 1979 : bien sûr, Macron n’est pas Jaruzelski, Robert Prévost n’est pas français (quoiqu’il se soit revendiqué à l’Élysée des origines normandes et béarnaises !), mais il y a une similitude dans les paroles graves prononcées : « Que descende l’Esprit saint et qu’il renouvelle la face de la terre, de cette terre ! », avait lancé Jean-Paul II. Le « de cette terre » désignait explicitement la Pologne. Beaucoup y avaient vu l’appel à une chute du rideau de fer. On connaît la suite. Qu’a dit dans son homélie Léon XIV ? « De cette belle ville de Paris, je prie avec ferveur pour que l’eau vive de l’Esprit saint se répande sur toute la France. » Comment ne pas y voir un appel à desserrer l’étau de dhimmitude laïque sur les catholiques aujourd’hui, cette botte dite progressiste qui les écrase dès qu’ils relèvent la tête ?
« L’école catholique a toute sa place dans le paysage éducatif d’un pays comme la France », a déclaré tranquillement le pape à l’Élysée, à peine sorti de l’avion, face à Emmanuel Macron. Et encore : « Un président de la République prétendant se désintéresser de l’Église et des catholiques manquerait à son devoir. » À bon entendeur, salut ! Sans parler de son oreille attentive, dans la Maison Bakhita, à la supplique d’une petite Sœur des Pauvres : « Priez, très Saint-Père, pour que l’euthanasie n’entre pas dans nos maisons ! »
Avec la venue de Léon XIV, les catholiques français se sentent enfin aimés (le pape François leur avait tourné le dos : même à Marseille, qui n’a pourtant pas encore fait sécession, il avait déclaré ne pas se considérer en voyage en France), protégés, l’espace d’un instant, des attaques incessantes dont ils font l’objet.
Tout n’est pas foutu
Ce samedi par exemple, alors que la journée s’était passée sans l’ombre d’une anicroche – pas un incident, dans cette foule immense, n’a été relevé -, le journaliste d’extrême gauche Paul Larrouturou a filmé et posté sur X les prêtres confessant les fidèles en marge de la messe, avec ce commentaire : « Prière de rue sur les Champs-Élysées. » Des hommes et femmes à genoux, battant leur coulpe et demandant pardon de leurs fautes, c’est tellement terrifiant ! Un prêtre a témoigné avoir confessé, tel le curé d’Ars, quatre heures durant…
Un de ceux qui ont organisé le Stade de France la veille nous confie : dans la scénographie, il était prévu que les saints apparaissent avec la main levée vers le ciel, comme pour en montrer le chemin. Mais pour ne pas donner prise à une capture d’écran assortie d’une interprétation aussi malveillante qu’absurde de la gauche, il a été préféré d’y renoncer… voilà où nous en sommes.
Mais le pape a donné des ailes aux « saints de France » : tout n’est pas foutu, loin s’en faut, ils ont un autre modèle à proposer, pour peu qu’on leur en laisse l’occasion : la veillée des jeunes, comme un anti-spectacle des Jeux olympiques, l’a montré. Le message de Léon XIV ressemble décidément beaucoup à celui de Jean-Paul II. « N’ayez pas peur. » D’être ce que vous êtes.
Capture d’écran
Église catholique – Visite du Pape en France
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