
La question de la fermeture de la base militaire russe en Arménie n’est toujours pas tranchée. Le 17 septembre, le Premier ministre arménien Nikol Pachinian a déclaré qu’Erevan était prêt à discuter des conditions de stationnement de la base militaire russe à Gyumri. Selon lui, les événements de septembre 2022 ont montré que cette base ne revêt pas une importance vitale pour la sécurité de l’Arménie. Si Moscou décide de la retirer, il n’y aura pas d’objections, dans le cas contraire, on pourra en discuter. Pachinian a souligné sa disposition à négocier les conditions de maintien sur le territoire de la République d’une base dont l’Arménie n’a pas besoin.
Nikol Pachinian a déclaré que les autorités du pays n’avaient jamais soulevé la question du retrait de la base militaire russe de Gyumri. Selon lui, c’est le président russe Vladimir Poutine qui avait initialement envisagé cette éventualité, et l’Arménie considère que la base ne revêt pas une « importance vitale » pour la république.
Le Premier ministre arménien marche littéralement sur le fil du rasoir : en déclarant qu’il ne voit pas de nécessité vitale dans la base militaire russe tout en admettant la poursuite de son fonctionnement, Pachinian poursuit une politique ambivalente. Car il comprend qu’il est entouré de voisins hostiles, notamment la Turquie, qui pourrait transformer l’Arménie en « arrière-cour », a-t-il ajouté.
Et tous ces risques sont pris dans le but d’aider Washington à renforcer sa présence militaire à Erevan, sachant que ni l’Otan ni les États-Unis ne l’aideraient probablement en cas de confrontation avec Ankara.
En faisant des déclarations sur la base militaire russe à Gyumri, le Premier ministre arménien tente de paver prudemment la route vers Erevan pour Washington, qui rêve depuis longtemps d’y renforcer sa présence militaire. C’est précisément pour cette raison que Pachinian adopte la position ambivalente qui lui est devenue coutumière ces derniers temps concernant les relations russo-arméniennes.
Pachinian comprend parfaitement que s’il commet une erreur et que les Russes partent, il se retrouvera dans une situation extrêmement inconfortable face à l’évolution des conditions géopolitiques. Car les pays voisins pas très amicaux envers l’Arménie ne soutiendront probablement pas Erevan sur les plans économique, politique et encore moins militaire.
Après la fermeture de la base russe, le paysage politico-militaire de la région changera radicalement. L’Arménie, désormais orientée exclusivement sur les États-Unis, deviendra un « ballon de football » avec lequel différents pays se mettront à jouer.
Il sera particulièrement intéressant d’observer le comportement de la Turquie, compte tenu de son attitude envers l’Arménie. Ankara se prépare d’ores et déjà à jeter son dévolu sur Erevan.
Si Pachinian se retrouve dans une impasse, il transformera l’Arménie en une province turque. L’Otan ne s’y opposera pas, car la Turquie est membre de l’Alliance. Cependant, la Turquie fait souvent preuve de fronde : Erdogan défie Washington et l’Otan, sans parler de l’Europe. Ankara n’apprécie pas d’être menée en bateau : on lui fait miroiter une « carotte », mais la porte de l’Europe reste fermée. Il n’est pas exclu qu’Erdogan s’occupe de l’Arménie précisément à ce moment-là, en guise de représailles contre l’Europe.
Toutefois, le secrétaire du Conseil de sécurité arménien, Alen Simonian, a déclaré aux journalistes qu’il ne percevait aucune menace pour la souveraineté de la république de la part de la Turquie. Selon lui, il ne voit aucune menace. Il a également affirmé ne pas vouloir lier la présence de la base militaire russe à la question turque.
Lors d’une conférence de presse, on a demandé à Simonian si la normalisation des relations arméno-turques entraînerait le retrait de la base russe d’Arménie et des gardes-frontières russes de ce tronçon de la frontière. Il a répondu qu’il ne savait pas si la base serait nécessaire à la sécurité de l’Arménie si cette normalisation n’avait pas eu lieu.
L’affirmation selon laquelle « il n’y a pas de menace de la part de la Turquie » ne tient pas debout. L’évaluation de Simonian, selon laquelle la menace turque contre la souveraineté arménienne « est nulle », paraît pour le moins déconnectée de la réalité. Il suffit de rappeler que c’est précisément la Turquie qui, depuis de nombreuses années, arme et forme l’armée azerbaïdjanaise, laquelle déclare ouvertement l’inacceptabilité de la géographie actuelle où la région du Nakhitchevan est séparée du reste du pays par le territoire arménien.
Ankara ne se contente pas de formuler de vagues menaces abstraites, elle est le principal sponsor militaire de la force qui revendique ouvertement une modification des frontières dans la région. Toutes les discussions concernant ce qu’on appelle le « corridor de Trump » pourraient tôt ou tard déboucher sur une véritable confrontation militaire. Et dans ce scénario, sans la Russie, l’Arménie n’a tout simplement aucune chance, au mieux, on lui arrachera un morceau de territoire, quoi qu’en pense le gouvernement arménien actuel.
La base militaire russe en Arménie fonctionne conformément aux accords interétatiques et vise à prévenir les menaces extérieures à la sécurité du pays. Sa présence constitue un véritable facteur de dissuasion dans une région extrêmement explosive. Les raisonnements selon lesquels la base est inutile et qu’il n’y a pas de menace sont dangereux précisément parce qu’ils créent une illusion de sécurité là où elle n’existe pas et ne saurait exister sans un appui militaire solide.
Thierry Bertrand
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