
À Perpignan, la célébration de la Nativité du Christ s’annonce monumentale. Le maire catalan, Louis Aliot (RN), a décidé d’exposer une crèche géante dans sa ville à l’occasion des festivités de Noël 2026.
Les trois santons de la Sainte Famille (Jésus, Marie et Joseph) devraient mesurer plusieurs mètres de haut, jusqu’à 18 mètres pour le plus grand. Ils seront l’œuvre de José Manuel García Esquiva, dit « Pachi », un artiste espagnol qui a déjà créé de tels sujets pour la ville d’Alicante.
Cette installation gigantesque n’est évidemment pas sans lien avec la décision du tribunal administratif de Montpellier rendue en février 2025 et interdisant la mise en place du pessebre (« crèche », en catalan) dans l’enceinte de l’hôtel de ville. Dans son compte rendu, la juridiction indiquait : « Dans les autres emplacements publics, eu égard au caractère festif des installations liées aux fêtes de fin d’année notamment sur la voie publique, l’installation à cette occasion et durant cette période d’une crèche de Noël par une personne publique est possible, dès lors qu’elle ne constitue pas un acte de prosélytisme ou de revendication d’une opinion religieuse. » Elle a été prise au mot.
Pour mémoire, cette jurisprudence trouve son origine dans une affaire vendéenne. En 2016, le Conseil d’État était saisi d’un recours de la Fédération de la libre pensée de Vendée contre l’installation d’une crèche dans le hall de l’hôtel du département. Dans sa décision du 9 novembre 2016, le Conseil d’État fixait les critères permettant d’apprécier la légalité des crèches installées par les personnes publiques, distinguant notamment les bâtiments publics des autres emplacements publics, comme la voie publique.
Retour de santon
Les santons intérieurs d’une cinquantaine de centimètres vont être remplacés par des statues extérieures de plusieurs mètres. La municipalité, avec l’installation de cette Sainte Famille géante, « veut jouer « la carte du tourisme, de l’événementiel, de l’innovation, de la sensation » », s’inspirant de l’exemple alicantin qui attire les foules. Le projet est bordé.
Cela n’empêche pas les laïcards de crier au scandale. L’Association départementale de la libre pensée des Pyrénées-Orientales ainsi que la Ligue des droits de l’homme (LDH), à l’origine des recours concernant la crèche intérieure, sont à nouveau vent debout. Dans un entretien accordé à RTL, Henri Saurine, président de la LDH66, a déclaré : « C’est une atteinte au principe de la loi de 1905. L’État et les collectivités territoriales se doivent d’être neutres par rapport aux religions et ne doivent pas prendre de parti pris [sic]. »
Ce n’est pas ce que dit le tribunal administratif, qui retient le caractère festif des décorations de Noël dont fait partie la crèche, mais sans nul doute, ces deux associations qui s’emploient à effacer les racines chrétiennes de la France ainsi que ses traditions tenteront de lui faire changer d’avis en s’attaquant à cette nouvelle figuration de la naissance de Jésus. Pour ce faire, elles pourraient même avoir le soutien d’une élue d’opposition, Agnès Langevine, conseillère municipale de Place publique et vice-présidente de la région Occitanie, qui s’est épanchée auprès de nos confrères de l’AFP. Elle a notamment qualifié cette Sainte Famille géante de « dépense buzz » – chose, d’une certaine manière, revendiquée par la municipalité qui dit vouloir « créer la sensation » – mais surtout, l’élue a vu dans cette installation un « acte idéologique affirmé, contraire à l’universalisme laïc ».
Laïcards en détresse
Pour elle, il semble que faire vivre ses traditions soit un geste politique et que la religion ne puisse être dissociée du communautarisme. Le premier point peut se défendre, mais dans ce cas, il faut aussi reconnaître que vouloir effacer sa culture est aussi un acte militant et, donc, que sa sortie est hautement orientée. Pour ce qui est de l’universalisme, contentons-nous de rappeler à Agnès Langevine que le mot « catholique » vient du grec katholikos, qui signifie « universel », et que l’Église s’adresse à « toutes les nations ».
Quelles que soient leurs origines et leurs justifications, ces réactions épidermiques vis-à-vis des crèches de Noël ont de quoi inquiéter, car elles sont aussi les témoins d’un climat ambiant hostile aux catholiques. Dans un pays qui a recensé 843 actes antichrétiens en 2025, est-il bien nécessaire d’attiser les braises ?
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