La dernière blague : le SNV…

Après avoir démoli les communautés traditionnelles de l’Ancien Régime, la République avait trouvé trois grands tuyaux pour fabriquer du bon républicain : l’École, le Syndicat, l’Armée. Trois robinets. Trois fabriques à citoyens. Seulement voilà : l’École, c’est terminé. Elle ne fabrique plus rien, sinon des illettrés diplômés. Les syndicats ? Ils ne représentent plus grand monde. Quant à l’Armée, elle est devenue une peau de chagrin, même si le Sabre est la dernière institution que les Français regardent encore avec respect. 

Mais, le Sabre, faut pas trop lui demander… Aujourd’hui, pour la guerre de haute intensité, la France peut compter sur environ 80 000 à 100 000 militaires réellement susceptibles de combattre, en comptant les unités de combat et leurs appuis. À cela s’ajoutent 44 000 réservistes opérationnels… même si une partie seulement peut combattre. Et puis il y a les RSMA outre-mer. Environ 6 000 jeunes par an. Ceux-là, ne les comptons pas comme combattants. Leur vocation est l’insertion sociale mais ils constituent une capacité humaine et territoriale précieuse. Là-bas, dans les confettis de l’Ancien Régime, ils tiennent encore un peu de pays.

Restait le grand SNU ! Cohésion nationale ! Citoyenneté ! Marseillaise ! Tout le tralala républicain… mais pas question d’en faire des soldats. Le SNU devait surtout fabriquer du civisme, et accessoirement quelques futurs réservistes. Fiasco ! 

Alors on recommence. Même tambouille, nouvelle étiquette. Voici donc le Service national volontaire, SNV... annoncé par Macron : 3 000 jeunes pour commencer. Dix mois en uniforme, dix mois de discipline, de marche, de formation militaire et de maniement des armes. 800 euros brut par mois, gîte et couvert. Et demain ? 50 000 volontaires ! Oui, Rien que ça ! Magnifique ! La République découvre soudain qu’il existe encore des jeunes, des uniformes, des drapeaux et même des armes. Il suffisait donc de changer le nom ! Le miracle bureaucratique de l’État-providence ! Le SNU devient SNV. Après avoir laissé filer pendant des décennies le sentiment national, la République redécouvre soudain les vertus du drapeau tricolore. Comme c’est touchant... Mais attention… c’est pas du nationalisme… surtout pas !!! C’est du chauvinisme républicain en uniforme. 

Et l’outre-mer dans tout ça ? Ah, l’outre-mer… Pas question, évidemment, d’envoyer ces jeunes faire la guerre. Faut pas exagérer ! Mais ils pourront être affectés dans les territoires ultramarins pour surveiller, protéger, participer à la protection des emprises militaires, à la surveillance du territoire et du littoral. La guerre ? Non ! La présence militaire ? Oui.Seulement voilà : le SNV ne prévoit pas de quota spécifique pour l’outre-mer. Alors là… Merde ! La République est démasquée ! Elle nous promet 50 000 volontaires, mais elle ne sait même pas combien elle en mettra dans nos territoires ultramarins. 

Reste le problème essentiel : est-ce que cinq semaines de formation militaire initiale, étalées sur dix mois, suffiront à fabriquer des soldats ? On voudrait y croire… Mais pour refaire une Armée digne de ce nom, il faudra probablement un peu plus qu’un treillis, quelques chants vasouillards, de la marche au pas et 800 euros brut mensuels. Il faudra des cadres et des munitions, de l’entraînement, du temps et surtout une chose devenue rare : la volonté de faire la guerre alors que la planète est fiévreuse !

Mais patience ! Avec le SNV, cette fois, paraît-il, ça va marcher. Et là, franchement… On croirait entendre Macron dans le texte. Du vrai républicain quoi !

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