
Le litre de gazole dépasse désormais les 2,40 euros et les tensions dans les stations-service s’aggravent. Réuni à Bercy mardi 22 septembre, le gouvernement a présenté une nouvelle série de mesures pour amortir la flambée des carburants, conséquence des conflits au Moyen-Orient et en Ukraine.
L’aide de 100 euros aux « grands rouleurs », sera prolongée jusqu’à la fin de l’année et élargie à 5,5 millions de bénéficiaires, contre 3 millions auparavant. Selon la ministre déléguée à l’Énergie, Maud Bregeon, cette aide représente environ 40 centimes par litre sur deux mois, et sera versée automatiquement aux personnes ayant déjà bénéficié du premier dispositif. En 2023, cette aide ciblait près de 10 millions de personnes, 5,5 millions en ont fait la demande mais seulement 3,3 millions de Français ont pu en bénéficier. L’exécutif relève également le plafond de la prime carburant versée par les employeurs de 600 à 1 000 euros, reconduit les aides au BTP et à l’agriculture, crée un bonus de 80 euros pour les infirmiers parcourant plus de 100 kilomètres par jour et maintient le chèque énergie. L’ensemble représente 450 millions d’euros, financés dans l’enveloppe de 1,4 milliard déjà prévue.
Le gouvernement assume en revanche son refus d’une baisse générale des taxes sur les carburants, privilégiant des aides ciblées plutôt qu’un allègement de la fiscalité à la pompe. D’après le ministre de l’économie, Roland Lescure : « force est de constater que cette rentrée présente une situation dégradée », une banalité qui ne suffira pas à renforcer la confiance des Français en leur gouvernement pour gérer cette énième crise. Invité ce mercredi matin de « Bonjour ! La matinale TF1 », l’ancien ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, déclarait que ces mesures étaient « justes et nécessaires », mais plaide, tout comme le candidat Les Républicains à la présidentielle, pour la suppression des certificats d’économie d’énergie, dispositif mis en place en 2005, qui contraint les fournisseurs d’énergie à financer des actions de réduction de la consommation, dont le coût est répercuté sur le prix final. Selon lui, cette mesure est coûteuse et inefficace : « ils financent la transition écologique ? C’est faux, c’est une usine à gaz qui ne donne pas les résultats nécessaires, la Cour des comptes l’a elle-même établie : 30 % des gestes financés par ces certificats ne sont pas conformes » a-t-il déclaré.
Cette flambée des prix alimente une ruée vers les stations-services. Selon Le Figaro, près d’une sur cinq connaît désormais des ruptures d’au moins un carburant, dans les stations TotalEnergies, près de neuf sur dix sont touchées. Les territoires ruraux, où la voiture reste indispensable au quotidien, figurent parmi les plus exposés à la hausse des prix : dans les villages, près de neuf actifs sur dix utilisent leur voiture pour travailler.
La droite dénonce une « usine à gaz » et des « chèques bureaucratiques »
Ces annonces ont immédiatement relancé le débat sur la fiscalité des carburants. Sur X, Éric Ciotti a dénoncé une « usine à gaz » reposant sur des « chèques bureaucratiques » plutôt que sur une baisse de la TVA. Le président de l’UDR rappelle que près de la moitié des Français éligibles à la première aide destinée aux grands rouleurs ne l’ont jamais demandée, estimant que « la bureaucratie et la suradministration ne régleront rien pour le pouvoir d’achat mais augmenteront la dépense publique ».
De son côté, le Rassemblement national dénonce le fait que « des millions » de Français doivent désormais rationner leurs pleins ou renoncer à certains déplacements faute de moyens. Il remet sur la table la proposition de Marine Le Pen de ramener la TVA sur les carburants de 20 % à 5,5 % et de revenir sur les hausses des droits d’accise, anciennement TICPE, qui rapportent plusieurs dizaines de milliards d’euros à l’État, décidées sous la présidence d’Emmanuel Macron en 2018, faisant valoir que plus de la moitié du prix payé à la pompe correspond aujourd’hui à la fiscalité.
Le député et porte-parole du RN, Gaëtan Dussausaye, insiste lui aussi, sur la portée limitée des annonces de Bercy. Selon lui, les aides aux grands rouleurs ne toucheront au « grand maximum que 14 % des automobilistes français », rappelant sur X, qu’à peine la moitié des bénéficiaires potentiels avait effectivement perçu la précédente aide mise en place en 2023.
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