Selon une vision cynique, autrefois, la guerre servait de dérivatif aux difficultés intérieures. Les lauriers de la victoire qui couronnaient le souverain lui permettaient de reconstruire sa légitimité.
Une guerre victorieuse et brève, disait-on alors !
Seulement, depuis on ne lit plus la guerre des Gaules de César et l’élite actuelle ignore sûrement tout du culte de Mars. Gardons-nous pourtant de trop de mépris, car ces gens sont nés avec la sociologie et la communication du temps de Karl Rove1.
Pour cette raison, le victorieux n’est plus nécessaire dans une guerre et l’hystérie anti russe entre exactement dans la catégorie. Soucieux du royaume, un roi éviterait d’aller provoquer la Russie, car nous n’avons ni les armes, ni assez d’hommes1 pour la vaincre.
Et, quelque part, cette situation a un premier avantage : l’absence de victoire signifie l’absence de général victorieux et couvert de laurier qui pourrait s’inviter à la table. Un avantage considérable pour une classe politique à la légitimité vacillante.
La question paradoxale est donc : en quoi une guerre perdante, puisqu’un conflit avec la Russie sera ingagnable, peut-elle renforcer la position de la caste dirigeante ?
Le prérequis était de trouver un adversaire qui ne puisse pas gagner et si nous sommes incapables de vaincre la Russie, la réciproque est vraie. Occuper un territoire et tenir une population hostile exige, selon l’étude de référence faite par James Quinlivan pour la RAND (1995) environ 20 membres des forces de sécurité pour 1 000 habitants. L’Europe compte 440 millions d’habitants, la Russie devrait, en permanence, mobiliser 8,8 millions de soldats sur ses arrières. Ajoutez les remplacements, les rotations, les troupes de première ligne et la Russie n’en a démographiquement pas les moyens. Son excellente armée, bien approvisionnée, gagnera toutes les batailles en Europe Orientale. Ensuite, elle sera confrontée aux différences d’écartement des réseaux ferrés qui pénaliseront sa logistique au moment où ses lignes de ravitaillement s’allongeront. On ne gagne pas une guerre dans ces conditions.
L’Europe sera donc sauvée par un miracle Européen puissamment mobilisateur qui reconstruira la légitimité de la classe dirigeante européenne. Certes, un César n’aurait pas fait ce conflit, mais il était un homme. Donc comptable des succès et des échecs et ceux du début de la guerre l’auraient détruit. Une classe n’a pas cette problématique : la communication trouvera un bouc émissaire qui, après quelques années de traversée du désert, sera discrètement recasé dans une fonction médiatiquement peu exposée où il se refera financièrement2.
Les raisons de communication et de formatage de l’opinion.
Cette guerre sera donc une bonne guerre, d’abord pour des raisons de communications, car elle créera la réalité par son discours comme le définissait Karl Rove.
Ce conflit fera échapper l’UE à toute discussion sur son bilan.
Aujourd’hui, l’UE est confrontée à son bilan désastreux : panne de croissance causée par sa politique de dépression salariale rendue globalement supportable par une politique financière de création de dette qui compense l’insuffisante distribution de pouvoir d’achat. Pris à la gorge par les taxes et les rentes, le citoyen peine à payer son loyer et à remplir son frigo, mais la demande globale est partiellement compensée par les salaires mirobolants versés à la caste.
Ceux-ci n’annulent toutefois pas les effets désastreux de la bureaucratisation de l’économie qui répartit les volumes d’affaires entre les lobbys au prix d’un massacre des effets favorables de la concurrence réduite à n’agir que pour opposer les travailleurs les uns aux autres.
Absence de concurrence qui se retrouve d’ailleurs dans la distribution des subventions réduite à un remerciement aux amis. La situation de l’Europe de l’espace transformée en moyen de flécher les contrats vers OHB entreprise allemande qui s’est adjugée des contrats Galileo pendant qu’Arianespace s’avérait incapable de suivre les progrès de SpaceX en est le meilleur exemple. Entre ça et les ukases pour imposer la politique verte d’énergie renouvelable et de véhicule électrique.
Vu le rejet de cette politique par les populations, par exemple au vu de la faiblesse des volumes de voitures électriques acquises, l’UE est à la peine pour se maintenir. Le péril mortel après les premières batailles fera oublier le passé, l’épuisement russe, le soulagement de les repousser et l’accord final où ils évacueront le territoire européen, les populations auront oublié l’impasse économique.
Ensuite, il suffira d’invoquer les conséquences de la guerre pour s’exonérer de toute responsabilité. Vous reprendrez bien une dose de : CELERUSSE et CELAFOTEAPOUTINE ?
La guerre rendra l’UE nation possible.
Dit ainsi, la communication semble lamentable, mais liés par assez de sang, nous y reviendrons, le mortier peut prendre. Maîtriser le front imposera de faire vivre ensemble des millions d’hommes issus de toutes les nations européennes. La fraternité d’arme, la sueur pour apporter les caisse de munitions en première ligne, créeront une solidarité de fait.
A l’arrière, les épouses, compagnes, mères et filles, seront abreuvées pendant des années de nos frères ci, nos sœurs ça, sans que le péril ne permette d’objecter à cette propagande. L’ennemi commun soudera, et, surtout si le conflit dure des années, par exemple une décennie, il sera possible d’engrammer une génération à plein et de fortement influencer les autres puisque ce discours viendra après des décennies de propagande européenne.
L’UE aura enfin son moment hamiltonien, pas par la consolidation de la dette comme aux États unis, mais par la mise en commun de flots de sang.
La guerre meurtrière.
Un calcul cynique, mais la guerre en Ukraine, celle du Vietnam ont démontré la manière dont fonctionnent les conscriptions partielles comme le font les armées modernes. Celles-ci ne sont plus capables de mettre la majorité de leurs hommes en première ligne et pour un soldat en bataillon d’infanterie, deux à quatre personnels sont dans les fonctions arrières. Dans des sociétés partagées entre une population « éduquée » et « bien pensante » en face de travailleurs qui ont subi de plein fouet les conséquences des politiques sociales, devinez qui finira dans l’infanterie ?
Pas ceux assez formés pour comprendre le système et se faire affecter dans les fonctions arrières ! Ceux, maintenus en état par le travail physique, ceux sans diplômes permettant de justifier un emploi de bureau « vital ». Seule question, les populations de banlieues, issues de l’immigration seront-elles engagées ? Vu que ces dernières années, elles ont développé une attitude de confrontation avec les pouvoirs publics, le commandement risque de leur trouver des aménagements. Bref, la bille de la roulette tombera sur la France périphérique, comme la décrit Frédéric Gilluy et ce sera pareil pour les autres pays3.
Pour eux, ce sera la « joie » des tranchées et des points d’appui ou jouer à cache-cache entre les drones et les obus russes. Nous le voyons sur le front du Donbass où les soldats sont jetés dans ces positions pour tenir, mobiliser des effectifs ennemis le temps que de rares unités d’élites mènent les contre-attaques ou les manœuvres offensives.
Nicolas qui paie sera Nicolas qui crève, condamné à compter chaque jour ses flirts avec la camarde. Peut-être même, aura-t-il le temps de recevoir un gilet pare-balles, un fusil et d’apprendre à le démonter. Pour tirer, il n’y aura probablement pas assez de munitions, mais est-ce le but ? Et, une fois mort pour rien, le responsable ne sera pas les chefs et les politiciens qui auront voulu cette mêlée. Ce sera, répétez après moi : CELERUSSE et CELAFOTEAPOUTINE !
La guerre finie, nos dirigeants pourront se féliciter d’avoir modifié la répartition des groupes sociaux !
Alors, certes, nos amis fact-checkeurs hurleront à la théorie du complot. Tout à fait mes amis, l’analyse militaire par intention n’est qu’une immense théorie du complot enseignée en école d’état-major. Seulement, les moyens existent, les votes existent. Pire, mettez en face la structure sociale de l’armée américaine au Vietnam et celle pratiquée sous les ordres de Kiev pour alimenter le front du Donbass, mettez en face les groupes sociaux engagés dans la contestation contre l’UE et vous constaterez la perfection de la corrélation. La sociologie est l’une des matières très bien enseignées à Science Po !
L’armée d’après guerre.
Ce conflit laissera alors une armée importante qui, par la force des choses aura été obligée de fusionner à l’échelle européenne. Où ira sa loyauté ? Ses chefs auront garde de conserver des effectifs loyaux, ceux pour qui la hiérarchie prime sur les autres loyautés. Un peu comme la Reichwehr conserva un certain caporal autrichien reconnaissant à cette armée avec laquelle il avait vécu la meilleure période de sa vie d’adulte.
Celle-ci pourra accomplir la mission dévolue à la Reichswehr : mater les mouvements spartakistes, pardon, fascistes, nazis, puisque nous avons changé d’étiquette pour l’Ennemi du peuple !
Une force bien pratique, puisque les armées nationales peuvent se sentir des obligations envers le corps social dont elles sont issues. La nouvelle force ne devrait pas ressentir de tels scrupules et ainsi : La République aura bien de la chance, elle pourra faire tirer sur le peuple.
Pardon l’UE, achèvement de la forme démocratique comme chacun sait !
L’appropriation de l’épargne des peuples.
Se pose la question de la mission confiée à cette armée. Comme le dit Talleyrand dans le souper (une pièce de théâtre, la citation n’est pas réelle) : aucun gouvernement ne désire faire tirer sur le peuple, mais, soucieux d’ordre public, il est parfois contraint de disperser des attroupements de factieux.
Quels factieux ? Porteurs de quelles revendications ? Bien évidemment, la guerre exigera des ajustements, par exemple de baisser les salaires, un détail, qui sera sûrement accompli par la baisse relative de l’Euro envers les autres monnaies mondiales. Les salaires nominaux seront conservés, mais leur pouvoir d’achat dévalorisé. Vu la part importée dans nos sociétés, l’impact sur le niveau de vie des populations impactées sera brutal et immédiat.
Mais, ce petit ajustement ne sera rien par rapport à la principale entourloupe : l’inflation dévalorisera les dettes des états, les dettes bancaires et ceux situés près de l’émission de monnaie profiteront à plein de l’effet Cantillon. Par exemple les détenteurs des entreprises d’armement qui finiront avec des usines, pendant que ceux qui avaient des titres d’épargne récupéreront de la monnaie de singe.
Le fléchage sera facile : emprunt forcé qui confisquera les épargnes contre un bon dont le taux fixe ne couvrira pas l’inflation, pendant que les contrats d’armements généreront des marges gigantesques4.
Ce scénario, bien évidemment complotiste, mais tout analyste de renseignement analyse justement les données disponibles pour reconstituer le raisonnement dans la tête de l’adversaire. Le terme peut choquer certains, mais quand une classe affiche les résultats économiques et sociaux de l’UE sans se retirer de honte, le terme doit être assumé.
La guerre est aujourd’hui la seule option dont dispose l’UE pour perdurer et une fois les bénéfices sociaux acquis, il suffira d’aller voir les russes tout de même épuisés par un conflit à 1 contre 3,145 : pardon, on s’excuse.
La paix devrait se faire, il suffira de lâcher quelques territoires qui permettront de continuer à invoquer l’ennemi pour maintenir les populations européennes sous contrôle.
Une guerre victorieuse, selon les normes de l’UE !
1Surtout au vu de l’inefficience tactique que les doctrines OTAN ont manifestée en Ukraine. Le couvercle posé sur le chiffre des pertes ukrainiennes dissimule probablement un ratio des plus défavorables. Nous risquons une mauvaise surprise au moment où, à la fin du conflit, on comptera réellement les morts.
2Le jeu de classe est bien pratique pour les dominant.
3Les déplorables selon madame Clinton, ceux qui ne sont rien selon monsieur Macron, les surnuméraires selon le forum de Davos. Ces couches populaires ne seront probablement pas pleurées trop durement par nos bourgeoisies.
4Ceci ne garantit pas que ces armes chères seront militairement utiles, il ne faut pas trop en demander !
5UE : 450 million d’habitants Vs 143 millions en Russie, soit 3,14.
https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/une-guerre-victorieuse-et-breve-272277


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