[PEOPLE] S’engager contre l’extrême droite, le passage obligé des célébrités ?

@Thibaud MORITZ / AFP

Faut-il, en cette période troublée, prêter allégeance à la gauche voire à l’extrême gauche pour ne pas se voir accuser de soutenir la bête immonde ? Condamner l’extrême droite serait-il le passage obligé pour les célébrités ? Tout prête à le croire.

Coupable d’aimer son pays

Aimer la France est-il d’extrême droite ? Pour certains, cela ne fait manifestement aucun doute. C’est, en tout cas, bien d’un délit de potentielle opinion que s’est rendu coupable Estéban Lepaul qui, exprimant sa joie d’être dans la première liste de Zidane, s’est laissé aller à une déclaration d’amour pour la France sur les réseaux de son club. « J’aime la France, et là je sors du foot, j’aime mon pays, je trouve que la France c’est trop beau, je trouve que notre culture est trop bien. En fait, j’aime juste la France pour son Histoire et tout… je kiffe ce pays », a-t-il déclaré sans ambiguïté. Il continue encore avec une anecdote expliquant que quand il a « appelé [s]on parrain tout à l’heure, il [lui] a dit : « Tu nous as saoulés à nous chanter la Marseillaise toute la journée depuis tout petit ; là, tu vas la chanter en vrai » », c’est que, explique-t-il, il « la chantai[t] le matin au réveil. [Il] réveillai[t] tout le monde comme ça. [Il] sai[t] pas pourquoi, mais c’est truc qui [l]’avait marqué. [Il] l’avai[t] apprise hyper tôt… » C’est touchant, et c’est un discours rare, mais bien mal lui en a pris puisque, sur X, le voilà cloué au pilori, accusé de tous les maux, et surtout du pire : d’être un facho. Coupable d’aimer son pays, voilà qu’est jeté l’anathème sur Estéban.

Et de ne pas condamner l’extrême droite ?

Dire son amour pour la France est-il aussi grave que de ne pas condamner l’extrême droite ? Parce que, manifestement, si une célébrité ne s’engage pas ouvertement et avec force contre le RN, la voilà automatiquement accusée de le soutenir. En tout cas, c’est suspect. Léon Marchand avait ouvert le bal mais, après lui, voilà que Zidane récidive. « Je vais me consacrer à ma tâche, qui est celle du sélectionneur de l’équipe de France, et ça ne va pas changer » a, en effet, répondu le sélectionneur des Bleus à la question piège d’un journaliste qui voulait le faire réagir à la polémique provoquée par Mbappé en Espagne et aux propos de Teddy Riner, qui se disait angoissé par la montée du RN. « Est-ce que vous estimez avoir un rôle à jouer » dans cette année électorale, avait demandé le journaliste. « Sur ce plan-là, non, pas du tout », a répondu Zidane, qui explique avoir « des convictions comme tout le monde », mais il n’entend pas les partager.

Le choix confortable du castor

Sans doute aurait-il mieux valu, comme Adèle Exarchopoulos interrogée par Le Parisien, qu’il fasse le choix confortable du castor. « Direz-vous pour qui vous voterez en mai 2027 ? », interroge le quotidien. « Ce qui est sûr, c’est que je ferai tout pour faire barrage au RN parce que c’est un parti dont les idéologies sont la division et la haine, et qui met en danger nos droits. J’avoue que ça fait peur… Faut pas avoir honte de le dire », répond l’actrice. Elle n’a pas honte de le dire, en effet, comme Teddy Riner qui, depuis, s’est fait reprendre par David Douillet sur RMC : « Tu fais de la politique ou tu n’en fais pas », a conseillé l’ancien judoka et ex-ministre aux sportifs qui seraient tentés de donner leurs avis : « Aujourd’hui, avec ce qu’offrent toutes les possibilités médiatiques, les réseaux, les plates-formes et les médias en général, ça prend une caisse de résonance beaucoup plus puissante qu’il y a 10, 15 ou 20 ans », avait-il argué.

Ou passage obligé et orienté pour célébrités ?

Un conseil que des chanteurs comme Grand Corps Malade feraient peut-être bien d’écouter… Interrogé par Le Monde et puis Sept à huit le dimanche 20 septembre, le slameur-poète s’est lui aussi exprimé. « Est-ce qu’un artiste selon vous a une responsabilité particulière face à cela ? », lui demande Audrey Crespo-Mara, au sujet des paroles de son album Voir la mer dans lequel il déplore que « l’extrême droite frappe à la porte du pouvoir. » « Je pense que oui, mais après, libre à chaque artiste de faire ce qu’il veut […] Moi, je suis de l’école de ceux qui disent que l’artiste doit aussi avoir un regard sur son époque, sur le monde, et moi, une des choses qui me perturbent le plus dans notre époque, c’est cette parole raciste complètement décomplexée », commence le chanteur. « J’ai grandi dans une époque où être raciste était honteux. Je m’en rappelle, il y avait des gens qui votaient extrême droite mais ils ne le disaient pas, c’était dans l’urne et c’était caché. Mais aujourd’hui, on voit bien que ça se dit fort et que c’est une fierté pour certains », continue-t-il encore. Une fierté ? Pas pour les célébrités, pour elles, le passage obligé est de s’engager contre l’extrême droite, sinon commence l’ère du soupçon, plane un air de suspicion…

La sainte Inquisition médiatique

C’est peut-être ce qu’a senti Paul Mirabel sur le plateau de Quotidien, lundi 21 septembre. Mis à la question, lui aussi, quant à ses intentions ou non de s’engager politiquement, l’humoriste est manifestement gêné. « On s’engage dans une période où les artistes vont être sollicités dans le débat politique, est-ce que toi tu vas y aller ou tu vas t’abstenir ? » À cette question piège, l’humoriste commence, hésitant, « J’ai l’impression que j’aurais du mal en tant que… », puis se lance : « on est artiste mais j’ai l’impression qu’avant tout, je suis citoyen français de 30 ans qui habite à Paris. Derrière l’artistique, j’ai des convictions et des choses qui me font peur. Je n’aurais peut-être pas répondu ça il y a quelques années, mais là, je me sentirais mal de ne pas faire barrage ou de ne pas dire que je suis contre certains partis qui prônent la diversi… » Catastrophe ! Le lapsus pourrait lui coûter cher, mais heureusement, il se rattrape : « Pardon : la division et le non vivre ensemble. » Mais cela ne suffit toujours pas à la sainte Inquisition de Quotidien : « Pour être clair, quel parti tu vises ? » Alors, désignant sa droite, voilà Paul Mirabel désignant « un certain côté qu’on n’aime pas trop et voilà ». Yann Barthès ne compte pas le laisser s’en sortir aussi facilement. Chez Quotidien, on vomit la droite et les tièdes, et en désignant sa droite, l’humoriste montre la gauche des téléspectateurs. La scène est gênante et l’humoriste s’en tire avec quelques belles paroles lénifiantes : « Il y a tellement de priorités, actuellement, qu’on devrait plutôt chercher à se rassembler plutôt qu’à nous diviser. Tous les discours politiques de haine, je peux d’une quelconque façon m’y opposer et je le ferai avec grand plaisir. »

Encore trois mois avant le début de l’année électorale : le tribunal médiatique n’a pas fini de mettre à la question les célébrités et de les sommer de s’engager.

Victoire Riquetti

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