
L’orage qui s’annonce fait sortir les censeurs, comme les escargots après la pluie. Dans les deux cas, il suffit de se baisser pour les cueillir. Dimanche, la gauche a imposé une grève à Radio France pour dénoncer l’arrivée sur France Inter d’un éditorialiste de Valeurs Actuelles, Charles Sapin. Les moins de trois minutes dont il devrait disposer chaque dimanche à 7 h 42, aux côtés d’autres intervenants, sont vues comme une violation, imagée et littérale, de la « ligne rouge » imposée par la pensée totalitaire. Trois cents épurateurs du show-biz, dont la compagne de François Hollande, Julie Gayet, ont appuyé l’intersyndicale du service public (CGT, SUD, CFDT, FO, SNJ, UNSA) dans sa prétention désinhibée à limiter le pluralisme.
Pour leur part, le SNJ et la CGT de BFM-RMC ont cosigné, le 10 septembre, un communiqué contre les choix de Sonia Mabrouk (ex-CNews) d’inviter Robert Ménard, Sarah Knafo ou Bruno Retailleau. Il est reproché à la journaliste d’avoir permis d’évoquer à l’antenne les « Français de souche », expression considérée comme « notoirement d’extrême droite raciste », ou d’avoir laissé s’exprimer un raisonnement établissant un lien entre l’islamisme et les députés LFI. De son côté, dans une lettre à l’Arcom dévoilée le 10 septembre, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a menacé CNews de poursuites pénales si la chaîne de Vincent Bolloré persistait à donner la parole, même par vidéo, à la journaliste russe Xenia Fedorova, expulsée pour des propos qui déplaisent au Pouvoir.
Le sectarisme, commun à la gauche et à l’extrême centre, s’étale sans faux-semblants. S’estimant les seuls arbitres du débat public, les « progressistes » s’accrochent à leur appropriation idéologique née d’une chasse aux gêneurs. Pour avoir estimé, le 9 septembre, que l’expression « grand remplacement » ne relevait pas d’une théorie raciste, la ministre Aurore Bergé a été rappelée à l’ordre par les comités de vigilance. Libération, samedi, a ainsi écrit : « La liberté d’expression n’autorise pas à formuler ou propager des théories racistes qui tombent sous le coup de la loi. » A contrario, jamais la police de la pensée n’a émis la moindre réserve sur les propos tenus en 1975 par le poète martiniquais de la Négritude, Aimé Césaire, lorsqu’il parlait, à propos des populations européennes s’installant en Guyane, de « génocide par substitution ». Pareillement, Christiane Taubira a pu expliquer en 2007, évoquant sa Guyane natale : « Nous sommes à un tournant identitaire. Les Guyanais de souche sont devenus minoritaires sur leur propre terre. »
Pour les faiseurs de morale, la défense des identités culturelles menacées par des afflux étrangers n’est légitime que si la France est mise en accusation. Que les Français eux-mêmes s’inquiètent à leur tour des effets d’une massive immigration de peuplement relève en revanche, pour les justiciers hémiplégiques, de propos « nauséabonds ». Une brutalité taurine ressort de ces intolérances produites par un régime habité par le dégoût du peuple ordinaire. La liberté d’expression des censeurs est à préserver à tout prix : leur bêtise dit ce qu’ils sont.
Mon intervention de vendredi sur CNews (15 h-17 h)
Mes interventions de lundi sur Europe 1 (13 h 15-14 h) et CNews (15 h-17 h)
Mon entretien avec Omerta
https://blogrioufol.com/lindefendable-ligne-rouge-des-medias/
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