« Ces réformes doivent être mises en œuvre (…). Bien sûr, cela nous place tous dans une situation difficile, mais nous assumons cette responsabilité. J’assume cette responsabilité, car je souhaite faire avancer notre pays. » (Friedrich Merz, allocution du 20 septembre 2026).
Pour une fois, le Chancelier Friedrich Merz, doté d’une impopularité historique, s’est exprimé juste après la fermeture des bureaux de vote. La précédente fois, le 6 septembre 2026, il avait attendu le lendemain midi. Pour dire la même chose : son parti s’est effondré, vient de connaître un désastre électoral, mais il ne démissionnera pas, il continuera à faire les réformes pour lesquelles il avait été élu à la tête du gouvernement allemand l’année dernière.
Ce dimanche 20 septembre 2026, deux élections régionales ont eu lieu en Allemagne de l’Est, dans deux Länder : la capitale, Berlin, et la région du nord-est du pays, au bord de la Baltique, la Mecklembourg-Poméranie occidentale.
Dans les deux cas, alors que les situations politiques et électorales y sont très différentes, ce fut un désastre pour la CDU, l’Union des chrétiens-démocrates (centre droit) actuellement au pouvoir au niveau fédéral (dans une grande coalition avec les sociaux-démocrates du SPD).
Alors que les résultats ne sont pas encore définitifs, le suspense n’est plus de mise. La CDU a perdu doublement : le Land de Berlin alors qu’il menait la majorité depuis les élections régionales du 12 février 2023, et le Land de Mecklembourg-Poméranie occidentale où la CDU, frôlant le seuil de 5%, n’a même plus le droit à être représentée dans cette région. En tout, la victoire a été pour l’extrême gauche (à Berlin) et l’extrême droite (à Rostock).
Voyons d’abord Berlin, capitale de l’Allemagne réunifiée. Le Land compte 3,7 millions d’habitants. Depuis le 27 avril 2023, il est administré par un ministre-président de la CDU, ce qui était assez exceptionnel car généralement, c’est une terre électorale du SPD. Le 12 février 2023, le SPD avait subi une grave défaite, ne supplantant les Verts que de 53 voix !

Ce 20 septembre 2026, à Berlin, le grand vainqueur est Die Linke, un parti qui pourrait s’apparenter à celui de Jean-Luc Mélenchon, de gauche radicalisée voire d’extrême gauche. Il a obtenu 25,7% des voix, soit 13,5 points de plus (ce parti a donc plus que doublé !), obtenant 47 sièges sur 159 (soit un gain de 25).
La CDU, au contraire, s’est effondrée de 9,4 points jusqu’à 18,8%, et n’a obtenu que 35 sièges (une perte de 17). Cette chute de la CDU s’est fait parallèlement à un bond de l’AfD (Alternative pour l’Allemagne) qui est passée à 16,3% (7,2 points de plus) avec 29 sièges (gain de 12). Le SPD a poursuivi sa dégringolade avec 12,1% (perte de 6,3 points) et 22 sièges (12 de moins), doublé par les Verts qui ont, eux aussi, chuté à 14,3% (perte de 4,1 points) avec 26 sièges (8 de moins). Les pertes à gauche (SPD et Verts) ont été compensées par les grains pour Die Linke et aussi pour la BSW, un parti d’extrême gauche populiste issu de Die Linke, qui n’a cependant pas réussi à atteindre le seuil de 5% pour être représentée, puisqu’elle n’a obtenu que 4,7% des voix (sans comparaison avec 2023 car elle est trop récente).
Concrètement, le besoin d’une majorité signifie mobiliser au moins 80 sièges (sur 159). Si Die Linke veut gouverner, elle devra convaincre le SPD et les Verts de les rejoindre pour une majorité à 95 sièges. Sinon, l’autre possibilité serait une gouvernance de grande coalition rassemblant la CDU, le SPD et les Verts, soit 83 sièges. C’est là tout le paradoxe du mode de scrutin allemand, très mauvais car proportionnel, puisque finalement, ce sont deux des trois grands perdants qui sont indispensables pour la prochaine majorité, voire, en cas de grande coalition, les trois grands perdants du scrutin berlinois (CDU, SPD, Verts).
Même s’il n’est pas équivalent à certains Länder pauvres d’Allemagne de l’Est, l’AfD a fait une percée exceptionnelle à Berlin avec plus de 16% des voix, s’intégrant dans tous les territoires, même les plus hostiles pour elle, et remplaçant pour beaucoup la CDU comme « parti de droite ».
Passons maintenant à la Mecklembourg-Poméranie occidentale, la région du nord-est de l’Allemagne, au bord de la Baltique, de 1,6 million d’habitants, avec pour capitale Schwerin et incluant la grande ville portuaire Rostock. Cette région était gouvernée par le SPD depuis le 3 novembre 1998.

On ne sait pas trop si le premier élément marquant de ces élections, c’est la grande victoire de l’AfD, passant à 38,2% des voix (21,5 points de plus par rapport aux précédentes élections du 26 septembre 2021 !) ou si c’est l’extinction de la CDU comme parti représenté dans cette région, puisqu’elle n’a obtenu que 4,9% des voix (8,4 points en moins), soit inférieur à 5%. En 2021, la CDU avait 12 sièges sur 79, et le FDP (parti libéral démocrate) était aussi représenté avec 5 sièges, mais en 2026, avec seulement 1,0% des voix, il est également exclu de la représentation.
Toujours est-il que l’AfD, avec ses 32 sièges sur 71 (soit 18 de plus malgré la réduction du nombre de sièges total, de 79 à 71), pourra se targuer d’être la seule formation dite de droite (en fait d’extrême droite) de cette assemblée régionale.
Quant à la gauche dans ce Land, elle reste plus ou moins stable en voix. Le SPD a perdu 4,1 points pour atteindre 35,5% des voix, soit 29 sièges (perte de 5). Les Verts sont stables à 5,7% des voix (perte de 0,6 point), avec le maintien de 5 sièges, tandis que l’extrême gauche a progressé. Si Die Linke a perdu 3,4 points à 6,5% des voix et 5 sièges (perte de 4 sièges), la BSW a obtenu 4,8% des voix (venant de rien car de construction récente), ce qui est beaucoup, mais insuffisant pour être représentée.
Le résultat n’est pas trop incertain : des formations de gauche face à l’AfD. L’extrême droite aura donc beaucoup de mal à trouver des alliés pour atteindre la majorité des 71, soit 36 sièges. Ces 4 sièges manquants devraient profiter à une coalition de gauche SPD-Verts-Linke qui serait sans doute difficile à fédérer mais dont l’opposition à l’extrême droite resterait la meilleure motivation et le meilleur ciment.

Pour résumer, en Allemagne, cela peut craindre : comme en France, le peuple allemand a favorisé deux extrêmes, une extrême droite prête désormais à prendre le pouvoir, l’AfD, et une extrême gauche, divisée par deux partis sensiblement de même force (Die Linke et BSW) qui vont pouvoir s’imposer face aux partis de la gauche gouvernementale. Quant à la CDU (et à son allié FDP), c’est la déroute dans l’Allemagne de l’Est, même si à Berlin, c’est une région un peu spéciale. Cela signifie surtout qu’il y a eu, en moins d’une décennie, une brutale translation des votes vers la droite.
Pour l’heure, Friedrich Merz, accusé de toute part de tous les maux de la Terre, tient bon, ne veut pas démissionner, considérant que ces élections régionales ne sont pas des élections fédérales, et qu’il faut tenir la barre même dans la tempête. Sa chance, c’est qu’il n’a pas de remplaçant facilement identifiable. Ses opposants au sein de sa grande coalition n’ont pour l’instant pas de Chancelier de rechange, ce qui est indispensable à présenter pour renverser le gouvernement. Mais cette extrême fragilité électorale montre que Friedrich Merz ne sera pas un grand Chancelier. Tout juste un syndic de transition.
https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/regionales-allemandes-2026-la-cdu-272238

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