Cinq pays, dont l’Allemagne, veulent réduire le budget fou de l’UE. Comme Marine Le Pen !

Capture d'écran LCI

Sébastien Lecornu commence à sortir du bois car il va devoir transmettre officiellement son projet de budget au Parlement, le 1er octobre. Dans son interview-fleuve au Figaro, il a fixé deux objectifs chiffrés : les fameux 5 %, d’abord. Mais il faut rappeler que c’était l’objectif initial pour 2026 : ramener le déficit de 5,1 à 5.

5 % : un dérapage spectaculaire et continu sous Lecornu

Pas une grande ambition, et pourtant, le pari est perdu : le déficit sera de 5,4 ! Tel est, déjà, le bilan Lecornu en matière de finances publiques : un dérapage continu, comme le souligne le professeur Sulzer dans Boulevard Voltaire. Même Le Monde ne tarit pas d’éloges : « aveu d’échec […] terrible », « bilan […] très sévère », « dérapage spectaculaire », « le plus lourd déficit » de la zone euro… On comprend que Lecornu ne soit pas candidat à la présidentielle. Mais on ne comprend pas pour Philippe ou Attal, cogestionnaires du fiasco macroniste, comme Jordan Bardella le leur reprochait en mai dernier. Car il faut aussi rappeler que ce « dérapage spectaculaire » est le troisième en quatre ans, avec une dérive des dépenses qui semble incontrôlable depuis 2024 et le camouflage des comptes par le gouvernement Attal, dérive qui avait poussé Macron à la dissolution. Important de rappeler cette histoire récente quand les mêmes responsables de ces dérapages se muent en donneurs de leçons ou en candidats à la présidentielle… Donc, pour tenter de limiter la casse, Lecornu a posé un second chiffre : 54 milliards à trouver. Et cela fait des semaines que l’on cause des 6 milliards demandés aux retraités, des 1,3 millard à ponctionner sur les futures retraites des parents de familles nombreuses, des franchises médicales, et j’en passe.

Lecornu cherche à plaire au RN… à petits pas

Mais pour aider ce pauvre M. Lecornu, le Rassemblement national l’a invité à examiner des pistes d’économies bien plus sérieuses : Marine Le Pen l’a fait devant les parlementaires RN, il y a une semaine, en exigeant « des économies, des économies et encore des économies ! » et en ciblant quatre domaines : agences de l’État, immigration, énergie et budget de l’Union européenne. Jeudi dernier, réitération des exigences du RN par son président, Jordan Bardella, sur BFM TV : « Nous demandons un budget qui fait des économies dans le train de vie de l’État, dans les agences et les opérateurs publics, et qui commence sereinement mais fermement à aborder tous les tabous de la dépense publique : les prestations sociales versées aux étrangers, la contribution de la France au budget de l’Union européenne, les subventions aux panneaux solaires chinois. » On ne saurait être plus clair ; ni trouver binôme politique plus cohérent. Et il semblerait que, pour sa sortie du bois, Lecornu ait entendu le RN. Un RN qui a dit clairement, par la voix de Marine Le Pen, souhaiter un budget, même imparfait, mais opérationnel, plutôt qu’une loi spéciale ou une crise financière. Une façon explicite d’assumer un rapport de force politique.

Or, toujours dans Le Figaro, Lecornu semble amorcer quelques ouvertures à ces exigences du RN. Train de vie de l’État ? « Les opérateurs et les agences verront aussi leurs enveloppes diminuer. » Les prestations versées aux immigrés ? Les étrangers ne pourront plus toucher, dès leur arrivée en France, celles qui ne dépendent pas du travail. Une mesure de « bon sens », selon le Premier ministre. Où l’on apprend, au passage, que les immigrés ont danvantage de droits que les Français de l’étranger à leur retour en France : « Quand un étranger arrive en France, de manière légale, il n’a aucune carence pour se faire ouvrir ses droits, là où un Français de l’étranger a, lui, un délai de carence »… Et même pour les panneaux solaires ! « Le marché de l’énergie nous permet désormais de supprimer des subventions publiques » aux renouvelables, glisse-t-il au détour de son propos. Reste le quatrième tabou macroniste (et pilier historique du programme du RN) : certes, il ne dit rien, dans Le Figaro, sur la contribution de la France au budget européen, mais quelques jours plus tôt, il avait fait savoir qu’il venait d’écrire à la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, pour réduire les contributions des États membres, en mettant en avant les 4,6 milliards d’euros attendus de l’amende infligée à Google. C’est peu, un tout petit pas, mais qui a le mérite de montrer d’où souffle le vent !

Le RN dans le sens de l’Histoire

Bien sûr, la presse de gauche s’emballe, et un peu vite : « Carton plein pour Jordan Bardella », écrit Le Monde, décidément en manque de nuances. Pour Le HuffPost, « avec ces pistes sur le budget 2027, Sébastien Lecornu assume d’amadouer le RN ». Marine Le Pen comme Jordan Bardella peuvent savourer, mais ils viennent de recevoir un soutien de poids qui non seulement valide leur choix historique mais pourrait aussi leur être utile pour faire monter davantage la pression sur Lecornu. En effet, ce vendredi, dans une tribune à Politico intitulée « Europe must spend better, not just more », les chefs de gouvernement de l’Allemagne, de l’Autriche, des Pays-Bas, de la Finlande et du Danemark qualifient de « pas réalistes » les ambitions budgétaires de Bruxelles pour les sept ans à venir et réclament une baisse drastique « de plusieurs centaines de milliards d’euros » du budget pluriannuel de l’Union européenne censé couvrir la période allant de 2028 à 2034.

Exactement ce que Marine Le Pen réclamait, il y a une semaine ! Et dans des proportions plus proches des siennes que celles de la lettre de Lecornu ! Ces gouvernements d’États bien gérés estiment que cette enveloppe de 2.000 milliards d’euros de dépenses prévues sur sept ans par l’UE (en hausse de 60 % par rapport au budget ayant couvert la période allant de 2021 à 2027 !) n’est « tout simplement pas réaliste, ni sur le plan économique ni sur le plan politique», a fortiori « à un moment où les finances publiques de plusieurs États membres suscitent de vives inquiétudes ». Ils réclament donc « une réduction équilibrée de la proposition de la Commission, à hauteur de plusieurs centaines de milliards d’euros ».

Ce qu’il y a d’étonnant, c’est que M. Lecornu, le mauvais élève de la classe, à la tête du pays le plus concerné par cette situation dramatique, ne soit pas signataire du texte et laisse à ses petits camarades le soin d’aller plaider sa cause auprès de la maîtresse von der Leyen… En tout cas, forte de ce soutien inattendu, Marine Le Pen est désormais en mesure d’exiger davantage de Lecornu que son petit pas en sa direction. Elle aurait tort de ne pas exploiter l’avantage dans ce qui ressemble à un exceptionnel alignement des planètes : des gouvernements sérieux de l’UE reprennent ses exigences, Lecornu avance timidement dans sa direction sur les sujets naguère tabous de l’immigration, de l’UE et de l’énergie. Le RN avait donc posé, semble-t-il, les bons constats et les bonnes solutions et Marine Le Pen pourrait réussir à imposer à Lecornu un budget pré-RN avant son éventuelle élection tout en montrant sa responsabilité en évitant une crise financière. Alors, M. Lecornu, encore un effort ?

Frédéric Sirgant

Laisser un commentaire