
Le « bloc central » résume le naufrage du vieux monde. Ceux qui se réclament encore de cette alternative pour concourir à la présidentielle doivent répondre de ses désastres économiques et civilisationnels. Les ex-macronistes promettent de « renverser la table ». Ils oublient qu’ils ont accéléré le déclin du pays. D’ailleurs, leurs électeurs les quittent. 61% des moins de 35 ans regrettent leur vote pour Emmanuel Macron (1). François Fillon le dit aussi : « Je me suis trompé » (2). L’ancien candidat LR assure que, cette fois, il n’appellerait « certainement pas » à voter pour Macron face à Marine Le Pen, comme en 2017. Il laisse comprendre qu’il ne donnerait pas davantage sa voix à Édouard Philippe ou à Gabriel Attal, deux anciens Premiers ministres du président sortant, en cas de confrontation avec le RN.
Ce sont pourtant ces perdants qui attirent la droite pataude. Jeudi, l’ancien Premier ministre Michel Barnier a invité Bruno Retailleau (LR), bras droit de Fillon dans la campagne de 2017, à fédérer « le rassemblement de la droite et du centre ». Cette stratégie feint de croire en l’attraction d’un centrisme qui s’étiole. En réalité, dans sa proposition de « donner le dernier mot au peuple » par référendum, Retailleau tient le discours de Le Pen. Sarah Knafo, également, ne dit pas autre chose lorsqu’elle écrit : « Les grandes ruptures doivent être soumises au peuple par référendum. Et chaque rupture approuvée par le peuple aura, dans notre ordre juridique, une force que rien ne pourra contester » (3). Jeudi, sur LCI, la compagne d’Éric Zemmour n’a pas exclu d’entrer dans un gouvernement Bardella. Hier, sur Europe 1, Retailleau s’est persuadé pour sa part de l’échec du bloc central et de Marine Le Pen, sans s’interroger sur l’impasse de son isolement volontaire.
Jamais le RN n’a été aussi puissant dans les sondages. Lors de son élection, le 7 mai 2017, Macron s’était engagé à ce que les Français « n’aient plus aucune raison de voter pour les extrêmes ». Pari perdu. Le « en même temps », refuge des indécis, prend l’eau. Dans son bras de fer entre « progressistes » et « populistes », ces derniers l’emportent. En 2022, le total des votes dits populistes a représenté 58 % des suffrages (1). Le réveil des nations et des peuples oubliés s’observe partout en Europe. Ce dimanche, en Allemagne, l’AfD anti-immigration a gagné (45,5%) en Saxe-Anhalt. En Espagne, les foules défilent en scandant : « Expulsez les envahisseurs ! ».
Le clivage est à nouveau entre la droite et la gauche, avec un surcroît de radicalité. S’il semble acquis que Le Pen sera au second tour — sauf entrave des juges ou des bellicistes hostiles à la Russie —, la deuxième place se jouera probablement entre Jean-Luc Mélenchon et ce qu’il reste d’un extrême centre radioactif. Hier, sur RTL, François Bayrou n’avait d’autre argument, pour défendre son entre-deux, que de prophétiser « un risque mortel » en cas de victoire des patriotes. Cette agitation des peurs rejoint le sectarisme de LFI qui promet, en cas de victoire de Le Pen, l’insurrection contre les « fascistes ». L’Ancien Régime se battra jusqu’au bout pour sa survie, par tous les moyens. Mais rien n’arrête une mer qui monte.
(1) Fondation pour l’innovation politique (Fondapol)
(2) Entretien au podcast Legend, diffusé le 30 août.
(3) Le casse du siècle, Fayard.
Mon intervention de vendredi sur CNews (15h30-17h)
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