
par Stéphane Blanchonnet
Les sondages prédisent une victoire du Rassemblement national aux prochaines élections et s’accordent pour montrer que les Français de tout bord réclament une politique migratoire plus restrictive. Les médias du groupe Bolloré gagnent chaque jour en influence et la fameuse fenêtre d’Overton n’en finit plus de s’élargir… Tout paraît donc devoir aller pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles… pour les nationalistes du moins.
Et pourtant nous sentons bien que cela est insatisfaisant, superficiel, épidermique. La proposition politique de droite s’avère en effet purement négative. Il semble qu’aux yeux de beaucoup, l’arrêt (absolument nécessaire, il n’est pas question de le nier !) de l’immigration massive se suffise à lui-même. Or, il ne résoudra pas tout : l’effondrement de la pratique catholique depuis soixante ans, la fin des terroirs et de l’enracinement provincial, la baisse vertigineuse de la natalité autochtone, la montée de la mentalité individualiste et consumériste, la soumission à la culture mondialisée et américanisée, la désindustrialisation, la fuite des emplois vers l’Asie, la crise de l’école et de la transmission, le recours aux substances en tous genres pour échapper au vide spirituel intérieur que ressentent nos contemporains privés de Foi et d’Espérance… Tout cela ne cessera pas miraculeusement avec l’instauration d’une « immigration négative ».
Pourtant, la prise de conscience du péril migratoire pourrait servir de point de départ à un retour des Français à la France. On en perçoit d’ailleurs quelques signaux faibles avec le développement des baptêmes d’adultes, la ferveur et le nombre chaque année croissant des pèlerins de Chartres, le succès de rassemblements festifs à coloration identitaire comme les banquets du canon français, plus généralement la bonne volonté d’une partie de la jeunesse qui, pour paraphraser Gustave Thibon, a tout perdu et voudrait tout retrouver. Mais qui encourage ce volet positif indispensable à une authentique proposition de droite ? Certainement pas le Rassemblement national, qui ne propose ni formation doctrinale (il n’a pas de doctrine), ni idéal politique (il gère simplement un capital de mécontentement), ni même accueil des forces vives issues des mouvements plus militants et plus doctrinalement définis qui se trouvent dans sa périphérie. Les médias Bolloré proposent, certes, quelques retransmissions de messes traditionnelles ou des reportages sur le pèlerinage de Chartres. Toutefois, le temps d’antenne sur CNEWS est très majoritairement consacré à des plateaux bavards où l’on se contente de déplorer en boucle les malheurs du temps.
Drieu écrivait en juin 1940 : « La France n’avait plus âme ni corps ; une petite mécanique remontée une dernière fois lui tenait lieu de tout. La petite mécanique a craqué au premier choc ». Il faut refaire un corps et une âme à la France de 2026, autrement elle craquera elle aussi au premier choc. Or, rien ne permet de penser que les chocs qui nous attendent seront moindres que ceux du siècle dernier.
https://www.actionfrancaise.net/2026/09/04/refaire-un-corps-et-une-ame-a-la-france/
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