« Interdire CNews en urgence » : 71 universitaires repartent à l’assaut

Capture d'écran CNews.

Ils avaient tenté leur chance, une première fois. Les voilà qui remettent ça. Six mois après un premier échec devant le Conseil d’État, 71 « spécialistes du droit » repartent à l’assaut de CNews et Europe 1. Réunis au sein d’une association baptisée « Voies de droit », ils ont déposé, lundi 31 août, un recours au fond, assorti d’un référé-suspension, afin de pousser l’Arcom à faire fermer les deux médias privés.

En mars, une première procédure portée par 57 professeurs de droit et juristes avait été rejetée. Le Conseil d’État avait alors estimé que les arguments avancés, notamment la proximité des élections municipales, ne suffisaient pas à caractériser l’urgence. Cette fois, les requérants veulent donc faire examiner leurs griefs sur le fond. Ils demandent, notamment, le retrait pur et simple des autorisations d’émettre de CNews et Europe 1 sur les fréquences publiques. « Puisque les sanctions financières n’ont pas d’effet », estime une certaine Camille Broyelle, seul un retrait des fréquences serait réellement efficace.

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Très remontés, les universitaires dénoncent « l’inertie de l’Arcom ». Ils reprochent au régulateur d’avoir laissé « depuis dix ans CNews, puis Europe 1, s’affranchir ouvertement de la loi » et considèrent que ses dernières mesures n’ont produit aucun résultat. En clair, assommer CNews de sanctions financières aux montants délirants ne suffit pas.

Une prétendue « violation flagrante et grave de la loi »

Qu’est-il reproché, précisément, aux deux médias incriminés ? Les requérants demandent au Conseil d’État d’enjoindre à l’Arcom de « mettre fin à la violation flagrante et grave de la loi du 30 septembre 1986 par CNews et Europe 1 » concernant les exigences d’une information « exempte de toute influence étrangère ». Tiens, c’est nouveau. CNews et Europe 1 seraient donc sous influence étrangère ? Mais de qui ? De la Russie ? Des États-Unis ? D’Israël, sans doute, aussi ?

Les 71 « spécialistes » dénoncent aussi de prétendus « discours de haine » entendus sur les antennes du groupe détenu par Vincent Bolloré. Une expression qui permet de culpabiliser toute remise en cause de la politique migratoire, d’accuser de racisme toute critique de l’islamisation de la France. On connaît la chanson.

Mais le principal reproche est ailleurs : « l’absence de pluralisme ». Voilà l’argument massue des 71 universitaires. « Toute personne qui écoute Europe 1 ou qui regarde CNews ne peut que constater que ces deux chaînes militent pour un courant d’opinion clairement identifié, avancent les juristes. À quelques mois de l’élection présidentielle, tous les courants de pensée ne disposent pas des mêmes chances, un courant politique bénéficiant du privilège exorbitant de disposer non pas seulement d’un mais de deux médias audiovisuels nationaux. À cause de ce déséquilibre, les candidats ne sont pas tous placés sur la même ligne de départ pour la course présidentielle. » L’argument est d’autant plus savoureux qu’il est brandi précisément au moment où l’arrivée de Charles Sapin, directeur adjoint de la rédaction de Valeurs actuelles, comme éditorialiste sur France Inter provoque une levée de boucliers au sein de Radio France. Le 2 septembre, les personnels ont adopté à l’unanimité une motion demandant le retrait de sa chronique, avec un préavis de grève annoncé.

S’il existe, dans le PAF, un manque de pluralisme manifeste, il se trouve donc avant tout sur les antennes du service public, financées par l’impôt de tous les Français – ce qui n’est pas le cas de CNews ni d’Europe 1, rappelons-le.

La présidentielle en ligne de mire

Les signataires ne le cachent pas : ils ont « la perspective de la campagne présidentielle en tête ». Après avoir tenté une première procédure d’urgence à l’approche des municipales, le collectif militant revient ainsi, à quelques mois de 2027, avec l’objectif assumé de contraindre le régulateur des médias et, ce faisant, de peser sur un scrutin qui s’annonce décisif pour l’avenir de la France…

Il y a quelques mois, des sénateurs avaient alerté quant aux dangers des « ingérences intérieures ». On voyait mal, alors, de quoi ils pouvaient bien parler. La nouvelle offensive des 71 universitaires fournit peut-être un début de réponse : quand on cherche à faire taire, de manière autoritaire, deux médias à l’approche d’une élection présidentielle, l’ingérence n’est visiblement pas toujours étrangère.

Jean Kast

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