2026 : Les Trois Petits Cochons Français

Trois petits cochons, devenus moins petits, tentent de se séparer de leur maman sur le plan fiscal : elle leur souhaite à chacun un travail tranquille, dans une administration territoriale pas trop loin de chez elle, ou, à la limite, dans une grande entreprise où l’État est un gros actionnaire, comme Thales, EDF ou Airbus, et les met en garde contre, d’une part, le grand méchant loup qui rôde et croque parfois les petits cochons imprudents, et le fisc, pas super tendre non plus.

Chacun allant son chemin s’installe dans sa petite vie de célibataire.

Le premier petit cochon, franchement pas travailleur, opte pour des études en Histoire de Lard. La filière est ultra bouchée, mais elle dispose de deux atouts non négligeables : les bancs de l’amphi sont plein de petite truies bien cochonnes, les profs sont super sympas, super compréhensifs, et, surtout, notre petit cochon connaît un pote à la Direction Départementale des Musées qui, en suivant cette filière, a trouvé un job de planqué, pleins d’avantages, sans trop se fouler.

Comme son ami est déjà dans la place, il ne devra pas avoir de mal à décrocher un poste, d’autant qu’il sait qu’il fera partie du jury pour le concours d’admission.

Le second petit cochon est un peu plus travailleur, et il a choisi le droit. Au bout de six années (dont une de redoublement) à trimer dans des amphis surchargés sur des codes de procédures dont le volume a doublé entre son arrivé en fac et sa sortie, il a un mal de chien à trouver un stage dans un cabinet. Au cours de celui-ci, il est promu Project Office Manager, ce qui revient essentiellement à être cantonné à faire des photocopies et du café pour préparer les réunions des associés. À la fin du stage, comme aucun job ne se profile à l’horizon, il se retrouve guichetier pardon conseiller clientèle dans une grande banque.

Le troisième petit cochon, lui, en veut vraiment : pendant ses études d’ingénieur en informatique, il a découvert un nouveau moyen de faire tourner des modèles d’intelligence artificielle avec beaucoup moins de matériel coûteux. Il développe un solide algorithme et une application de démonstration, et passe un an à établir un dossier pour BPIfrance, afin d’obtenir des subventions. BPIfrance lui demande, pour accepter son dossier, de candidater à un concours organisé par une institution étatique prestigieuse, mais le dossier se perd à la Chambre de Commerce et d’Industrie. Comme notre prévoyant petit cochon en avait fait une copie, il peut l’envoyer quand même dans les temps.

Six mois plus tard, il n’est malheureusement pas sélectionné : à la place, c’est un chercheur de l’Institut National de l’Informatique Pour L’Intelligence Artificielle À Coûts Modérés qui, bizarrement, dispose du même algorithme que lui, à deux trois petits détails près.

Comme notre petit cochon pense qu’il y a eu une fuite (oh !), il attaque la nouvelle start-up de ce brillant chercheur d’ailleurs épaulé par Thales R&D, EDF R&D et Airbus R&D. Évidemment, il perd au procès et doit payer une très lourde amende pour procédure injustifiée.

Quasiment sur la paille, il se retrouve au RMI pendant deux ans. Il va finalement voir son premier frère, qui, lui, a fini par obtenir son poste à la Direction Départementale des Musées. Il l’héberge pendant un mois, puis lui file quelques ronds et l’expédie chez son autre frère, le guichetier. Ce dernier lui propose l’immigration au Canada. Notre troisième petit cochon, au bout du rouleau, accepte et embarque pour Toronto. Il y montera finalement sa société de Data Storage spécial à base d’IA qui deviendra cinq ans après un leader du marché nord-Américain pendant que la startup du brillant chercheur épaulé par Thales R&D, EDF R&D et Airbus R&D a rapidement brûlé tout son cash sans rien donner ensuite.

Pendant ce temps, le Grand Méchant Loup, lui, a autre chose à faire que s’occuper de petits cochons ; le trafic de drogue marche d’autant mieux que cela lui permet d’arroser tout le gratin politique parisien. Et comme il connaît les bonnes personnes, la justice est étonnamment souple avec lui et ses « commerciaux ». Malheureusement, à la suite à l’overdose d’un député qui venait s’approvisionner chez lui, l’opposition politique en profite pour faire un scandale d’État. Ses « amis » bien placés le lâchent et le voilà condamné à 20 ans de taule pour usage, trafic de drogue et crimes en bande organisée. Relâché au bout de 6 mois avant son procès en appel suite à un vice de procédure, on retrouvera deux jours après dans un squat sordide son corps criblé de deux balles dans le dos, permettant de conclure commodément à un règlement de compte.

À ce moment, le fisc redresse très violemment le deuxième petit cochon, le guichetier, qui, pour arrondir ses fins de mois, faisait un peu (trop) de brocante sur eBay.

Ruiné, il se suicide.

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