
C’est avec tambour et trompette que notre Premier ministre l’a annoncé sur X : Oyez, oyez, braves gens, « à partir d’aujourd’hui, [1er septembre] les mères de famille bénéficieront d’une meilleure retraite ». Enfin une vraie politique pour redresser notre démographie en berne ? Enfin une juste reconnaissance des sacrifices professionnels et financiers consentis par les mères qui ont mis au monde de futurs petits contribuables ? Malheureusement, malgré cette annonce tonitruante, cette révision ressemble plus à une aumône qu’à une véritable augmentation : « une hausse moyenne de 1 % de la pension pour les femmes concernées » et « jusqu’à deux trimestres accordés au titre de la naissance d’un enfant pourront désormais être pris en compte pour partir plus tôt en carrière longue », annonce Sébastien Lecornu. Alors, véritable avancée pour les mères ? Roupie de sansonnet ? Ou bien coup de Jarnac ?
Réévaluation des pensions de retraite pour les mères
Derrière ces décrets parus fin juillet et entrés en vigueur le 1er septembre dans le cadre de la loi de financement de la Sécurité sociale, il y a surtout l’idée de rééquilibrer les retraites des mères. Proposés après le conclave des retraites de l’été 2025, « l’objectif est de compenser les inégalités touchant les femmes retraitées dont les trajectoires professionnelles – marquées par des interruptions de carrières, des temps partiels et des écarts de rémunération – aboutissent à des pensions plus faibles que celles des hommes », explique, dans son communiqué, le ministère du Travail. Ainsi, plus de la moitié des femmes bénéficieraient de cette mesure qui fonde le calcul de la retraite des mères d’un enfant sur leurs 24 meilleures années ou sur les 23 meilleures années des mères de deux enfants et plus. De la même façon, « désormais, jusqu’à deux trimestres supplémentaires, accordés au titre des enfants, seront pris en compte pour déterminer les trimestres nécessaires pour bénéficier d’un départ anticipé pour carrière longue ». L’idée est donc bien celle annoncée dès le 5 août : « de mieux prendre en compte l’impact de la parentalité sur les carrières et d’améliorer le montant de la pension pour plus d’une femme sur deux ». On ne peut, en théorie, que s’en réjouir.
Une aumône ?
Mais n’est-ce pas, en réalité, beaucoup de bruit pour rien ? Sous l’annonce tonitruante de Sébastien Lecornu, certains internautes prennent le parti d’en rire : « Merci pour cette aumône. Les gueux vous remercient », ironise l’une, par exemple. Pourtant, l’initiative est louable : sans mères, pas d’enfants ; sans enfants, pas de contribuables ; et sans contribuables, pas de paiement des retraites. Que la collectivité dédommage les mères qui ont mis au monde et élevé les salariés qui paieront les retraites de demain semble bien naturel, et pourtant, cette valorisation de la retraite des mères est bien dérisoire : le fameux 1 % annoncé par Sébastien Lecornu ressemble plus à de la roupie de sansonnet qu’au début de la fortune…
Ou un coup de Jarnac ?
D’autant que, comme l’expliquait BV en août, les économies aux dépens des familles considérées comme aisées sont devenues une habitude depuis la présidence de Hollande, une manie que le rapport de l’Inspection générale des finances (IGF) et de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) commandé par Lecornu semble bien vouloir pérenniser. En effet, expliquait Frédéric Sirgant, ce rapport présente « dix pistes pour réaliser 4,2 milliards d’euros d’économies par an sur le dos des familles » et, parmi celles-ci, « la mesure la plus productive consisterait à forfaitiser la majoration de la pension de retraite pour les parents de trois enfants ou plus. Au lieu d’une majoration de 10 %, on passerait à un forfait de… 125 euros pour solde de tout compte. » En fait, explique Les Échos, derrière la recherche d’un équilibrage en faveur des mères, il y a la volonté d’une réforme plus générale de la majoration de la pension de retraite des parents de trois enfants et plus à l’aune du budget 2027. « Les sommes versées aux pères dans le cadre de cette majoration sont largement supérieures, selon le cabinet du ministre du Travail », explique, en effet, Les Échos, qui rapporte les justifications du ministre du Travail Jean-Pierre Farandou : « Comme la pension des hommes est supérieure à la pension des femmes en moyenne, en fait, un enfant rapporte plus pour un homme que pour une femme. Ce n’est pas normal. » Donc, si l’on comprend bien, par soucis d’égalité, autant passer d’un pourcentage à un forfait ?
« Le dossier est sensible », explique Les Échos, mais « à 125 euros par mois, l’économie budgétaire serait de 1,1 milliard d’euros à un horizon de dix ans (sur une dépense de près de 10 milliards par an) ». La raison de cette réforme est bien là : faire des économies. L’égalité entre les femmes et les hommes, c’est l’habillage, la belle histoire qu’on raconte aux enfants (en l’occurrence, leurs parents…) pour qu’ils s’endorment. La ficelle est un peu grosse…
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