« Défendre Ceuta, c’est défendre l’Europe » : le ras-le-bol espagnol qui s’étend à tout le continent

Boulevard Voltaire

La situation explosive de Ceuta n’est désormais plus cantonnée à l’enclave espagnole qui a vu plus de 70.000 migrants arriver du Maroc fin juillet. Outre les 20.000 Espagnols qui sont descendus dans les rues de la ville ce 2 septembre, des dizaines de milliers de personnes se sont rassemblées à travers toute l’Espagne pour dénoncer la crise migratoire qui frappe le pays et pour laquelle le Premier ministre Pedro Sánchez est aujourd’hui tenu responsable.

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Le sentiment d’une « invasion »

Alors que 5.000 à 10.000 migrants n’ont toujours pas été renvoyés au Maroc et que près d’une agression sexuelle a lieu chaque jour à Ceuta depuis leur arrivée il y a un mois, « de nombreux Espagnols ont le sentiment qu’une ligne rouge a été franchie », témoigne auprès de Boulevard Voltaire le député VOX de Gérone, Alberto Tarradas, qui participait mercredi à l’une des manifestations d’ampleur.

Un euphémisme pour parler de ce qui est vécu de l’autre côté des Pyrénées comme « une invasion perpétrée par le Maroc et tolérée par Pedro Sánchez et le Parti socialiste, qui utilisent l’immigration comme moyen de pression contre notre souveraineté », poursuit l’élu catalan.

« Défendre Ceuta, c’est défendre l’Europe »

Mais il n’y a pas qu’en Espagne que cette violation des frontières est vécue comme une agression. Depuis un mois, l’Europe tout entière est tournée vers la ville de 80.000 habitants, qui voit sa criminalité augmenter. Chez les parlementaires, Marion Maréchal dénonçait ce jeudi la « méga-régularisation de clandestins », annoncée le 16 avril dernier par Sánchez, responsable, selon l’élue, d’un « appel d’air » ayant « livré Ceuta, l’Espagne, et donc l’ensemble de l’UE, à la merci de tous ceux qui veulent exploiter les migrations pour nous attaquer ».

C’est donc en soutien à la population de Ceuta et en protestation contre les politiques migratoires ayant permis une telle situation que des députés, « du Parti populaire européen aux Patriotes pour l’Europe », ont manifesté devant le Parlement à Bruxelles ce mercredi. « Un succès », nous affirme l’eurodéputée RN Virginie Joron, qui était présente lors du rassemblement réunissant des élus de plusieurs groupes politiques différents.

Du côté espagnol, cette manifestation bruxelloise a été reçue « avec une immense satisfaction », confie Alberto Tarradas, qui abonde dans le sens de Marion Maréchal : « Il est essentiel que nos alliés européens fassent preuve de solidarité et comprennent que Ceuta n’est pas seulement la frontière sud de l’Espagne, mais aussi la frontière sud de l’Europe. Défendre Ceuta, c’est défendre l’Espagne, mais aussi défendre l’Europe. »

« Nous sommes à un tournant »

Si le nombre de manifestants espagnols bat aujourd’hui tous les records, les rassemblements d’opposition à l’immigration émergent ces dernières années au gré des incidents que créent celle-ci partout où les politiques migratoires le permettent en Europe.

Au Royaume-Uni, des émeutes à Londres et à Belfast ont eu lieu en 2025 et 2026 après des meurtres commis par des étrangers, rassemblant des dizaines de milliers de personnes dans les rues. Aux Pays-Bas, c’était le vote d’une loi sur la répartition des migrants à travers le pays qui avait poussé, en 2025, des milliers de manifestants à contester la politique migratoire du gouvernement. En Italie, en Belgique, en Allemagne, et un peu en France où les rassemblements contre l’immigration ont tendance à être interdits par les préfectures, partout se retrouve le même sentiment vindicatif à l’égard de ces politiques qui plongent le continent européen dans une crise qui ne fait que s’accroître.

« Je pense que nous sommes à un tournant », analyse Alberto Tarradas. « Pendant des années, on a tenté de faire taire ceux qui mettaient en garde contre les conséquences de l’immigration massive, mais aujourd’hui, la réalité rend impossible d’ignorer ce débat. »

Car devant le constat que « de plus en plus d’Européens réclament des frontières sûres, la fin de l’immigration clandestine et le rétablissement de notre souveraineté », « l’Europe doit également commencer à parler de « remigration » », estime l’élu espagnol pour qui freiner les arrivées n’est plus un objectif suffisant : « Nous devons aussi mettre en place des politiques de retour. L’Europe doit retrouver sa souveraineté et décider qui entre et qui part. »

Alienor de Pompignan

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