
À quelques jours des élections régionales du dimanche 6 septembre 2026 en Saxe-Anhalt, où l’AfD est créditée de 42% des intentions de vote — un score qui pourrait lui permettre d’obtenir une majorité en sièges —, Lionel Baland s’est rendu sur place pour Breizh-info et a rencontré Martin Reichardt, président de la fédération régionale du parti et député au Bundestag.
Originaire de l’Ouest de l’Allemagne, ancien militaire déployé dans les nouveaux Länder dès 1990-1991 et installé définitivement à l’Est depuis 1996, Martin Reichardt a d’abord milité au SPD, dont sa famille était proche, avant de rejoindre le parti nationaliste Die Republikaner, puis l’AfD. Un parcours qui lui donne un regard particulier sur la fracture politique entre les deux moitiés du pays. Dans cet entretien, il revient sur les raisons de l’implantation massive de son parti dans l’ex-RDA, sur l’absence quasi totale d’antifas en Saxe-Anhalt, sur le rôle décisif des réseaux sociaux comparé à celui de l’imprimerie pour Martin Luther, sur ses relations avec le BSW de Sahra Wagenknecht — qu’il juge peu fiable —, ainsi que sur le programme que l’AfD entend appliquer en cas de victoire : politique familiale, expulsion des criminels étrangers, fin des subventions aux ONG de gauche et réforme du système scolaire.
Breizh-info : Vous êtes originaire de l’Ouest du pays. Quand et pourquoi avez-vous déménagé dans l’Est ?
Martin Reichardt : J’ai déménagé dans l’Est, dans les ainsi dénommés « nouveaux États fédérés », il y a trente ans, en 1996. Mais j’avais déjà été déployé ici, après la chute du communisme, dès 1990-1991, dans le cadre de ma carrière militaire.
Breizh-info : Quelle est la raison de la si grande différence, pour les patriotes, entre l’Ouest et l’Est du pays ?
Martin Reichardt : La grande différence réside dans le fait que les habitants de l’Est ont déjà connu une vraie dictature, une dictature communiste, et ont appris à lire entre les lignes et ont développé une saine méfiance envers la propagande gouvernementale actuelle. L’Ouest a évolué politiquement, au cours des dernières années et décennies, graduellement vers la gauche et utilise une propagande gouvernementale qui rappelle celle de l’époque du communisme : LGBTQA+, pro-réfugiés, climatique, soutien à l’Ukraine … Cela a été considéré, ici dans l’Est, comme un rappel de l’endoctrinement de la République démocratique allemande de l’époque du communisme.
Breizh-info : Dans l’Est, il n’y a quasi pas de contre-manifestants et quasi pas d’antifas, alors que dans l’Ouest, l’AfD doit faire face à la présence de nombreuses personnes opposées au parti.
Martin Reichardt : Ici, en Saxe-Anhalt, les ainsi dénommés « antifas » sont quasi-inexistants, à part un peu dans la zone de Halle-sur-Saale, ou alors ils viennent de Leipzig, située dans l’État fédéré voisin de Saxe. Cela est dû au fait qu’ils ne trouvent pas de soutien dans la population. L’Est a connu la dictature communiste et évite les aberrations de cette sorte de communistes que constituent les antifas.
Breizh-info : Vous avez été membre du Parti social-démocrate SPD. Cette formation politique a-t-elle complètement changé ?
Martin Reichardt : Cela a vraiment constitué pour moi une expérience de jeunesse. Je viens d’une famille sociale-démocrate. Mon père était membre du parti. Je trouvais l’ancien président du SPD Kurt Schumacher bien. Il était surnommé « Le Prussien rouge ». Mais lorsque je suis entré dans ce parti, j’ai dû constater qu’il n’y avait plus de personnalités comme lui ou comme Helmut Schmidt.
Le SPD actuel n’a rien en commun avec le SPD d’il y a trente ou quarante ans. Le SPD actuel est une succursale idéologique du parti écologiste et comprend en son sein des tendances allant du socialisme à la gauche radicale.
Breizh-info : Vous avez ensuite été membre du parti nationaliste Die Republikaner. Existe-t-il une grande différence entre cette formation politique de l’époque et l’AfD actuelle ?
Martin Reichardt : La différence est que, à l’époque, le temps des Republikaner n’était pas encore venu. De plus, les Republikaner n’ont pas pu bénéficier de ce dont nous disposons de nos jours : les réseaux sociaux. Ceux-ci sont aujourd’hui pour nous ce que l’imprimerie a été pour Martin Luther. Nous pouvons, désormais, nous exprimer grâce au contrepoids par rapport aux médias du régime que constituent les réseaux sociaux, ce dont les Republikaner n’ont pas disposé. Les Republikaner étaient proches de ce que nous sommes actuellement, mais ne bénéficiaient pas des mêmes conditions. Et c’est pourquoi, ils ont été anéantis.

Breizh-info : Le BSW est-il un parti patriotique ?
Martin Reichardt : Le BSW n’est pas un parti patriotique classique. Les domaines d’accord avec l’AfD portent sur la question de la relation avec la Russie et sur une partie de la politique visant à obtenir la paix. Le BSW est, de fait, constitué, en partie, de personnes de gauche et de communistes qui estiment que, sans l’État-nation, cela ne fonctionne pas. Le BSW est un parti communiste qui désire se concentrer sur un État national.
Breizh-info : Les personnes qui, dans l’Est, votent pour l’AfD ont-elles une Ostalgie [nostalgie de l’époque de la République démocratique allemande communiste] ?
Martin Reichardt : Je ne nommerais pas cela une Ostalgie. Je pense que les personnes ici ont une relation très saine avec la patrie allemande. La République démocratique allemande s’est consciemment voulue être un État national, alors que, à l’Ouest, la conception de l’État nation a été mise sous pression et dénigrée par les idées de 1968. La génération de la guerre et de la reconstruction a alors été présentée négativement, comme étant criminelle, et cela a finalement fait de l’ensemble des Allemands des assassins. Ce comportement est encore très répandu dans l’Ouest, alors qu’il n’a pas existé à l’Est.
Breizh-info : Un gouvernement de Saxe-Anhalt réunissant l’AfD et le BSW est-il possible ?
Martin Reichardt : Nous désirons un gouvernement majoritaire AfD. Nous ne considérons pas que le BSW est un partenaire fiable. La section du BSW en Saxe-Anhalt est définitivement divisée. Certains au sein de ce parti font ce qu’ils veulent et ne se sentent pas contraints de respecter des règles. De plus, le BSW a trahi ses électeurs, en Thuringe, en Saxe et au Brandebourg. Le BSW a eu trois fois la possibilité de faire payer l’addition aux partis du régime et a préféré choisir le pouvoir et les postes aux côtés des formations politiques du système. En conséquence, la confiance en ce parti, parmi la population, a fortement chuté.
Breizh-info : Que peut changer l’AfD en Saxe-Anhalt ?
Martin Reichardt : Le premier point est que nous voulons promouvoir la famille. Nous désirons des repas gratuits dans les écoles, des crèches et la préscolarisation gratuites, ainsi que des avantages financiers permettant de fonder une famille. Nous désirons mettre en place une politique dans ce domaine qui pourra servir d’exemple.
Nous voulons également expulser immédiatement les criminels étrangers et ceux qui n’ont pas le droit de séjourner ici, car ces personnes représentent une menace pour la sécurité de la population ; nous avons subi l’attaque du marché de Noël à Magdebourg, en décembre 2024, qui a causé la mort de plusieurs personnes, alors que des centaines d’autres ont été blessées. Nous voulons aussi priver les ONGs de gauche de subventions publiques. Nous ne désirons pas que l’État finance leur propagande. Nous voulons que les écoles apprennent à nouveau à lire, à écrire et à calculer, ainsi que les sciences naturelles, et qu’il n’y ait plus de lavage de cerveaux avec des absurdités comme l’existence de 55 sexes. Nous désirons un système scolaire débarrassé d’endoctrinement.
Propos recueillis par Lionel Baland.
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