
par François Marcilhac
Et si les incendies, pourtant bien réels et dramatiques, qui ont ravagé comme jamais la France cet été, avaient également valeur de symbole des deux quinquennats d’Emmanuel Macron ? Personne n’aura prêté attention à son discours de Bormes-les-Mimosas, le 17 août dernier, à l’occasion de l’anniversaire de la libération de la ville, discours par lequel, cette année, comme les précédentes, il a ouvert la rentrée politique. Il y a lui-même rappelé le terrible incendie qui a ravagé, il y a neuf ans, les alentours de cette ville au mois d’août 2017, au début de son premier quinquennat… Comme autant de signes ?
Incendies multiples
Non que le chef de l’État ait brillé, cet été, par sa sollicitude à l’égard tant de ses compatriotes qui perdaient tout — maison, travail — que des familles des pompiers morts au cours de leur mission, quand ils ne perdront pas leur santé et à terme la vie, en raison de l’exposition prolongée et répétée à des émanations nocives, mal équipés comme ils le sont : une honte pour la septième puissance économique du monde. Macron, comme d’habitude, a fait le minimum et encore, ne témoignant qu’une solidarité de façade envers des Français qu’il méprise de « n’être rien » à ses yeux, sinon, au mieux, des « Gaulois réfractaires ». Et ne parlons pas d’un Premier ministre dont la seule ambition est du durer jusqu’au second tour de l’élection présidentielle de 2027 : s’il n’est pas directement coupable de l’état désastreux de la sécurité civile en France, il en est le coresponsable pour s’être rendu activement complice, aux postes successifs qu’il a occupés depuis le début du premier quinquennat, de la politique désastreuse de Macron et de sa clique, dont il est un des plus fidèles satellites.
Des Gilets jaunes, provoqués, puis récupérés, aux incendies de l’été de 2022, puis à ceux de cette année, aux conséquences aggravées par l’incurie des pouvoirs publics en dépit des promesses faites depuis tant d’années, en passant par l’incendie, hautement symbolique, de Notre-Dame, puis d’un grand nombre d’églises de nos campagnes, aux causes toujours inexpliquées, ou par l’embrasement des « quartiers », après la mort d’un jeune voyou en juin 2023, auquel a mis fin non pas un gouvernement légal dépassé, mais celui, parallèle, des narcotrafiquants : rarement deux mandats présidentiels successifs se seront inscrits dans une logique triple d’incurie, d’impuissance ou de provocation, dont les conséquences autant délétères que prévisibles permettent de les qualifier d’incendiaires. Du reste, par leur mépris avoué, les propos du chef de l’État à l’encontre de ses compatriotes, dès le début du premier quinquennat et continûment durant neuf ans, n’ont-ils pas été délibérément incendiaires ?
Une politique de la terre brûlée
Que tous ces incendies aient été allumés involontairement ou qu’ils aient été, pour certains, manifestement prémédités — et nous ne pensons pas qu’aux feux de forêts —, c’est bien sous leur signe que ce seront déroulés deux quinquennats macroniens qui auront provoqué et divisé les Français. Et, surtout, laissé la France dans un état de dévastation sans précédent. Car, méthodiquement, Macron et la majorité qui n’a cessé de le soutenir — une majorité hétérogène constituée autant de convaincus que de politiciens désireux de se maintenir à tout prix —, oui, la macronie n’a eu de cesse de pratiquer la politique de la terre brûlée, qui a consisté à détruire ou à rendre inutilisable, notamment en vendant des trésors stratégiques à des intérêts étrangers, tout ce qui pouvait ou pourrait encore servir à reconstruire la France, à lui assurer son indépendance et sa prospérité. Aucune promesse — elles furent pourtant nombreuses — visant à réindustrialiser notre pays, à le rendre plus fort, n’a été respectée. Que ne nous avait-on pas pourtant prêché durant la covid sur le « jamais plus comme avant » ! Une prise de conscience générale devait accompagner la « guerre » contre la pandémie, non seulement en matière sanitaire (le retour de la production pharmaceutique) mais plus largement industrielle, économique, sociale ou de cohésion nationale. Les politiques de rupture devaient suivre. Les Français, malheureusement, n’ont fait qu’assister au bradage continu de nos intérêts vitaux, en matière technologique notamment, et à l’augmentation d’une dette abyssale, visant peut-être à soumettre notre pays à la loi de la finance internationale afin de le faire définitivement entrer dans le rang. « Ayez confiance dans l’Europe qui est aussi la source de notre indépendance et qui nous permettra ensemble de tenir dans ce monde disloqué » a lancé Macron le 17 août. L’Europe, « source de notre indépendance » ! Tout est dit. Macron a définitivement abandonné la souveraineté de la France (notamment en matière agricole, demain en matière militaire ?), pour une « souveraineté européenne » qui n’existe que dans ses rêves de fondamentaliste européen : nos partenaires, notamment le chancelier nationaliste allemand Merz, ont encore huit mois pour jouer à leur profit des lubies de Macron. Voire, un nouveau quinquennat si, par malheur, un macronien dans l’esprit, qu’il s’appelle Attal, Philippe ou Glucksmann – le petit télégraphiste de Zelensky en France —, pour ne citer que les plus en vue, succédait à l’actuel hôte de l’Élysée.
Vers le brasier de la guerre ?
Car le délire élyséen de grandeur égocentrée sur fond de souveraineté européenne n’a pas encore développé toutes ses potentialités mortifères. Rien n’est trop beau pour l’Ukraine : la France peut accroître sans compter sa dette et se dépouiller du peu qu’il lui reste d’armement, tant qu’il s’agit de rester à la tête de cette « coalition des volontaires » dont Macron est le chef autoproclamé et qui ne fait que prolonger inutilement et artificiellement une guerre déjà si coûteuse en vies humaines, du côté russe comme du côté ukrainien. Rêve-t-il de finir son mandat dans un brasier généralisé de l’Europe ? Il s’agit en tout cas, en diabolisant la Russie et en faisant des Ukrainiens un peuple martyr aux yeux des Européens, de rendre moralement, et donc politiquement, inéluctable le plus rapidement possible l’entrée de l’Ukraine dans une Union européenne dont la gouvernance exigera toujours plus la soumission des États à une logique supranationale, du moins pour ceux dont les dirigeants ont perdu tout réflexe national. La plus grande partie des élites françaises est prête à ce qu’elle considère déjà non pas comme une disparition de la France elle-même, mais comme une avancée voulue par l’Histoire. Il en est différemment d’une Allemagne qui n’a jamais été « européenne » que dans la mesure où cela servait son retour comme puissance centrale hégémonique. Merz réarme : l’Allemagne éternelle.
Le bûcher de Rouen
L’hebdomadaire Marianne a, durant l’été, interrogé ses lecteurs sur la personnalité incarnant le mieux à leurs yeux l’histoire de France. Ils avaient le choix entre trente-deux noms, dans un large éventail de siècles et de tendances politiques, de Clovis à Pierre Mendès France, de Charlemagne à Léon Blum, en passant par De Gaulle. Eh bien, si Léon Blum arriva en finale, ce qui n’est pas étonnant de la part d’un lectorat essentiellement de gauche, il a été battu par Jeanne d’Arc. Ainsi, la sainte de la patrie continue d’incarner l’image que les Français se font de leur pays à travers les siècles, non pas comme « fille du peuple qui s’est dressée contre les puissants » (Éric Anceau), contresens majeur puisque les puissants étaient des deux côtés, celui de la résistance à l’ennemi comme celui de la collaboration, mais comme figure de l’union nationale. En arrivant en demi-finale, Clovis, quant à lui, nous fait une bonne surprise. Les Français n’ont pas oublié le baptême fondateur de l’histoire de leur pays. Les flammes du bûcher de Rouen, loin de consumer l’espérance française, la renouvellent à chaque siècle. Poursuivons la politique de Jeanne : il y va de la survie de la France.
https://www.actionfrancaise.net/2026/09/02/les-incendiaires/
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