
Très sérieusement, il y a de quoi s’inquiéter de l’avenir des libertés publiques et individuelles dans ce pays, et notamment de celui de la liberté d’expression. De quoi s’inquiéter, effectivement, lorsque l’on écoute les propos tenus par un certain Me Arié Alimi, avocat, membre de la Ligue des droits de l’homme, ce lundi 31 août, sur le plateau de BFM TV, lors d’un débat sur la proposition du Rassemblement national d’interdire le port du voile, s’il emportait l’élection présidentielle.
Cet avocat est évidemment opposé à l’interdiction du voile. C’est évidemment son droit le plus strict et, après tout, il n’est pas incongru de se poser la question de l’efficacité de cette mesure, si elle venait à être votée et réussissait à passer les fourches Caudines du Conseil constitutionnel. Mais le problème n’est pas là. Le problème est que ce représentant de la LDH veut carrément interdire le débat sur cette question du voile. Écoutez bien, réécoutez, lisez ce qu’il dit.
Interdire le débat sur le voile par la menace pénale
« Vous avez l’article 24 de la loi de 1881 qui prohibe toute provocation à la discrimination. Le fait de proposer, aujourd’hui, sur votre plateau, hier encore sur votre plateau, à ce que soit interdit le port du voile est une provocation à la discrimination religieuse, s’agissant des femmes qui portent le voile. C’est une infraction pénale, c’est pas une contravention qui est encourue, c’est une peine d’emprisonnement qui est encourue. » Affirmer, comme le fait de manière péremptoire Me Alimi, que proposer dans un média une loi qui interdirait le voile constitue une provocation à la discrimination religieuse et, donc, un délit relève de son appréciation toute personnelle. C’est à un tribunal, s’il venait à être saisi, de décider si, effectivement, l’infraction est constituée. En l’occurrence, s’il s’agissait, dans le cas présent, de poursuivre et de condamner le député RN Julien Odoul qui était présent sur le plateau de BFM et défendait la position de son parti et de sa candidate.
Et cet avocat de poursuivre son discours. « Et moi, ce que je peux vous dire aujourd’hui, je vous l’affirme (et c’est un scoop), c’est que la plupart des organisations antiracistes vont déposer plainte contre tous ceux qui ont porté ce débat sur la place publique. On ne peut pas se permettre d’avoir ce débat sur un plateau télé. Le seul endroit où on aura ce débat, c’est devant un tribunal correctionnel… » Ainsi, on traînerait en Justice, notamment ceux qui sont parlementaires, les défenseurs d’une mesure qui pourrait par la suite devenir la loi de la République ! On marche sur la tête.
Derrière ces propos, on a bien compris que la grande confédération associative anti-RN fourbit déjà ses armes et compte faire feu de tout bois pour combattre la grosse « bête immonde » qui monte. L’arme judiciaire en est une. Redoutable. Redoutée ? Faut voir. Une arme qui vise en tout cas à paralyser, tétaniser. Sans doute, ce n’est pas ce qui fera se taire un Julien Odoul et tous les autres responsables du RN amenés à porter la parole de leur parti et de leur candidate sur les plateaux télé durant cette campagne qui a d’ores et déjà débuté. Mais par cette menace judiciaire, il s’agit de faire des porteurs de propositions dites « discriminatoires » des délinquants potentiels et, donc, de les disqualifier auprès de l’électorat.
Aujourd’hui, c’est le débat sur l’interdiction du voile que l’on voudrait « délinquantiser ». Demain, ce sera quoi ? Les débats où l’on propose d’expulser les étrangers délinquants et criminels, de supprimer l’AME, de réserver les allocations familiales aux seuls Français ? Et pourquoi pas le fait d’émettre l’idée qu’il faut que le droit de vote reste le privilège des seuls citoyens français… Tout, finalement, en tirant le fil et la pelote qui va avec, peut être considéré par ceux qui font commerce de la judiciarisation du débat public, comme une incitation à la discrimination, en vertu de cet article 24 de la loi de 1881 que cet avocat brandit de façon menaçante. Oui, il y a de quoi s’inquiéter de l’avenir de la liberté de parole dans ce pays.
Au fait, pour ceux qui l’ignorent, la loi de 1881 est celle qui consacre la liberté de la presse en France.
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