[MÉDIAS] Rock en Seine : l’argent public au cœur du festival qui insulte Marine Le Pen

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« Fuck Marine Le Pen ». Samedi soir, le message s’affiche sur les écrans de Rock en Seine pendant le concert des Lambrini Girls. Une provocation visant directement la figure du Rassemblement national, mais aussi, au-delà d’elle, les millions de Français qui ont choisi de voter pour elle. Une séquence qui rappelle que, dans certains festivals, la musique n’est jamais très loin de l’engagement politique. Mais elle pose surtout une question : qui finance ces grands rendez-vous culturels ?

« C’est aussi un projet politique »

Pour comprendre ce qui se joue à Rock en Seine, il faut regarder au-delà de la scène. Le festival est notamment détenu par le groupe Combat de Matthieu Pigasse et AEG Presents. Et l’homme d’affaires n’a jamais caché sa conception de la culture. Lors du rachat de Rock en Seine en 2017, il déclarait : « C’est aussi un projet politique : nous utilisons l’éducation et la culture pour changer le monde. » Neuf ans plus tard, devant une commission d’enquête du Sénat, Pigasse qualifie les festivals de « l’un des champs actuels de la bataille culturelle ».

Il ne s’agit évidemment pas de lui attribuer les propos de chaque artiste. Mais difficile de nier la dimension idéologique qu’il revendique pour le secteur. Et cette conception mérite d’autant plus d’être examinée que Rock en Seine a longtemps bénéficié du soutien financier des pouvoirs publics.

Des centaines de milliers d’euros publics

En 2023, la région Île-de-France accordait jusqu’à 380.000 euros à l’association Plus de Sons, organisatrice du festival. En 2024, elle lui attribuait encore 295.000 euros, auxquels s’ajoutaient 150.000 euros d’achats de billets. Le département des Hauts-de-Seine apportait, de son côté, 115.000 euros, tandis que Saint-Cloud avait prévu une subvention de 40.000 euros.

En 2025, la programmation du groupe nord-irlandais Kneecap déclenche une importante polémique en raison de ses prises de position pro-palestiniennes. Rock en Seine maintient le concert au nom de la liberté de création et d’expression. Saint-Cloud retire alors ses 40.000 euros. La région supprime sa subvention et ses achats de billets. Le département met également fin à son soutien. La liberté de programmer demeure. Mais les collectivités rappellent qu’elles disposent, elles aussi, de la liberté de choisir ce qu’elles financent.

Les subventions coupées, les institutions restent

Pour autant, le retrait des principales subventions n’a pas fait disparaître Rock en Seine de l’écosystème public. En 2026, la RATP reste partenaire du festival et mène avec lui une opération culturelle à la station Duroc, en collaboration avec l’école Estienne. Le Centre national de la musique, établissement public, poursuit avec Rock en Seine le programme Step Up destiné aux jeunes professionnels des musiques actuelles.

Le service public audiovisuel est également présent. France Télévisions accompagne le festival et en assure la couverture, avec notamment la diffusion du concert de The Cure sur France 4 et france.tv. Ces partenariats ne sont pas des subventions et rien ne permet d’affirmer qu’ils constituent un financement indirect. Ils montrent néanmoins que le retrait de l’argent public n’a pas entraîné celui de toutes les institutions publiques.

Après les insultes visant Marine Le Pen, la question dépasse donc le seul dérapage d’un groupe sur une scène. Un festival est libre de défendre les causes qu’il souhaite. Mais lorsque ses responsables revendiquent une « bataille culturelle », les pouvoirs publics doivent-ils continuer à accompagner cet univers, sous quelque forme que ce soit ? Le contribuable, lui, peut légitimement poser la question.

Yann Montero

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