
Un vote populaire, et voilà les marquis qui hurlent au putsch.
Samedi soir, foire de Châlons-en-Champagne. Au milieu des tracteurs et de l’ambiance de foire agricole, Jordan Bardella débarque sur le plateau de BFM-TV. Le discours est calé, sans fioritures. Marine Le Pen vise l’Élysée, lui s’occupe de Matignon. Le tandem est affiché.
Mais c’est la suite qui fait suffoquer les belles âmes.
La mesure qui fâche depuis des plombes : un référendum sur l’immigration blindé dès le premier tour des législatives. Au menu ? Fin définitive du droit du sol, expulsion directe des délinquants étrangers et préférence nationale pour les aides sociales. Trois piliers pour résumer le mot d’ordre : reprendre le contrôle.
Ajoutez à ça la fin de l’hystérie fiscale avec la promesse de faire sauter cent vingt taxes et impôts, et l’inscription dans la Constitution d’une interdiction stricte de voter des budgets en déficit. Un scud direct contre cinquante ans de technocrates qui crament l’oseille qu’ils n’ont pas.
Il n’en fallait pas plus pour que la gauche nous fasse sa crise d’apoplexie habituelle.
Pas avec des chiffres ou des contre-propositions. Non, avec les grands mots qu’on garde d’ordinaire pour les dictatures à médailles. Un certain
Vincent Présumey, ancien ponte syndical de la FSU, a dégainé son laïus sur Facebook.
Ancien, le mot est généreux. La vérité, c’est que les instances nationales de son propre syndicat ont profité de son départ à la retraite pour le pousser gentiment vers la sortie. Un type que même les siens ne voulaient plus entendre et qui se retrouve aujourd’hui donneur de leçons sur la Constitution. Il fallait oser.
Pour lui, ce référendum, c’est carrément un « coup d’État constitutionnel rapide ». Consulter le peuple par un vote, un putsch… Faut oser le formuler.
Le plus comique, c’est l’exemple qu’il va déterrer pour prouver son délire.
Le mec nous sort le général de Gaulle en 1962, quand il a utilisé l’article 11 pour imposer l’élection du président au suffrage universel. La seule fois où un dirigeant a court-circuité les salons parisiens pour demander l’avis des Français, c’est ce précédent-là qu’ils agitent aujourd’hui comme un épouvantail. Même leur repoussoir se retourne contre eux.
Qu’on soit bien d’accord. Je ne vais pas me transformer en bisounours du bulletin de vote. La République des urnes qu’on tripote et des scrutins qu’on annule quand le résultat déplaît au pouvoir, c’est un système que je ne prends pas pour argent comptant. J’ai arrêté d’y croire depuis des décennies. C’est fini, ça.
Mais entre un système pourri et des types qui hurlent au putsch dès qu’on ose demander l’avis du peuple, il y a une sacrée marge. Ce n’est pas les urnes que je défends. C’est le culot phénoménal de ceux qui les insultent seulement quand elles risquent de voter contre eux.
Les mêmes types qui braillent au fascisme parce qu’on parle de donner la parole aux gens sont ceux qui ont applaudi des deux mains la dissolution foireuse, les désistements en douce entre ennemis jurés d’hier, et le cirque judiciaire qui a tout fait pour priver un tiers des électeurs de leur candidate.
Et ces donneurs de leçons, virés jusque de leur propre syndicat, parlent déjà de « désobéissance civile » si jamais les urnes ne votent pas comme ils veulent. L’hypocrisie totale. La Constitution n’est leur bible que lorsqu’elle protège leurs privilèges et leurs subventions.
Un référendum, ce n’est pas un coup de force. C’est juste la trouille bleue d’une caste, y compris ses propres ringards recyclés, qui n’a jamais encaissé que le peuple puisse décider de son propre destin.
Jérôme Viguès
Laisser un commentaire