Comment la Hongrie a fermé sa frontière malgré les revers judiciaires de l’UE

Plus d’un million de tentatives de franchissement irrégulier ont été recensées le long de la clôture frontalière hongroise depuis 2015, selon un article publié par Hungarian Conservative retraçant une décennie de dispositif anti-migratoire mis en place par Budapest face à l’afflux de demandeurs d’asile transitant par les Balkans occidentaux.

L’été 2015 avait vu des centaines de milliers de demandeurs d’asile venus de près de 100 pays traverser les Balkans occidentaux en direction de la frontière sud de la Hongrie. Face à l’impossibilité de mener des contrôles de sécurité sur un tel volume de personnes, le Premier ministre Viktor Orbán avait opté pour une approche restrictive à contre-courant de la Willkommenskultur alors dominante en Europe, en faisant construire une clôture et en modifiant la législation nationale.

Une frontière submergée en quelques années

Les autorités hongroises avaient enregistré 18 900 demandeurs d’asile en 2013, soit une hausse de 776% par rapport à 2012, puis 42 777 en 2014 et 177 135 en 2015 — davantage que sur les 23 années précédentes cumulées, faisant de la Hongrie le pays comptant le plus de demandeurs d’asile par 100 000 habitants en Europe. Selon l’Organisation internationale pour les migrations, plus de 441 000 personnes avaient franchi la frontière de façon irrégulière en 2015 seulement.

Une double clôture, sans cesse renforcée

Le 17 juin 2015, le gouvernement hongrois avait décidé de construire une clôture temporaire de 175 km de long et 4 m de haut le long de la frontière serbo-hongroise, avant de l’étendre aux frontières roumaine et croate. L’armée hongroise avait d’abord installé un obstacle de fil barbelé concertina, tourné en dérision par la presse occidentale car franchissable à l’aide d’un simple sac de couchage, avant l’édification de la clôture définitive, achevée en septembre 2015 côté serbe et en octobre côté croate.

Migrants et passeurs avaient rapidement identifié les points faibles du dispositif : échelles, découpes au grillage, tunnels pouvant atteindre 25 m de long, ou distraction des gardes-frontières par des incendies volontaires. En réponse, une seconde clôture équipée de caméras thermiques et d’un système de signalisation intelligent avait été achevée en avril 2017, puis renforcée en 2022 avec un dispositif en V empêchant l’usage d’échelles, et en 2023 avec des barrières souterraines contre les tunnels. Selon le ministère de l’Intérieur, le coût total de la protection de la frontière sud atteignait 1,8 milliard d’euros en juin 2022, dont seulement environ 20 millions remboursés par la Commission européenne malgré une demande hongroise de prise en charge à hauteur de 50%.

Une clôture juridique en complément de la clôture physique

Conscient qu’une barrière physique seule ne suffirait pas, le gouvernement hongrois avait fermé légalement la frontière aux entrées irrégulières dès le 15 septembre 2015 et criminalisé le franchissement illégal. Une modification législative de 2016 avait créé une zone de sécurité de 8 km le long des frontières, où toute personne ne pouvant justifier de son identité était reconduite vers un poste-frontière officiel. À partir de mars 2017, cette zone avait été étendue à l’ensemble du territoire national en cas de situation de crise migratoire massive, statut que la Hongrie maintient sans interruption depuis 2016 : tout migrant irrégulier appréhendé n’importe où dans le pays est reconduit à l’extérieur de la barrière physique.

Zones de transit et bras de fer avec la justice européenne

Pour empêcher les demandeurs d’asile de circuler librement pendant l’examen de leur dossier, Budapest avait établi en septembre 2015 deux zones de transit à Röszke et Tompa, où les candidats devaient déposer leur demande et attendre la décision. La Cour de justice de l’Union européenne avait toutefois jugé, le 14 mai 2020, que les conditions de rétention dans ces zones s’apparentaient à une privation de liberté, entraînant leur fermeture immédiate.

En remplacement, Budapest avait instauré un système où la déclaration d’intention de demande d’asile devait être déposée dans une ambassade hongroise à Kiev ou Belgrade, comparable au programme américain « Remain in Mexico », s’appuyant largement sur le concept de pays tiers sûr — la Serbie étant considérée comme telle. La CJUE avait de nouveau invalidé cette interprétation en novembre 2021, puis, en juin 2023, le mécanisme de déclaration préalable en ambassade. Contrairement à son attitude lors de la fermeture des zones de transit, le gouvernement hongrois a refusé de se conformer à ces décisions, ce qui lui a valu en juin 2024 une condamnation à 200 millions d’euros d’amende forfaitaire et une astreinte d’1 million d’euros par jour de non-conformité. Un accord politique trouvé en décembre 2025 entre le Parlement européen et le Conseil, supprimant le critère de connexion entre demandeur et pays tiers sûr, devrait toutefois aligner la pratique hongroise sur le droit européen à partir de juin 2026.

Réseaux de passeurs et affrontements armés

L’article souligne le rôle croissant des réseaux de passeurs depuis 2016, organisés selon des lignes ethniques et générant un chiffre d’affaires estimé entre 8,5 et 10,5 millions d’euros en 2020 dans la région frontalière serbo-hongroise-roumaine. À l’été 2023, jusqu’à 1 200 franchissements avaient été recensés en une seule nuit, avec parfois 300 migrants détectés en un point unique en une heure. Des affrontements armés entre groupes rivaux, alimentés en armes par des réseaux criminels du Kosovo et d’Albanie, ont fait plusieurs morts en 2023 près de la frontière, avant qu’un coup de filet des autorités serbes ne fasse significativement retomber la pression migratoire sur ce tronçon.

Les auteurs concluent que l’expérience hongroise dément le récit selon lequel les barrières physiques seraient inefficaces, tout en reconnaissant que la pression migratoire, en recul sur la frontière serbo-hongroise, se reporte désormais sur les axes roumain-bulgare et bosno-croate.

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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