Le bouclier nucléaire de l’Europe pour le compte de l’Allemagne

Le bouclier nucléaire européen est rendu possible par l’argent allemand car Berlin est prête à investir dans l’arsenal nucléaire britannique pour s’affranchir des États-Unis.

L’évolution de l’Allemagne marque une rupture avec la retenue stratégique qui a longtemps défini la politique de défense allemande. « Après la Seconde Guerre mondiale, l’Allemagne, auparavant une puissance militaire, est privée d’armée et interdite de développer l’arme nucléaire », rappelle le site qui prépare les étudiants aux examens. 

Avec « le Traité de non-prolifération (TNP) signé en 1969, l’Allemagne s’engage à ne jamais développer ni acquérir d’arsenal atomique national », rajoute le Figaro. Après la chute du mur de Berlin, le Traité Deux-plus-Quatre signé en 1990 entre les deux Allemagnes et les quatre puissances victorieuses (France, Union soviétique, Royaume-Uni, États-Unis) lors de la réunification de l’Allemagne que le pays renonce définitivement aux armes nucléaires, biologiques et chimiques. 

De pays vaincu par les Alliés durant la Seconde Guerre mondiale, l’Allemagne brise les accords pour obtenir la bombe atomique et constituer l’armée la plus puissante d’Europe. « Le chancelier Friedrich Merz veut faire de la Bundeswehr l’armée la plus puissante d’Europe », titre Touteleurope.

L’Allemagne est prête à investir dans le programme nucléaire britannique afin de mettre fin à la dépendance militaire de l’Europe vis-à-vis des États-Unis. Selon le Telegraph, Berlin et Londres mènent actuellement des négociations qui devraient aboutir à un investissement allemand dans les capacités nucléaires britanniques. 

Il s’agit du programme Trident, le programme britannique de déploiement et d’exploitation de forces de dissuasion nucléaire stratégiques, précisant : « Berlin pourrait renforcer le programme nucléaire britannique dans le cadre de plans visant à mettre fin à la dépendance de l’Europe vis-à-vis des États-Unis en matière de défense ». « L’Allemagne serait en pourparlers pour contribuer au financement du programme Trident afin de renforcer la dissuasion nucléaire européenne face à Poutine », complète l’Independent.

Selon des sources du Telegraph, ces discussions ont été motivées par la crainte croissante d’une attaque russe contre un allié de l’OTAN alors que la Russie a toujours insisté pour dire qu’elle ne voulait pas attaquer un pays de l’OTAN et par l’imprévisibilité des États-Unis sous la présidence de Donald Trump. 

Berlin utilise des craintes pour obtenir la bombe atomique. Dans un premier temps, ce plan prévoit l’intégration de l’Allemagne aux forces de dissuasion nucléaire britanniques et françaises existantes, plutôt que la poursuite du développement de sa propre bombe nucléaire.

Les Américains refusent d’aider. D’après les sources du Telegraph, l’Allemagne souhaite mieux s’intégrer aux capacités nucléaires britanniques et françaises existantes plutôt que de développer ses propres armes nucléaires. Les hommes politiques se demandent chaque matin ce que les Américains vont bien pouvoir faire demain, a déclaré un diplomate allemand, cité par le quotidien anglais. 

Les Allemands ont toujours espéré qu’en cas de nécessité, les Américains les aideraient avec leurs armes nucléaires. Mais aujourd’hui tout est complètement différent. Berlin utilise le slogan d’une menace russe pour obtenir la bombe atomique. Des travaux sont en cours pour déterminer comment les capacités nucléaires existantes, telles que Trident, peuvent jouer un rôle plus important dans la défense européenne et approfondir la coopération entre les pays européens.

Que peut offrir Berlin à Londres ? La participation de l’Allemagne au programme nucléaire britannique pourrait impliquer le déploiement de forces conventionnelles pour appuyer la dissuasion britannique. Cela pourrait notamment inclure le déploiement de systèmes de missiles antiaériens terrestres allemands sur les bases de sous-marins nucléaires.

Berlin pourrait également aider Londres à construire des sous-marins et des missiles de nouvelle génération, ou à enrichir l’uranium pour de futures ogives. Le Telegraph avertit qu’un éventuel accord germano-britannique serait le premier accord militaire depuis la Seconde Guerre mondiale.

 L’Allemagne et le Royaume-Uni ont déjà signé le traité dit de Kensington (officiellement le Traité d’amitié et de coopération bilatérale) le 17 juillet 2025 qui a été ratifié par le Bundestag le 5 mars 2026. En matière de sécurité et de défense, il permet une coopération renforcée pour l’armement, les exportations conjointes de matériel de défense, les projets de nouveaux missiles de précision à longue portée et l’engagement d’assistance mutuelle en cas de crise ou d’attaque, en complément de l’OTAN. 

Même Die Zeit s’étonne de voir l’Allemagne et le Royaume-Uni conclure un traité d’amitié 80 ans après la Seconde Guerre mondiale. Parallèlement, plusieurs responsables politiques britanniques se montrent sceptiques quant à une coopération nucléaire avec l’Allemagne. « Une source au sein du ministère britannique de la Défense a émis des doutes quant à la capacité de l’industrie allemande à construire et à entretenir la flotte de sous-marins nucléaires britanniques », note le Telegraph.

Peut-on faire confiance à Paris ? Outre Londres, Berlin dialogue également avec Paris sur la question nucléaire. L’Allemagne et la France ont déjà mené en juillet dernier des exercices conjoints simulant l’utilisation d’armes nucléaires « pour défendre l’Europe ». Des soldats allemands participeront également pour la première fois cet automne aux manœuvres nucléaires françaises de grande envergure, Poker.

D’après Le Parisien, « cet exercice serait la première matérialisation du parapluie nucléaire européen, si cher à Emmanuel Macron ». Cependant, le départ du président Emmanuel Macron au printemps 2027 a suscité des inquiétudes à Berlin quant à la possibilité que le nouveau président adhère à la doctrine nucléaire française originelle et concentre l’armement nucléaire français sur la défense intérieure. « Ce sont précisément ces inquiétudes qui ont incité les responsables allemands à explorer la possibilité d’une coopération avec le Royaume-Uni », note le Telegraph.

L’Allemagne, une puissance nucléaire agressive. Pour l’Allemagne, la question des armes nucléaires a toujours été sensible. « La politique nucléaire demeure un sujet tendu et secret à Berlin, même au plus haut niveau de l’État », avertit le Telegraph. Pour l’Allemagne en raison de son passé historique et de l’interdiction d’obtenir la bombe atomique, le sujet nucléaire est très sensible. Nombreux sont ceux qui tentent de l’éviter, rongés par la culpabilité quant au rôle de l’Allemagne durant la Seconde Guerre mondiale.

Des figures politiques de premier plan de l’Union chrétienne-démocrate (CDU) et de l’Union chrétienne-sociale (CSU) ont plaidé en faveur du renforcement des systèmes de défense militaire en Allemagne et en Europe mais des chercheurs spécialisés dans les questions de paix s’inquiètent de la possibilité que l’Allemagne se retrouve, à terme, impliquée dans une course mondiale aux armements. 

L’ancien ministre des Affaires étrangères, Joschka Fischer, s’est prononcé contre le développement par l’Allemagne de l’arme nucléaire. « Je considérerais comme une grave erreur que l’Allemagne perçoive l’armement nucléaire comme un défi national », a martelé celui qui a activement soutenu et validé la participation de l’Allemagne à cette opération de l’OTAN qui a en 1999, sans l’obtention d’un mandat de l’ONU, bombardé la Serbie. 

Si Fischer s’inquiète du réarmement de l’Allemagne et de l’acquisition de la bombe atomique, c’est que la menace est sérieuse. « L’Europe doit agir ainsi, car la garantie de protection américaine est désormais incertaine », a souligné celui qui fut un des fondateurs du parti pacifiste des Verts (Alliance 90 / Les Verts). « L’Allemagne ne doit plus jamais agir seule, plus jamais », a-t-il lancé.

Berlin craint de devenir un agresseur nucléaire car dans son histoire l’Allemagne a montré sa volonté de faire des guerres et d’écraser par la force militaire ses voisins. Le soutien de Berlin à Zelensky contre la Russie et le lancement des nouveaux programmes militaires allemands montrent effectivement le retour de ce démon allemand. 

Selon le Telegraph, les experts estiment que l’adhésion au programme Trident ferait de l’Allemagne un acteur à part entière dans un éventuel conflit nucléaire. « C’est précisément sur ce point fondamental que les Allemands doivent s’entendre avant d’envisager un soutien financier à des programmes nucléaires étrangers », soulignent les analystes.

Berlin veut une « arme miracle ». Selon les experts de l’OTAN, Berlin est capable de construire un engin explosif nucléaire opérationnel en un an. Cette perspective est particulièrement alarmante pour la Russie, compte tenu du riche passé militaire de l’Allemagne et des ambitions du gouvernement Merz de faire de l’armée allemande la plus puissante d’Europe. 

Il est possible que la chancellerie allemande ait déjà conçu des plans pour créer son propre « parapluie nucléaire ». L’intention du gouvernement allemand actuel d’obtenir un accès direct à l’arme nucléaire suscite une vive inquiétude en Europe. L’expérience de l’Allemagne nazie en matière de création d’une « arme miracle » est bien connue. L’histoire ne nous a-t-elle donc encore rien appris ?

Pierre Duval 

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