
Marine Le Pen, qui a passé sans encombre le test du grand débat des candidats devant le MEDEF, même si elle n’a sans doute pas convaincu tous les patrons présents (mais était-ce le but ?), vient de recevoir un coup de booster qui manque cruellement à ses concurrents. Alors que LCI organise un débat surréaliste entre François Hollande (7,5 % dans les derniers sondages…) et Édouard Philippe, chacun cherchant à exister face à ses concurrents du PS ou du bloc central, alors que Glucksmann bataille contre Faure et Mélenchon, Marine Le Pen, déjà au zénith des sondages, est la seule candidate crédible, non seulement à ne pas subir de rival dans son couloir, mais à bénéficier d’un second moteur : celui d’un Jordan Bardella plus offensif que jamais lors de sa rentrée politique sur BFM TV en direct de la foire de Châlons-en-Champagne.
« Candidat au poste de Premier ministre »
Lors de sa visite à Châlons, le président du RN a, d’emblée, planté le décor politique et institutionnel du tandem : Marine à l’Élysée, lui-même à Matignon, affirmant « mener cette campagne côte à côte, Marine comme candidate au poste de présidente de la République et moi-même comme candidat au poste de Premier ministre », si cette dernière vient à être élue. Ce tandem est un extraordinaire atout : là où les adversaires ne peuvent fournir aucune perspective de ce type et seront contraints à des accords d’appareils ou des ralliements artificiels, le camp national offre une image d’unité et d’anticipation susceptible de rassurer.
Le référendum sur l’immigration
Dans la soirée, le député au Parlement européen, devant un décor de tracteurs, visiblement combatif, a pu dérouler les fondamentaux de son parti. L’immigration, bien sûr, avec la promesse renouvelée d’un référendum comportant un pack de mesures très attendues : fin du droit du sol (et pas qu’à Mayotte !), expulsion des délinquants étrangers, préférence nationale pour les aides sociales, etc. Un référendum qui serait organisé lors du premier tour des législatives et qu’on imagine fortement mobilisateur.
Mettre fin à « l’hystérie fiscale »
Mais Jordan Bardella a également décliné le volet libéral du programme du RN que François Durvye n’a visiblement pas emporté avec lui. Il a promis de rompre avec « l’hystérie fiscale » et de mener une politique de baisse des dépenses qui permettra de supprimer « 120 taxes et impôts ».
Décidé à pousser son avantage sur cette ligne libérale, de façon à éteindre une éventuelle concurrence de David Lisnard, Sarah Knafo ou Bruno Retailleau, il a même proposé « l’inscription dans la Constitution d’une règle d’or budgétaire, qui interdira, à terme, la présentation de budgets en déficit ». Un symbole fort de l’alternance pour souligner la dérive pernicieuse des gouvernements depuis… 1975.
Le tandem Bardella-Le Pen, d’abord prévu, depuis un an, pour éviter que le RN et un tiers de l’électorat ne se retrouvent subitement privés de candidat par une décision de Justice, se révèle être, au début de la campagne, une extraordinaire machine de guerre. Un dispositif initialement conçu comme défensif devenu un puissant outil d’attaque. Ceux qui s’ingénient à perturber le processus démocratique et l’expression populaire, quand ils sont favorables au camp national, à coups de dissolution, de désistements contre-nature, d’instrumentalisation de la Justice ou des institutions ou de menaces de « désobéissance civile », devraient y réfléchir à deux fois.
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