
La vie politique, à défaut d’être un long fleuve tranquille, serait donc un éternel recommencement. Désespérant ! C’est ce qu’on se dit, en découvrant la dernière proposition époustouflante d’Édouard Philippe : créer un « nouveau parti » ou une « confédération de partis » pour rassembler « la droite et le centre », si chers aux Gérard Larcher, Valérie Pécresse et autres rescapés de l’ère chiraquienne, en vue des élections législatives qui se tiendront plus que très probablement après l’élection présidentielle au printemps 2027. Idée maîtresse : avoir un candidat unique dans chaque circonscription. Au fond, ce qui n’est pas idiot.
Un nouveau parti de la droite et du centre qui ne sera pas l’UMP…
Évidemment, vous y avez immédiatement pensé : le maire du Havre réinvente dans une même fulgurance géniale le fil à couper le beurre, l’eau chaude – disons plutôt l’eau tiède –, le bidon de deux litres – destiné à contenir cette eau tiède – et, en prime, pour faire bon poids, l’UMP. Bah non, vous n’y êtes pas du tout, mais alors, pas du tout du tout. Édouard Philippe, lui-même, a prévenu : « Il ne s’agit pas de refaire l’UMP. Il s’agit de construire le contrat de gouvernement, ou le nouveau parti, ou la nouvelle confédération de partis, qui permettra à tous ceux qui veulent unir leurs forces au service du pays de gouverner ensemble. » Bien. La base commune de cette fédération ou confédération (on ne sait pas encore) ? « Le respect de l’État de droit et du modèle démocratique », « l’attachement à la construction européenne », « le choix d’une économie de marché », « l’école du mérite et de l’excellence républicaine », « la conscience claire de l’urgence climatique », « le souci de préserver la dignité de chacun » et la défense des « intérêts » et de la « sécurité » de la France. Très bien. Et la souveraineté de la France ? Hors sujet.
Recomposer la vie politique avec les mêmes ?
À travers les expressions-valises « respect de l’État de droit » et « attachement à la construction européenne », on comprend tout de suite qu’il s’agit surtout de ne rien changer au système, contrairement à ce qu’annonce Philippe, qui ose même annoncer « vouloir une recomposition politique ». En prenant les mêmes – ou leurs héritiers – pour continuer tout pareil qu’avant ? On a du mal à imaginer une recomposition politique avec ceux qui ont participé activement à la décomposition, non pas seulement du paysage politique français – notamment sous l’ère Macron -, mais à la décomposition de la France elle-même.
Mais ça ne sera pas l’UMP, qu’il a dit, Philippe. L’UMP, justement, parlons-en. Souvenons-nous que l’idée vint au lendemain du « terrible 21 avril 2002 », qui fut l’équivalent du pilier de Notre-Dame de Claudel pour toute une génération de vaillants résistants et humanistes, aujourd’hui ministres, députés ou présidents d’ONG subventionnées. Parmi les initiateurs de cette fusion, qui viendra officiellement à l’automne de la même année, Alain Juppé, mentor… d’Édouard Philippe. On n’étudie pas assez les généalogies politiques. L’UMP, Union pour une majorité présidentielle, créée pour les législatives qui suivirent l’élection présidentielle, devint donc à l’automne 2002, toujours sous le même sigle, l’Union pour un mouvement populaire à laquelle se rallièrent les deux tiers des cadres de l’UDF giscardienne, à l’exception remarquée de Bayrou, qui entra alors dans sa période de splendide isolement qui l’amènera jusqu’à voter pour Hollande en 2012. Mais on s’éloigne du sujet. Quoique…
Un exemple de vraie « recomposition politique »
Mais parlons sérieusement de « recomposition politique ». Une vraie, pas un lifting de la dernière chance à deux balles pour faire croire qu’on peut encore séduire la galerie. Tiens, prenons les élections législatives de novembre 1958. De Gaulle, dernier président du Conseil de la IVe République, a les pleins pouvoirs depuis le mois de juin, après un retour sur scène dans des conditions qui feraient se « pâmoiser » les tenants du fameux « État de droit »… Le 21 décembre, il sera élu président de la République par un collège électoral élargi. Alors que les gaullistes n’étaient qu’une vingtaine à l’Assemblée, en 1956, 206 députés gaullistes font une entrée en masse au palais Bourbon, ce 30 novembre 1958. Loin de la majorité absolue mais suffisamment pour rallier les centristes MRP (ancêtres de l’UDF) à la politique du Général. Un exemple, parmi beaucoup d’autres, de cette recomposition : le Vaucluse. Législature de 1956 : quatre députés, dont le supposé indéboulonnable radical-socialiste Édouard Daladier, qui faisait de la politique depuis 1912 : 46 ans de carrière. Moins, cependant, que Gérard Larcher, qui est entré en politique en 1979 (faites le compte)… Législature de 1958 : trois députés gaullistes (après un redécoupage électoral en trois circonscriptions). Et un Édouard Daladier, arrivé en troisième position au premier tour de ces législatives, dégagé de l’Histoire. Fin de toute une époque. On appelle ça une recomposition politique.
On devrait étudier un peu plus les généalogies politiques et, plus simplement, l’histoire politique tout court.
Laisser un commentaire