
Les faits sont gravissimes : Guillaume Taddio et Jean-Dominique Artaud, respectivement maires RN de Bédarrides et d’Orange, ont osé, le 15 août dernier, sur Facebook, souhaiter à leurs concitoyens une « bonne fête de l’Assomption ». Le premier évoque un « héritage chrétien qui a profondément façonné la France », le second une « fête qui occupe une place particulière dans notre patrimoine et nos traditions ». Des propos révoltants pour les vigilants commissaires de la Libre Pensée. La fédération du Vaucluse a donc décidé de saisir le préfet afin qu’il adresse un rappel à l’ordre républicain à ces deux contrevenants.
Une pensée pas si libre que cela
La Libre Pensée se veut le parangon de la vertu laïque. « Ni dieu ni maître », dit sa devise (ce qui reste à prouver), « à bas la calotte et vive la sociale ! » Elle se veut « partout présente au cœur du combat laïque », et dans son grand souci de modernité, en appelle aux mânes des « camarades libres penseurs » que furent Victor Hugo, Ferdinand Buisson, Jean Jaurès et Aristide Briand.
C’est donc en se réclamant de ces illustres parrains que la fédération du Vaucluse a écrit le 23 août au préfet : « Monsieur le Préfet, Nous sommes alertés sur la publicité faite sur Facebook par le Maire d’Orange et la municipalité de Bédarrides à la commémoration religieuse du 15 août qui contrevient à la neutralité religieuse que doivent observer les élus et les collectivités territoriales depuis la promulgation de la loi du 9 décembre 1905 de séparation des Églises et de l’État. » Et de rappeler ce principe fondamental : « La République ne reconnaissant aucun culte, elle n’en privilégie donc aucun de quelque manière que ce soit. Les élus et les agents publics dans l’exercice de leur fonction, de même que les moyens de communication (publications papier, réseaux sociaux, etc.) des collectivités territoriales et administrations, n’ont pas à faire la publicité de manifestations religieuses ni à inciter à y participer. » En conséquence de quoi, « libre aux élus, à titre privé, comme à tous les citoyens, citoyennes et résidents étrangers, de célébrer les fêtes religieuses de leur choix mais la loi de 1905 s’applique à Orange et à Bédarrides comme ailleurs, aucun séparatisme religieux n’est admissible ». Aussi, demandent-ils poliment au préfet « de bien vouloir rappeler à Messieurs les Maires de Bédarrides et d’Orange leur obligation de respecter la loi de 1905 et, en conséquence, de retirer le message qu’ils ont publié le 15 août sur Facebook ».
Certes, la page Facebook de la fédération de la Libre Pensée du Vaucluse ne compte que 66 followers quand celle du RN en compte 10.000, et certes, également, il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre ni de réussir pour persévérer.
La Libre Pensée, compagnon de route de LFI ?
En attendant la réponse du représentant de l’État – si elle arrive un jour –, on peut lire celle des élus mis en cause. Avec sagacité, ils rappellent dans leur communiqué que, « en mars dernier, le maire de Cavaillon avait mis à disposition un terrain municipal au bénéfice d’une association musulmane afin qu’une prière puisse y être organisée. À cette occasion, le maire était également venu prendre la parole avant le début de la prière. » Et de demander pourquoi la Libre Pensée du Vaucluse n’avait pas, à cette occasion, écrit au préfet. C’est vrai, ça, pourquoi ? C’est simple, répondent les élus, c’est parce que « la Libre Pensée est un groupuscule d’extrême gauche, compagnon de route de La France insoumise ». Et de relever, au passage, que le journaliste ayant signé dans La Provence l’article relatant l’affaire est un sympathisant affiché du parti de Mélenchon.
Thierry d’Aigremont, qui mène la fédération RN du Vaucluse, confie à BV : « Quoi que nous fassions, ils épient. Ils passent leur temps à cela. Dans un département qui compte 500.000 habitants, ils ne touchent personne mais ils disposent de relais médiatiques puissants. » Les actions incessantes des « groupuscules » de la Libre Pensée, comme souvent celles de la LDH, n’ont qu’un but : « en finir avec notre culture, nos traditions, notre histoire ». En témoigne l’offensive récurrente contre les crèches, les calvaires qu’il faudrait retirer des carrefours… Thierry d’Aigremont rappelle, aussi, l’affaire de la croix de Robion, le tribunal de Nîmes ayant, en février dernier, donné raison à la Libre Pensée et ordonné à la commune le retrait de la croix du mont du Luberon. « Qu’importe, dit Thierry d’Aigremont, nous ne lâcherons rien. »
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