Le F-35 : l’avion de la dépendance des européens à l’égard des États-Unis

Le F-35 : l’avion de la dépendance des européens à l’égard États-Unis

v« Un avion pour les gouverner tous » ? À lire Joseph Henrotin, le F-35 est bien davantage qu’un appareil de combat : c’est le symbole de la dépendance stratégique européenne. Coûteux, technologiquement complexe et étroitement tributaire de l’écosystème américain, il continue pourtant de séduire les capitales du Vieux Continent. Derrière ce succès commercial, se pose la question de la souveraineté militaire européenne ?

Difficile de faire un titre de livre plus explicite que celui choisi par Joseph Henrotin, le rédacteur en chef de la revue Défense et sécurité internationale. La référence au Seigneur des anneaux de J. R. R. Tolkien est évidente : son fameux anneau magique maudit grâce auquel le porteur peut contrôler peuples et rois.

Le sujet du livre, l’avion américain F-35 et sa vente à un grand nombre d’États, est une mine d’informations pour ceux qui souhaitent mettre en lumière, de manière objective, argumentée, les dérives d’une défense européenne qui n’a d’européenne que le nom. Depuis très longtemps, la dépendance à l’égard des États-Unis dans le domaine miliaire est considérable, pour ne pas dire écrasante. Dans le cas présent, ce n’est même plus une dépendance, mais une soumission, tant le bon fonctionnement de cet appareil reste tributaire des États-Unis.

Même le Danemark, soumis aux menaces à peine voilées des États-Unis d’envahir le Groenland, achète ce fameux appareil. Quand la schizophrénie atteint le sommet de l’État…

Voler sous pavillon américain

Mais alors qu’est-ce qui rend cet appareil dit de 5e génération aussi performant à l’exportation ? Sa furtivité aux radars ennemis, son coût annoncé comme contrôlé, sa logistique qui devait être rationnelle et performante… ou tout simplement la croyance en une forme d’assurance américaine grâce à son acquisition ? Un peu tout cela probablement.

Le livre démonte les arguments un à un, de manière rationnelle, précise et dépassionnée. C’est toute la force de ces 198 pages, véritable mine d’informations qui plaira autant aux néophytes de la chose militaire qu’aux passionnés de questions géopolitiques.

Car si un système d’arme (l’avion avec un ensemble de missiles, de radars, de contre-mesures) ne fait pas une armée à lui tout seul, il en est incontestablement une composante essentielle. Or, quand un pays, les États-Unis en l’occurrence, dispose d’un moyen de neutraliser tous les appareils de ses alliés, en tout cas les rendre non opérationnels dans un conflit armé, peut-on encore le qualifier d’allié ? Cela démontre la nécessité pour un pays de disposer de capacités autonomes pour préparer sa défense. Ce qui d’ailleurs ne remet pas en cause les alliances quand celles-ci reposent sur des relations saines.

Le plus surprenant à la lecture de cet ouvrage, tant la démonstration est faite que cet avion est un véritable tonneau des Danaïdes financier, c’est de voir un nombre croissant de pays européens continuer à acheter ces appareils américains (Royaume-Uni, Italie, Pays-Bas, Danemark, Norvège, Allemagne, Belgique, Finlande, Pologne, Suisse, Tchéquie, Grèce et Roumanie) malgré la démonstration de leur perte d’indépendance.

La vraie question est de savoir ce qui pousse certains États à céder à cette logique qui paraît incongrue dans un mode où les menaces sont multiformes, les alliances incertaines et l’avenir par nécessairement radieux ?

Joseph Henrotin, Un avion pour les gouverner tous. Le F-35, prisme de la dépendance stratégique européenne, Le Rocher, 198 p., 16,90 €.

https://www.revue-elements.com/le-f-35-lavion-de-la-dependance-des-europeens-a-legard-etats-unis/

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