
En suivant aveuglément les faucons anglo-saxons en 2022, l’Europe des 27 s’est littéralement embarquée dans un bobsleigh sans freins ou un train fou que plus personne ne contrôle. L’économie ukrainienne subissant de plus en plus les ravages de l’escalade sans fin, c’est l’UE qui finance pratiquement tout le fonctionnement de l’Etat. Sans l’aide européenne, l’Ukraine exploserait en 48 heures.
Cette aide militaire, humanitaire et financière à Kiev, assumée par les 27, représente officiellement 371 milliards d’euros. Mais ce que n’intègrent pas les inconditionnels du soutien illimité à Zelensky, c’est la perte de PIB induite par le triplement des coûts de l’énergie, lequel est en train de plomber l’industrie européenne et alimente l’inflation. La perte de compétitivité se paie au prix fort au sein d’une Europe qui ne possède aucune matière première, tandis que le lobby américain de l’énergie se frotte les mains.
Ensuite, vu que l’Europe devient le principal contributeur à l’effort de guerre, « aussi longtemps que nécessaire », il faut intégrer le fardeau de la reconstruction de l’Ukraine, estimé autour de 500 milliards d’euros.
Les études chiffrées de plusieurs institutions, Eurostat, Conseil de l’UE, OCDE, HCR, BCE, permettent d’appréhender « l’effort de guerre » que supportent les Etats de l’Union depuis 2022. Jusqu’à quand et à quel prix ? Nul ne sait.
1. Le coût de la solidarité et du soutien militaire et financier atteint 216 milliards (UE + aides bilatérales).
2. Le coût de l’accueil de plusieurs millions de réfugiés ukrainiens = 155 milliards.
3. L’impact du triplement de l’énergie sur le PIB de l’Union (18 000 milliards) = 104 milliards.
En additionnant ces trois chiffres on atteint 475 milliards d’euros dépensés ou engagés depuis 2022.
Bilan consolidé des coûts de la guerre pour l’Union européenne (UE-27)
| Blocs de dépenses et de coûts | Descriptif des postes financiers | Montant (Milliards €) | Part du PIB de l’UE (%) |
|---|---|---|---|
| Bloc 1 : Soutien direct à l’Ukraine | Aide financière (prêts et subventions), soutien humanitaire et livraisons d’équipements militaires. | 216 | 1,20 % |
| Bloc 2 : Urgence humanitaire en Europe | Prise en charge nationale des réfugiés (logement, éducation, santé, allocations) par les États membres. | 155 | 0,86 % |
| Bloc 3 : Choc énergétique (Transfert) | Surcoût de l’énergie payé aux fournisseurs mondiaux (États-Unis, Qatar…) dû au remplacement du gaz russe par le GNL. | 104 | 0,58 % |
| TOTAL GLOBAL | Effort économique et financier total supporté par l’UE-27 pour un PIB de 18 000 milliards | 475 | 2,64 % |
Le coût de la reconstruction de l’Ukraine
Il va de soi qu’après plus de 1600 jours de guerre et de bombardements, bien des villes et villages ukrainiens ont subi des ravages colossaux qui vont demander des années de reconstruction et des centaines de milliards d’effort financier. Selon la Banque mondiale, ce coût est estimé à 500 milliards d’euros.
L’UE ne sera pas seule à financer cette somme, mais s’il n’est jamais certain, le pire est toujours possible.
Les plus naïfs, ou les plus cyniques qui ne croient pas un mot de ce qu’ils disent, envisagent 5 contributions :
1. Les Russes en leur volant leurs 300 milliards d’actifs gelés dans les banques occidentales.
2. Le FMI et la Banque mondiale.
3. Le secteur privé (fonds de pensions et multinationales) pour 40% du total.
4. Les alliés hors UE, Etats-Unis, Canada, Japon, Royaume-Uni.
5. L’UE.
Le partage de ce gigantesque gâteau fait saliver les multinationales et les requins de la finance. La bataille sera rude et nombreux sont ceux qui ont déjà placé leurs pions auprès de Kiev pour rafler quelques contrats bien juteux.
Certes, il y aura bien un retour sur investissements pour les industriels européens, mais imaginer une seule seconde que Poutine va faire cadeau de 300 milliards aux Occidentaux pour reconstruire l’Ukraine, alors que son propre pays s’épuise dans cette guerre, relève de la naïveté la plus désarmante. Poutine refusera catégoriquement de signer le moindre chèque de réparation. Il faut donc s’attendre à ce que l’UE prenne le fardeau à sa charge et finance la moitié de la reconstruction, à savoir 250 milliards d’euros, qui s’ajouteront au fardeau initial de 475 milliards.
On nous dira que cette somme, étalée sur 10 ans, pour un PIB européen de 18 000 milliards, est un poids insignifiant. Mais rien n’est insignifiant quand on a perdu sa compétitivité, qu’on ne possède aucune matière première et qu’on est surendetté. Voici la situation financière de l’UE. Pas vraiment reluisante, alors que des crises énergétiques et économiques, il y en aura d’autres.
Synthèse de l’endettement dans l’UE-27
| Niveau d’endettement | Montant global | Part du PIB de l’UE (%) | Situation contextuelle |
|---|---|---|---|
| 1. Dette cumulée des 27 États | 15 705 milliards d’euros | 82,9 % | Record historique atteint au cours du 1er semestre 2026. |
| 2. Dette propre de l’Union (UE) | 750 à 800 milliards d’euros | 4,3 % | Dette institutionnelle (principalement liée au plan NextGenerationEU). |
Mais n’anticipons pas. Cette guerre n’est pas encore terminée, tant les partisans de la paix sont aux abonnés absents.
Jacques Guillemain
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