Une opinion communénment admise après 1992 considère que les crimes du nazisme et ceux du communisme sont de même nature : des atrocités commises par deux totalitarismes emportés par leur nature criminelle et leur soif de pouvoir absolu.1
Et pourtant, peut-on tracer de telles égalités ? Les mobiles du nazisme sont-ils ceux du communisme ? Plus essentiel : à force de s’obnubiler sur les crimes nazis et communistes, n’oublions-nous pas le sort de millions d’êtres broyés par le système libéral, sans jamais porter ces victimes invisibilisées dans ce bilan macabre ?
Parfois, les paranoïaques ont de véritables ennemis
Car bilan macabre, il y a. Dans sa chanson Le Bilan, Jean Ferrat2 parlait, avec sa sensibilité coutumière, d’un siècle de tragédies.
Pour des raisons de commodité, nous examinerons les crimes nazis, puis ceux imputés aux communistes, avant de nous autoriser un petit retour historique pour examiner ceux commis au nom du profit et de la défense sociale.
Le nazisme est le plus facile à disqualifier. Ses crimes naissent du texte qui lui sert de document fondateur : Mein Kampf, ouvrage dont la scientificité se réduit à un mélange sans talent de théories raciales inventées au XIXe siècle pour fournir une justification à la colonisation du monde, et d’un darwinisme mal compris3. À partir de là, le texte hiérarchise les races selon leur plus ou moins grande pureté et délivre des permis de tuer dont les nazis useront durant la Seconde Guerre mondiale.
Au plan conceptuel, le nazisme ignore que la mission d’un État est de protéger ses populations comme l’explique la théorie développée par Vattel, toujours valide aujourd’hui encore4. Les lois de Nuremberg se heurtèrent donc bien vite à la question des Mischlinge, ces enfants ou descendants de couples mixtes, ainsi qu’à celle des juifs anciens combattants décorés de la Première Guerre mondiale5. Ces chicaneries, qui nous semblent ridicules aujourd’hui, témoignent de l’intégration profonde des populations : en attaquant une partie, le nazisme attaquait le tout.
Sans la chance d’attaquer une France assez sotte pour confier son armée à un vieillard paresseux et égocentrique (cf. Pétain), avant de laisser des affairistes fragiliser son système d’alliances à l’est — la cession des usines Škoda par le groupe Schneider, à la faveur des accords de Munich puis de l’occupation allemande de la Tchécoslovaquie6 —, le régime nazi n’aurait pas disposé du prestige nécessaire pour mener à bien son programme criminel.
Hélas pour les nazis, il ne suffit pas d’écrire de grandes théories : elles doivent aussi passer l’épreuve du réel. Or le « sous-homme » slave ne se décida pas à mourir, et il opposa à l’est une résistance farouche. Certes au prix de millions de morts — mais n’est-ce pas aussi une preuve de grandeur que de se sacrifier pour le groupe ? Avec un peu moins d’idéologie, peut-être, le conquérant allemand aurait pu diviser la population soviétique, tirer parti des multiples fractures du pays, et gagner. Convaincu que la clémence est une faiblesse, le « surhomme » aryen offrit ainsi à son adversaire toutes les armes dont il avait besoin.
Le résultat vint bien vite : dans ses villes détruites, le nazisme fut jugé et condamné. Ses grands chefs furent jugés et, pour la plupart, pendus7 : le nazisme avait vécu, comme idéologie.
Dans le cadre d’une guerre idéologique avec le communisme, la tentation serait grande d’établir une égalité entre un nazisme profondément discrédité et un communisme qui prospérait sur les multiples inégalités et blocages sociaux d’un libéralisme désireux de s’imposer comme la seule idéologie respectable. Celui-ci évitait ainsi le match libéralisme-communisme et se positionnait hors du ring, l’idéal pour garder les mains propres — quitte à s’ériger, du même geste, en juge des deux camps qu’il prétendait départager.
L’exigence scientifique impose pourtant de refuser cette facilité. Certes, certains auteurs8 additionnent les morts pour parvenir à un chiffre de cent millions, avec une règle de trois censée emporter la conviction : douze ans de nazisme, avec entre douze et quinze millions de morts idéologiques9, vaudraient cent millions de morts sur soixante-dix ans. Sous-entendu : le communisme serait aussi meurtrier que le nazisme, et devrait donc être condamné de la même manière.
Certes, mais — le fameux mais. Peut-on additionner les victimes de la guerre civile, celles des famines de la collectivisation, de la Seconde Guerre mondiale, de la conquête du pouvoir par Mao, avant d’y jeter le génocide khmer rouge10 ?
Le procédé manque d’élégance, non ? Le juif raflé par la Gestapo et envoyé en camp de concentration, à l’image d’Anne Frank, n’avait rien fait. Les soldats de Denikine, ou de tel autre général blanc, peuvent-ils prétendre au même statut ? Le fait de combattre pour le tsar leur retire-t-il leurs armes, du seul fait qu’ils étaient en guerre contre les bolcheviks ? Le drapeau blanc rend-il à ses défenseurs l’innocence de l’enfance ? Oserait-on conclure que non ?
Le bolchevisme fut attaqué dès sa prise de pouvoir, par les armées étrangères et par les généraux blancs, pas plus tolérants ni moins sanguinaires que les bolcheviks. Ou bien un généreux auteur aura-t-il l’outrecuidance d’affirmer que les bolcheviks auraient bénéficié de mesures de clémence en cas de victoire blanche ?
On fait la révolution, ou on ne la fait pas, déclare Trotsky dans son Histoire de la révolution russe. On pourrait oser la même formule pour la contre-révolution : on la fait, ou on ne la fait pas. Dans les deux cas, on lutte pour ou contre une idée, et, qu’on se trouve en Vendée face aux chouans ou en Russie après Octobre rouge, les hommes portent des idées, et le seul moyen de les faire disparaître est de tuer ceux qui les portent. La Tcheka s’y employa avec la même ardeur que les troupes des généraux blancs.
Certes, objectera-t-on, mais les koulaks, les famines ? Voilà bien la preuve de la nature criminelle du régime soviétique ! Entre 1922 et 1930, il dirige le pays sans contestation, et pourtant des gens continuent de mourir.
C’est oublier un peu vite le grand paradoxe de la révolution de 1917. Dans ses thèses d’Avril, Lénine exige la confiscation des terres des grands propriétaires pour les confier à des soviets d’ouvriers et de paysans. La paysannerie y voit l’accès à la terre ; les bolcheviks, un pur mandat de gestion. L’après-guerre rompt l’illusion, et la paysannerie se défend. S’il y a peu de soulèvements massifs — les marins de Kronstadt, le soulèvement de Tambov et ses dizaines de milliers de combattants, réprimé notamment par l’usage de gaz de combat contre les zones boisées où se retranchaient les insurgés11 —, il existe des milliers d’actes de sabotage. La collectivisation est synonyme d’abattages massifs et de destructions qui désorganisent une agriculture déjà traumatisée par la guerre civile. Bien loin de l’innocence d’Anne Frank, il s’agit donc d’acteurs engagés dans la défense de leurs intérêts, et d’une forme de guerre de classe dont les règles ne sont jamais douces.
Tel est bien le problème du bolchevisme depuis sa prise de pouvoir en 1917. Certes, il y eut des membres de l’ancienne classe dirigeante qui se rallièrent — mais était-il possible de leur accorder confiance ? La paranoïa, les purges, sont décrites par les opposants comme le fruit d’un système malade. Certes, Staline fit le choix d’une violence qui correspondait à sa personnalité, et le système soviétique ne disposait pas des procédures pour gérer ses dissensions internes, qui ne seront développées qu’après l’époque de Khrouchtchev.
Pourtant, si certains voient les purges comme la preuve de la nature criminelle du régime, ils oublient certaines vérités. Avec le traité de Rapallo12, Soviétiques et Allemands, les deux réprouvés de l’Europe, unissent leurs forces : les chefs militaires apprennent à se connaître, à s’apprécier. Dès lors se pose une question à laquelle l’histoire ne répondra jamais : si Staline n’avait pas choisi la loyauté, mais conservé son état-major professionnel, n’y aurait-il pas eu des Vlassov13 puissance dix pour passer aux Allemands avec armes et bagages ? Personne ne pourra y répondre — mais la pertinence des purges s’apprécie aussi à l’aune de cette question.
Que l’on le veuille ou non, un paranoïaque peut avoir des ennemis, et Staline en avait de fort nombreux. Vingt-sept millions de morts14 témoignent de la gravité de la menace. Là encore, les intégrer au décompte, alors que l’agression fut allemande, relève du pur procès à charge, non de l’étude nuancée qu’on attend de la science.
On pourrait poursuivre avec Mao ou le Viêt-Minh, mais ce serait retrouver le débat de la guerre civile : les abus des régimes antérieurs nourrissaient une volonté de changement, mais les classes dirigeantes s’y sont accrochées au-delà du raisonnable. Est-ce la faute des seuls communistes ? On constatera seulement qu’en 2026, le peuple chinois ne s’est toujours pas soulevé pour exiger le retour du Guomindang.
Reste, en réalité, le point véritablement criminel : celui des Khmers rouges. Il s’inscrit toutefois dans le cadre d’un billard entre États-Unis, Chine et URSS, joué par procuration, une configuration qui favorise le recours à des supplétifs parfois pas totalement sains d’esprit. Surtout, les Américains avaient jugé bon de soutenir, dès 1970, le coup d’État qui porta Lon Nol au pouvoir et fragilisa le pays15 — un cas où, selon la formule qui lui est attribuée, l’unique erreur aurait été de croire les Américains. La bienveillance américaine voulait protéger le Cambodge, ne pouvait-elle imaginer qu’elle le fragiliserait ? Nous sommes là loin du communisme, même si les Khmers allaient plonger le pays dans une mare de sang.
Toujours est-il que leur vision agraire du monde jure, à un point qui peut interroger, avec les canons de la théorie communiste. Passons : les Khmers rouges se réclamaient du communisme, et pour des raisons internes au bloc communiste, l’intervention vietnamienne vint trop tard16.
Il y aurait une raison plus grave d’attaquer le communisme. Non pas qu’il s’en prenne à des populations innocentes — c’est assez rarement le cas, même si, en guerre sociale, le terme d’innocence est à relativiser. Un enfant de koulak est-il un futur koulak, ou d’abord un enfant ? Le libéral répond la seconde option — mais alors il devra répondre de tous les cas où les enfants de pauvres ont été livrés à leur sort, et cette simple constatation ne devrait-elle pas l’inciter à une infinie prudence ? Il reste néanmoins que les koulaks se sont, comme groupe, opposés à l’État soviétique.
Et cette question est plus grave qu’il n’y paraît : fallait-il lancer la révolution d’Octobre ? Trotsky, Lénine, croyaient-ils réellement dans la solution bolchevique, dans le socialisme censé mener au communisme et à la société sans classes ?
L’immense travail marxiste sur la lutte des classes au cours de l’histoire de l’humanité confère au marxisme une incontestable autorité scientifique. Mais, si l’oeuvre de l’historien offre une base solide, il en va tout autrement des prévisions et les chefs bolcheviques se doutaient bien de l’ampleur des oppositions que déclencherait leur programme. Ils ont pourtant déclenché la révolution avant d’appliquer un programme marxiste de socialisation intensive, sinon intégrale, des moyens de production.
Or, dès la parution du Capital, les critiques n’ont pas manqué. En écartant les théoriciens de l’ordre bourgeois, dont la majorité des objections n’étaient que des habillages maladroits de la défense des fortunes, pour regarder plutôt du côté de la parenté idéologique : les anarchistes visent exactement la même société sans classes, mais critiquent le socialisme, car, selon leur doctrine, la dictature du prolétariat transformera les prolétaires appelés à diriger en tyrans égaux au tsar17. Staline fut vu avec la précision d’une voyante, par la seule puissance du raisonnement intellectuel.
Là est la plus cinglante des critiques, celle qui pose la véritable question : fallait-il, ou non, déclencher la révolution ? Surtout, des dirigeants conscients des limites de leur outil théorique n’auraient-ils pas dû engager l’effort intellectuel nécessaire avant de mettre fin à la NEP ? Cette question dépasse la psychologie de Staline et constitue la principale faiblesse de sa défense, et celle des dirigeants bolcheviques. Constatons qu’en Chine, le choix fut différent, et que le parti communiste y est toujours au pouvoir.
Cela doit-il pourtant sonner comme une condamnation définitive ? La difficulté est de concéder une telle victoire au libéralisme — au parti des grandes fortunes et de l’asservissement de la puissance étatique à leurs intérêts.
Ici, il ne suffit pas de rappeler la différence entre les crimes du nazisme, qui frappaient un individu sur le seul fondement de sa généalogie, et ceux du communisme, qui, s’ils frappaient fort, le faisaient dans le cadre d’une guerre sociale ouverte ou semi ouverte.
Ce serait concéder une bien trop belle victoire au dernier camp, qui, depuis l’extérieur du ring, laisse oublier l’immense trace de sang qu’il a lui-même laissée dans l’histoire. Car le prix à payer pour siéger comme arbitre plutôt que comme partie n’est pas l’innocence : c’est seulement de n’avoir jamais soumis son propre bilan au même calcul.
On peut parler de la guerre civile de 1917 — mais qu’en est-il des morts de la Première Guerre mondiale, née d’une course aux armements mal maîtrisée par des chefs militaires plus soucieux de la révolte ouvrière que d’éviter un conflit dévastateur ? Dix-sept à vingt millions de morts18, militaires et civils confondus : ces morts-là ne comptent-ils pas ?
On peut reprocher les famines en Union soviétique — mais qu’en est-il, par exemple, des famines en Inde et dans d’autres régions du monde, imposées pour faire accepter les règles de la domination impériale, ou causées par la substitution de cultures d’exportation aux agricultures vivrières, sacrifiées au dieu marché ? Trente à soixante millions de morts, selon l’historien Mike Davis19, pour les seules famines liées à El Niño entre 1876 et 1902. Qui comptera ces morts ?
On peut reprocher les purges — mais devons-nous alors ignorer les condamnés du coup d’État du 2 décembre 1851, ou ceux de la Commune ? Tous ces criminels coupables de mal penser. Vingt-sept mille arrestations, plus de neuf mille cinq cents déportations, essentiellement vers l’Algérie, et plusieurs centaines de morts pour le seul coup d’État de 185120 ; entre six mille et trente mille morts, selon les estimations, pour la seule Semaine sanglante de mai 187121. Les États libéraux avaient-ils l’excuse d’une menace extérieure ? Ah non — pour la Commune, ils ont préféré pactiser avec Bismarck pour obtenir l’armée nécessaire à leur répression22 ! Faut-il alors s’indigner des charniers, du mur des fusillés ou de Versailles ?
Devons-nous ignorer les morts causés en Indonésie par la répression anticommuniste — entre cinq cent mille et deux ou trois millions de victimes selon les estimations, avec un soutien logistique documenté des services américains23 ? Ou ceux du Nicaragua, coupable d’avoir porté des socialistes au pouvoir, où les Contras attaquèrent écoles, hôpitaux et autres cibles dites molles selon la nomenclature de l’École des Amériques — environ trente mille morts24 ? Ces morts sont sous quel tapis ?
Le même sort, sans doute, que les victimes de l’opération Condor, menée en Amérique du Sud pour liquider syndicalistes et membres des partis de gauche — au moins soixante mille morts25. Là encore, avec quelle justification ? La défense des grandes fortunes et des contrats des sociétés américaines ?
Additionnés, ne serait-ce que sur ces sept épisodes — la Première Guerre mondiale, les famines impériales, 1851, la Commune, l’Indonésie, le Nicaragua et le Condor —, on obtient, selon les fourchettes basses et hautes retenues ci-dessus, entre quarante-huit et quatre-vingt-trois millions de morts26 : un ordre de grandeur qui n’a rien à envier à la fourchette de soixante-cinq à quatre-vingt-treize millions que les propres contributeurs du Livre noir opposent à Stéphane Courtois pour le communisme. Il ne s’agit pas de dresser un match retour où l’on compterait les points : ce serait retomber dans l’erreur dénoncée plus haut, celle qui mêle des causalités sans rapport entre elles sous une seule colonne comptable. Il s’agit seulement de vérifier si celui qui se permet de se positionner hors du ring pour juger les deux autres camps possède réellement la légitimité nécessaire pour s’en abstraire une fois son propre bilan soumis au même calcul.
Beaucoup arguent d’une forme d’immoralité chez les défenseurs du bilan du communisme. Il y en a une autre, plus grave encore, à attaquer le communisme en prenant la pureté morale pour base, quand cette pureté ne résiste pas à l’examen imposé à l’accusé. Le libéralisme mondial a ses morts, sa prostitution de masse, ses crimes, tout aussi impardonnables — et, au vu de son propre bilan, une partie aussi coupable devrait avoir la décence d’éviter de s’ériger en juge.
1Cette thèse de l’équivalence, esquissée par François Furet dans Le Passé d’une illusion (1995), trouve sa formulation la plus systématique dans Le Livre noir du communisme, dirigé par Stéphane Courtois (1997), avant d’être consacrée institutionnellement par la Déclaration de Prague sur la conscience européenne et le communisme (2008), signée notamment par Václav Havel, puis par la résolution du Parlement européen instituant le 23 août — anniversaire du pacte germano-soviétique — comme Journée européenne du souvenir des victimes du stalinisme et du nazisme (2009).
2Jean Ferrat, Le Bilan, 1980.
3Sans s’arrêter par exemple au menu détail que si les juifs sont des sous hommes, ils devraient naturellement disparaître face à l’übermensch sans avoir besoin d’agir. Ce simple fait aurait dû disqualifier le livre s’il avait été soumis à une critique sérieuse !
4Emer de Vattel, Le Droit des gens, ou principes de la loi naturelle appliqués à la conduite et aux affaires des nations et des souverains, 1758, livre I.
5Les décrets d’application des lois de Nuremberg (1935) créent la catégorie intermédiaire des Mischlinge (un ou deux grands-parents juifs), dont le statut reste juridiquement instable jusqu’à la fin du régime. Les anciens combattants juifs de 1914-1918 bénéficiaient depuis la loi du 7 avril 1933 d’une clause d’exemption (le Frontkämpferprivileg), progressivement supprimée à partir de novembre 1935.
6Schneider et Cie détenait depuis la Première Guerre mondiale une participation majoritaire dans les usines Škoda ; ce contrôle bascule vers l’Allemagne entre les accords de Munich (septembre 1938) et l’occupation des pays tchèques (mars 1939), et Škoda devient l’un des piliers de l’industrie d’armement du Reich.
7Sur les douze condamnations à mort prononcées au procès de Nuremberg, dix furent exécutées par pendaison ; Göring se suicida la veille de son exécution, Bormann fut jugé par contumace.
8Le Livre noir du communisme (1997), dirigé par Stéphane Courtois, avance en effet un total « approchant les cent millions de morts », même si certains des auteurs se sont désolidarisés du texte après sa parution — notamment Nicolas Werth, Jean-Louis Margolin et Karel Bartošek, qui proposèrent une fourchette de 65 à 93 millions.
9En comptant en gros les victimes de la Shoah, le T4, les Roms, les homosexuels, les prisonniers soviétiques inutilement morts dans les camps, les civils des pays occupés exécutés. Pas les morts militaires, ni les morts civiles causées par les opérations militaires. Le calcul est grossier, mais représente un ordre de grandeur suffisant pour analyser la thèse.
10L’article ne prétend pas à l’originalité dans ce domaine : l’historien américain J. Arch Getty a formulé la critique méthodologique la plus nette — on ne peut mettre sur le même plan, par une simple arithmétique, les victimes de famines et les victimes d’un gazage délibéré.
11L’ordre n° 0116 du 12 juin 1921, signé Toukhatchevski, autorise l’usage de gaz toxiques contre les forêts abritant les insurgés.
12Traité signé le 16 avril 1922, qui organise une coopération diplomatique puis militaire secrète entre l’Allemagne et l’URSS (formation d’officiers, essais d’armements prohibés par le traité de Versailles), maintenue jusqu’en 1933.
13Le général soviétique Andreï Vlassov, capturé en 1942, forma une Armée russe de libération (ROA) combattant aux côtés de l’Allemagne.
14Les estimations contemporaines des pertes soviétiques de la Seconde Guerre mondiale, réévaluées après la fin de l’URSS, oscillent entre 25,3 et 27 millions de morts.
15Le coup d’État de mars 1970 contre Sihanouk fut mené par des acteurs cambodgiens (Lon Nol, Sirik Matak) ; l’implication américaine directe dans sa préparation n’est pas établie par les archives déclassifiées, mais Washington reconnut aussitôt le nouveau régime et le soutint militairement sans délai.
16L’invasion vietnamienne, lancée fin décembre 1978, aboutit à la chute du régime khmer rouge le 7 janvier 1979 — après l’essentiel des 1,5 à 2 millions de morts qu’on attribue au génocide cambodgien de 1975-1979.
17Mikhaïl Bakounine, Étatisme et anarchie, 1873.
18Environ neuf à dix millions de morts militaires, et un nombre comparable de victimes civiles (famines, épidémies, opérations militaires) — un total encore alourdi si l’on y adjoint le génocide arménien de 1915-1916, généralement comptabilisé à part.
19Mike Davis, Génocides tropicaux. Catastrophes naturelles et famines coloniales, 1870-1900 (éd. orig. Late Victorian Holocausts, 2001). Amartya Sen, tout en validant le diagnostic d’ensemble — la conjonction d’une inégalité économique féroce et d’un déséquilibre radical du pouvoir politique —, met en garde contre certaines formulations qu’il juge excessives.
20Estimations généralement retenues pour la répression consécutive au coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte.
21Les estimations basses, fondées sur les inhumations documentées (Robert Tombs), avancent six à dix mille morts ; les estimations traditionnelles, remontant aux témoins contemporains, vingt à trente mille. S’y ajoutent plusieurs milliers de déportations vers le bagne de Nouvelle-Calédonie.
22Adolphe Thiers négocia avec Bismarck la libération anticipée de prisonniers de guerre français afin de disposer des effectifs nécessaires à la répression de la Commune.
23Robert Cribb retient cinq cent mille comme le chiffre le plus fiable ; des documents américains déclassifiés en 2017 confirment que l’administration Johnson connaissait l’ampleur des massacres et y apporta un soutien logistique.
24La Cour internationale de justice jugea en 1986, dans l’affaire Nicaragua c. États-Unis, que le soutien américain aux Contras violait le droit international.
25Dont environ trente mille pour la seule Argentine ; soutien documenté des services américains (centre de communications, assistance du FBI aux interrogatoires, assurances privées de Kissinger à Pinochet).
26Addition des bas de fourchette (17 + 30 + 0,0005 + 0,006 + 0,5 + 0,03 + 0,06 ≈ 47,6 millions) et des hauts de fourchette (20 + 60 + 0,001 + 0,03 + 3 + 0,03 + 0,06 ≈ 83,1 millions) retenus ci-dessus. Un chiffre grossier, au même titre que celui de la note 2, mais suffisant pour situer l’ordre de grandeur.
https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/les-crimes-du-communisme-271567

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