
La « Coalition des volontaires » portait, dès le début, un nom ridicule. On aurait dit un de ces sous-produits de la maison Marvel, un de ces blockbusters sans prise de tête dans lesquels Spider-Man, Iron-Man, Hulk et bien d’autres super-héros se lancent ensemble dans une guerre sans merci contre les forces des ténèbres, mettant provisoirement de côté leurs divergences.
Au ridicule du nom s’ajoutait le ridicule de la comparaison avec lesdits super-héros : au lieu de créatures dotées de pouvoirs incroyables, on voyait sur les photographies un parterre de fonctionnaires tristounets, souvent empêtrés dans des scandales ou incapables de réunir une majorité dans leur propre pays. A la tête de cette coalition, un duo franco-britannique, mené par Macron et Starmer. Ce dernier a été remplacé depuis, mais la direction bicéphale perdure. Et maintenant, on nous annonce des exercices sur le territoire ukrainien… sans la participation de l’Italie.
L’Italie pusillanime ou équilibrée ?
Les manœuvres, d’abord. Elles ont été annoncées par Emmanuel Macron, qui aime bien ce genre de déclarations, on le sait. Lors de la dernière réunion de la Coalition, on avait déjà appris que 1.500 soldats français et britanniques s’entraîneraient conjointement en Pologne, en septembre prochain. Voici donc qu’un cap est franchi, avec la participation de la Coalition à des exercices sur le sol de l’Ukraine, sous un format qui reste à définir, vers les mois d’octobre et novembre. Tout cela est plutôt vague, mais franchit cependant une ligne rouge: celle d’une éventuelle co-belligérance.
Les Occidentaux qui soutiennent l’Ukraine n’ont pas de troupes au sol là-bas. Ce n’est pas un hasard : c’est la condition pour ne pas être considérés comme des participants au conflit. De tels exercices brouillent les cartes. C’est d’ailleurs le deuxième élément de cette annonce, puisque l’Italie ne s’y est pas trompée, en annonçant que ces manœuvres militaires en Ukraine se feraient sans elle. Le gouvernement Meloni continue de soutenir l’Ukraine mais ne participera pas à cette démonstration de force. Est-ce une position d’équilibre ou de la pusillanimité ? Chacun se fera son opinion, mais Rome avait déjà prévenu qu’il n’était pas question d’envoyer des soldats en Ukraine. Avec ce refus, on peut donc parler d’une certaine cohérence.
L’armée française risque le chagrin d’amour
Le degré de préparation des forces françaises n’est pas en cause, bien au contraire : notre armée demeure la plus puissante d’Europe et la Grande-Bretagne, qui n’appartient plus à l’UE par ailleurs, ne s’est pas remise du burn-out afghan et n’arrive pas à recruter. La Pologne et l’Allemagne réarment, mais selon leurs propres objectifs et certainement pas dans l’optique de rendre service à la communauté – ce qui par ailleurs est bien normal, puisque la puissance militaire ne se partage théoriquement pas. Bref, nous sommes crédibles dans cet exercice, mais malheureusement, là où notre outil militaire demeure performant, notre volontarisme politique se heurte au mur du réel.
Dans le « couple franco-allemand », nous étions dans le rôle du pauvre type amoureux qui galope derrière une cocotte en se disant « c’est sûr, elle va me rappeler ». Pas de quoi pavoiser. Dans cette Coalition des volontaires, nous sommes apparemment les plus volontaires de tous, peut-être les seuls. Nous sommes cette fois dans le rôle, tout aussi triste et guère plus enviable, de l’enfant qui invite toute sa classe à son anniversaire mais souffle ses bougies tout seul. Quand nous en aurons assez de voler de déception en déconvenue, quand nous aurons cessé de donner à notre politique internationale les couleurs déchirantes d’un conte d’Andersen, peut-être reprendrons-nous la main sur notre destin. En attendant, chacun fait ce qui lui plaît, comme dans ce titre immortel des années 80, signé d’un groupe qui s’appelait… Chagrin d’Amour. C’est exactement ce chagrin que nous nous préparons à éprouver si nous n’ouvrons pas les yeux sur notre solitude et si nous nous enfermons dans l’angélisme.
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