
À Paris, les températures qui ont avoisiné les 40 °C la semaine passée n’ont pas empêché quelque 250 sans-abri d’installer leur campement à même le béton devant la mairie du centre, jeudi 13 août. Quelques heures plus tôt, ils avaient été évacués par la préfecture de police du parvis du Samu social, qu’ils occupaient depuis près d’un mois, rapporte Le Parisien.
Utopia 56 contre la préfecture
Si ces familles, pour la plupart, parfois composées de femmes enceintes ou d’enfants en bas âge, souvent migrantes et étrangères, ont trouvé si vite un nouveau point de ralliement, qui plus est devant un lieu aussi symbolique que la mairie, c’est qu’elles n’étaient pas seules à décider. À leurs côtés, des militants de l’association immigrationniste Utopia 56 et des grévistes de la CGT les font manifester afin de « lutter pour leurs droits ».
Connus dans plusieurs villes de France pour leurs actions coups de poing auprès des migrants, les militants d’Utopia 56 n’en sont pas à leur premier bras de fer avec l’État. Ils lui reprochent une nouvelle fois d’abandonner à leur sort les populations précaires qui se trouvent à la rue. Après l’ordre d’évacuation de la rue Jean-Baptiste-Berlier, dans le 13e arrondissement, prononcé le 12 août, quelque 400 personnes ont ainsi été invitées à quitter les lieux. Elles n’auraient, selon l’association, reçu aucune solution pérenne de relogement, ce que conteste fermement la préfecture, qui assure avoir proposé « à toutes les personnes présentes sur le site du Samu social […] une proposition d’hébergement ».
Las de subir les accusations répétées d’Utopia 56 qui dénonce de « fausses solutions » permettant à l’État de « se couvrir médiatiquement et de se défausser de ses responsabilités légales », la préfecture de police de Paris a choisi de répondre publiquement. Dans un communiqué au ton inhabituellement offensif publié le 13 août, elle regrette que les occupants aient été « fort mal conseillés par des représentants associatifs davantage mus par leurs intérêts propres que par l’humanité dont ils s’arrogent le monopole ». Certains, poursuit-elle, « n’ont pas souhaité bénéficier des solutions proposées et se retrouvent désormais à la rue, en pleine canicule ».
« On veut rester à Paris »
Au moment de l’évacuation, la préfecture avait pourtant affrété des cars à destination de plusieurs centres d’hébergement, de Lille à Marseille en passant par Bordeaux. Des propositions jugées « inacceptables » par certains sans-abri qui les jugent « trop loin », et qui affirment n’avoir « pas demandé ça ». « On veut rester à Paris », rétorquent certains. Des solutions encore qui « déplacent la misère ailleurs », selon Utopia 56, que la PP accuse d’« inciter ces familles à réoccuper des lieux inappropriés […] par lâcheté, ou plus simplement par fausse philanthropie ».
Des mots qui viennent contrecarrer le discours officiel de l’association immigrationniste qui assure que, face aux propositions de l’État, les sans-abri ont été dans l’obligation de refuser cette aide qui les éloignait de Paris où « on sait très bien » qu’ils reviendront. Cent quatorze d’entre eux ont cependant accepté la mise à l’abri proposée par la préfecture.
C’est là tout le cœur de ce bras de fer, duquel les militants d’Utopia 56 ne sont pas près de démordre : dans leur viseur, la halle du Carreau du Temple, non loin de la mairie de Paris, qui pourrait accueillir 300 personnes. C’est en effet la méthode peu assumée de l’association qui, plutôt que de se plier aux solutions des institutions, qui préféreraient disperser discrètement dans les régions françaises les migrants à la rue, choisit d’investir des lieux centraux de la capitale, ou des grandes villes, là où leur présence ne peut passer inaperçue. Une manière de maintenir la pression pour réclamer davantage de droits en faveur des migrants.
Dans Le Parisien, des syndicalistes du Samu social confient même craindre que les placements dans les hébergements d’urgence de l’État soient suivis d’OQTF et de placement en Centre de rétention administrative. Raison pour laquelle les associations humanitaires préfèrent certainement garder les migrants dans leur giron.
« Ne nous trompons pas de coupable ! », concluait dans son communiqué la préfecture de police. Mais entre un gouvernement qui laisse entrer massivement un flux migratoire que la France n’a pas les capacités d’accueillir, et des associations qui contribuent à entretenir en continu l’appel d’air qui les attire, on ne sait finalement lequel choisir.
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