En France, l’État obèse ne chasse plus que ce qui ne court pas

En France, vous ne vous en êtes pas rendu compte, mais la population autochtone subit une gestion fine de la part de l’État. Cette gestion cynégétique repose sur une distinction essentielle : d’un côté, il y a les espèces protégées et de l’autre, il y a bien évidemment les espèces classées nuisibles.

De façon pragmatique et logique, les premières bénéficient d’un habitat sanctuarisé, d’un quota de prélèvement fixé à zéro et d’une doctrine d’effarouchement limitée (tout au plus et au besoin, on fait un peu peur et voilà tout). On les compte, on les observe de loin, et parfois on s’alarme de leur expansion dans des rapports annuels qu’heureusement personne ne lit.

Les secondes, en revanche, se tirent toute l’année et c’est très pratique, presque ludique.

C’est cependant le classement qui mérite quelques précisions.

Le profane imagine volontiers qu’une espèce devient nuisible à raison des dégâts qu’elle occasionne : cultures saccagées, cheptel saigné, riverains éventrés. Quelle naïveté, qui montre une forte méconnaissance de notre administration !

Le critère n’est pas le dégât, qui n’apporte pas d’information réellement pertinente. Le critère, c’est le cri.

Il en va ainsi d’Homo contribuens, sous-espèce connectée, dont la France entretient un cheptel abondant. Le spécimen est sédentaire, solvable et intégralement bagué : numéro fiscal, IBAN, plaque minéralogique, adresse de facturation, IP. Il ne se déplace qu’aux heures autorisées (on peut même lui faire trimballer une petite fiche d’autorisation qu’il signera lui-même). Il ne mord pas, ne se rebelle pas et rembourse ses crédits bien comme il faut.

En contrepartie de quoi il émet, depuis son canapé, des cris, parfois franchement déplaisants.

Et c’est précisément là que se déclenche le plan de chasse.

Dès décembre 2025, le parquet de Paris confie une mission de veille à l’Office Central de Lutte Contre les Crimes Contre l’Humanité et les Crimes de Haine, dont on rappellera qu’il fut conçu pour retrouver des génocidaires en cavale. Le voici affecté au comptage des canaux Telegram et l’un d’eux, baptisé Femmeblancherie, réunit depuis mars 1.758 abonnés qui s’y livrent à l’humour de corps de garde, aux propos raciaux et à l’apologie du terrorisme, ce qui, convenons-en, est abominaffreux.

Sollicité, Telegram transmet docilement les données d’identification, et comme tout ce petit monde est bagué, pucé, tagué, l’affaire est rondement menée.

Entre le 3 et le 16 juin, 45 spécimens sont prélevés placés en garde à vue, dont 34 comparaîtront à l’automne. Après six mois de veille par un office antigénocide, une plateforme étrangère est ainsi mise au pas et une quarantaine de gugusses cueillis chez eux au petit matin. Nul ne pourra dire que l’État manque de bras.

Certes, les propos incriminés n’étaient pas aimables, ils étaient même méchants, sexistes, haineux, … laids en somme.

La liberté d’expression (qui permet normalement de dépasser les sujets consensuels comme la météo) autorise cependant ce genre de laideurs et le droit français dispose depuis 1881 de tout l’attirail permettant de poursuivre la diffamation, l’injure visant une personne, la menace et la provocation directe à commettre un crime, c’est-à-dire les cas où l’on peut désigner une victime.

Mais ici, tout cela sera donc poursuivi grâce à cette catégorie molle où l’on juge une opinion à son atmosphère et qui procède d’une invention récente et admirablement circulaire : est nuisible ce que l’administration a décidé de classer nuisible. Le délit n’est plus dans l’acte mais se trouve dans le contexte et l’ambiance du moment.

Parallèlement à cette espèce nuisible, on trouve bien sûr une espèce protégée, l’Homo Narcotraficus qui prospère sur l’ensemble du territoire, avec un dynamisme démographique que l’on jalouserait presque.

Son activité a produit en 2024 110 morts et 341 blessés, ce qui, en termes de dégâts aux cultures, place la bestiole assez loin devant le blagueur de Telegram. Les vingt plus gros sujets pilotent leurs réseaux depuis Dubaï, Bangkok ou Tanger, sans se cacher. Les autres administrent leurs points de vente depuis la cellule, la logistique téléphonique étant assurée par drone. L’habitat est sanctuarisé, la reproduction assistée, la mortalité strictement intraspécifique.

Face à quoi l’État aligne son office anti-stupéfiants et ses… 200 agents. Oui, deux centaines. Il faut au moins ça pour un marché à plusieurs milliards, quelques milliers de points de deal et une comptabilité qui se tient au cimetière.

On notera enfin que Telegram, si prompt à livrer l’identité de 1.758 abonnés d’un salon public, n’a jamais été sommé de faire le ménage dans les canaux de vente au détail géolocalisés que n’importe quel adolescent déniche en quarante secondes. Il est vrai que ceux-là ne sont pas bagués.

Le principe de précaution s’applique ici avec la dernière rigueur : on n’entre pas sans motif sérieux dans un quartier émotif sensible et l’on n’y prélève rien sans blindé, sans préfet et sans conseil interministériel.

Du point de vue de l’État, cet arrangement est finalement logique voire économique : il est énergétiquement moins coûteux et beaucoup plus facile, dans un État qui a renoncé à ses fonctions régaliennes élémentaires, de compenser son impuissance en durcissant l’encadrement de ceux qui obéissaient déjà. Anarchie pour les uns et tyrannie pour les autres qui permet de présenter un excellent bilan à chaque fin de trimestre et aux rares élections qu’on pourra aisément piper au besoin.

Le mécanisme n’a rien de mystérieux, du reste. Le prélèvement se pratique là où il rend : coût d’intervention nul, risque nul, résultat immédiat, communiqué de presse garanti. En face, un caïd exige trois ans d’enquête, des moyens lourds, quelques obsèques de policiers et pas la moindre garantie de condamnation.

On peut se réjouir que notre service public soit à ce point rationnel qu’il choisit toujours la proie qui ne court pas. C’est d’ailleurs d’autant plus vrai que l’État, obèse, a de plus en plus de mal à courir.

Et à ce rythme, la France obtiendra très exactement ce qu’elle prétendait empêcher : un pays où l’on ne pourra plus rien dire, et où l’on pourra absolument tout faire.

Ce pays est foutu.

https://h16free.com/2026/08/12/84928-en-france-letat-obese-ne-chasse-plus-que-ce-qui-ne-court-pas

Laisser un commentaire