
Combat royaliste 137
Par Philippe Germain
Au niveau planétaire, le déclin de la mondialisation remet d’actualité l’intérêt pour la pensée maurrassienne et les travaux de ses héritiers de l’École d’Action française. Bien entendu tous les regards se tournent vers l’ouvrage de Charles Maurras traitant des relations étrangères : Kiel et Tanger. Dès 1910, il y percevait l’avènement des empires dont le but serait de soumettre : « L’Amérique s’est colonisée et civilisée. Nos vingt-cinq millions d’habitants à la fin du XVIIIe siècle représentaient la plus forte agglomération politique du monde civilisé. Aujourd’hui, cinq ou six grands peuples prennent sur nous des avances qui iront bientôt au double et au triple. La terre tend à devenir anglo-saxonne […] Que pourra faire la petite France entre tous ces géants ? »
Visionnaire, il ajoutait encore : « Un monde ainsi formé ne sera pas des plus tranquilles. Les faibles y seront trop faibles, les puissants trop puissants et la paix des uns et des autres ne reposera guère que sur la terreur qu’auront su s’inspirer réciproquement les colosses. Société d’épouvantement mutuel, compagnie d’intimidation alternante ». Le président de la République, Georges Pompidou, déclarerait plus tard : « Maurras avait prévu le monde actuel », analysant de plus les atouts (géographie, francophonie…) sur lesquels la France devrait s’appuyer pour devenir chef de file des puissances moyennes. Elles pourront alors s’extraire de la vassalité imposée par les empires. Ces alliances permettront ensuite à la France de « manœuvrer » avec force dans le jeu des nations.
Cette politique extérieure perpétue la tradition capétienne qui avait réussi habilement, à désenclaver la France pour affirmer la puissance d’un royaume naissant face à l’empire Plantagenet, à l’Ouest, et au Saint Empire romain germanique, à l’Est. Évidemment, chacun fait le lien avec l’Europe actuelle, c’est pourquoi les néo-maurrassiens utilisent la méthode de l’empirisme organisateur comme Axel Tisserand. Dans son indispensable ouvrage, il démontre en quoi l’Europe s’est construite depuis l’origine « à l’abri des peuples » (Emmanuel Macron), pour mieux en dissimuler le caractère hors sol et volontariste. Utopie mercantile et « totalitaroïde » visant à « réaliser une mondialisation démocratique », l’Europe nie l’aspiration des peuples du continent à l’indépendance. Tisserand dévoile l’imposture dans laquelle la classe politique gouvernante est résolue à dissoudre la France.
Mais Axel Tisserand n’est pas le seul néo-maurrassien à poursuivre Kiel et Tanger en 2026. C’est même la spécialité du grand bainvillien Gilles Varange dont les indispensables analyses sur la planète fiévreuse sont à lire chaque trimestre dans la Nouvelle Revue Universelle, sans oublier son formidable et prémonitoire ouvrage de synthèse publié en 2006 : Entre empires et nations, un chemin français. Il y démontre que, contrairement à ce qui se croit, dans les changements que la planète opère, il est des données qui restent comme des constantes au fondement de toute politique étrangère française. La France est une nation historique qui a intérêt au maintien d’un équilibre entre les puissances.
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