Michel-Édouard Leclerc, l’éternel présidentiable toujours en promotion personnelle

Michel-Édouard Leclerc, l’éternel présidentiable toujours en promotion personnelle

Chaque année, on tente de nous refourguer du Beaujolais. À chaque échéance présidentielle, on retrouve Michel-Édouard Leclerc en promotion. Le premier produit est censé être « nouveau » ; le second n’est que « vieux », voire, faisandé. Et voilà la chenille qui redémarre. Malgré l’évidente date de péremption. C’est souvent le cas durant les soldes.

Michel-Édouard Leclerc est grand amateur de bandes dessinées. Du coup, il est un peu comme la petite coccinelle du défunt Marcel Gotlib : omniprésent, telle que l’était cette bête à Bon Dieu dans les cases de la série Rubrique-à-brac. Pis, il donne des leçons sur ce que la vie politique devrait être si on daignait l’écouter. Ce que font d’ailleurs certains de nos compatriotes, à en croire un sondage Odoxa, commandé par Le Figaro du 16 juillet, selon lequel il serait « le meilleur candidat alternatif pour 23 % des Français. » La preuve en est qu’il ratisse large : « 28 % pour les électeurs de droite, 27 % pour ceux du centre et 21 % pour ceux de gauche. »

À lire de plus près les résultats de cette enquête d’opinion, Michel-Édouard Leclerc semblerait principalement bénéficier des intentions de vote du bloc central, sachant que « 72 % des électeurs RN souhaiteraient voir gagner un candidat déjà déclaré. Un chiffre qui s’élève à 62 % pour les sympathisants de LFI. » Dans le même temps, « seuls 55 % des partisans de Renaissance et 51 % des sympathisants LR souhaitent voir gagner un candidat déjà officiellement dans la course. » Pis, leurs homologues socialistes et écologistes voudraient l’’émergence « d’une nouvelle personnalité » : 59 % pour les premiers et 64 % pour les seconds. Pour résumer, si le bloc central n’a peut-être pas encore dit son dernier mot (voir La Semaine politique d’il y a sept jours), il en est néanmoins réduit à chercher les siens ; et un candidat plausible au passage. Michel-Édouard serait-il celui-là ? Foutre que non, sachant que chacune de ses sorties du bois n’est pour lui que l’occasion de vanter les mérites de sa propre personne.

Pour lui, pas de citoyens, mais rien que des consommateurs…

Il ne dit rien de moins, lorsqu’interrogé par Ouest-France, ce 27 juillet : « Je ne postule pas. Je suis coté à la Bourse des présidentiables. » L’occasion pour lui de développer sa traditionnelle feuille de route : il se bat pour les consommateurs, passant en frais généraux le fait que les Français sont avant tout des citoyens. À la tête de son empire de la grande distribution, il poursuit : « Nous accueillons des millions de clients et très peu de candidats viennent nous demander ce que veulent réellement les Français. » Bref, pour lui, la société n’est que marché, les rapports sociaux soumis à éternelle tractation commerciale, et l’élection suprême réduite à promotion en tête de gondole. De quoi se gondoler devant tant d’autosatisfaction et de naïveté.

L’homme a néanmoins des excuses. Dans sa jeunesse, il a milité au PSU de Michel Rocard. Soit ce que l’on surnommait alors la « gauche américaine » ou la « deuxième gauche ». Décidément, on ne dira jamais assez le mal que ces catholiques de gauche ont causé à la société de l’époque, encore à peu près traditionnelle.

La vie à l’américaine…

Et c’est ainsi qu’Édouard, son père et fondateur de l’empire Leclerc, a-t-il commencé à enlaidir la France avec ses grandes surfaces, encerclées de parkings et de ronds-points, tuant au passage le petit commerce des centres-villes. La tentation américaine, une fois encore, selon laquelle un bon chef d’entreprise ferait un bon chef d’État, à condition de gérer l’État comme une entreprise. Aujourd’hui, Donald Trump ne raisonne pas autrement. Chez Michel-Édouard, son fils, ce tropisme atteint désormais des sommets, à en juger de l’entretien qu’il a accordé au Journal du dimanche, ce 28 juillet. Sur près de deux pages, il y exprime son admiration pour Andy Warhol, le père du pop art, ayant transformé des boîtes de soupe à la tomate en équivalent de La Pieta de Michel Ange. Et notre éventuel présidentiable de s’esbaudir : « La consommation fait rêver. Avant d’être une possibilité d’aliénation, il s’agit d’un marqueur de liberté, de pouvoir choisir, par exemple, entre une bouteille de Coca-Cola ou de Pepsi. » Et une bouteille de Muscadet Sèvre-et-Maine sur lie, ça leur aurait arraché le palais, à ces andouilles ? Et quand il n’y en a plus, il y en a encore : « Un paquet de pâtes est aussi emblématique que les dessins ornant les amphores grecques de l’Antiquité ou les motifs floraux sur les porcelaines chinoises du XVIIIe siècle. » Il est dit qu’il y aurait des dépistages de substances lysergiques à l’Assemblée nationale et dans les cabinets gouvernementaux ; il serait temps d’en faire dans la grande distribution.

Bref, Michel-Édouard Leclerc se prend pour un mécène des temps modernes, en profitant au passage pour faire son autopromotion. Andy Warhol faisait tout pareil, lui qui prophétisait que chaque petit Terrien aura droit, dans sa vie, à son « quart d’heure de célébrité ». Celui de notre vendeur de nouilles et de PQ dure maintenant depuis des décennies. Stop ou encore ? La première option est loin d’être la plus détestable.

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