
Quand on affirme que l’excès de normes et de directives paralyse l’action, on oublie souvent un autre effet pervers : les dégâts provoqués par des règles conçues hors sol, sans aucune compréhension du terrain. Nos technocrates, qui n’ont jamais tenu une tronçonneuse ni passé une journée dans un massif forestier, légifèrent depuis leurs bureaux climatisés, guidés par des idéologues qui n’ont pas davantage mis les mains dans le cambouis. Résultat : des décisions inquisitoriales, déconnectées, et catastrophiques.
La gestion des forêts françaises en est l’illustration parfaite.
Le Syndicat des Exploitants de la Filière Bois (SEFB), qui représente les entreprises mobilisant environ 30 % de la récolte nationale, tire la sonnette d’alarme : ses adhérents ne peuvent travailler que six mois par an dans des conditions normales. Le reste du temps, les contraintes administratives et réglementaires les empêchent d’entretenir les forêts privées. Le constat est simple, et rappelle une vérité que nos écolos bobos et les jeunes dirigeants qui se targuent d’une expérience universitaire parfois douteuse, ont oubliée : une forêt brûle parce qu’elle n’est pas entretenue.
Et pourquoi n’est-elle pas entretenue ? Parce qu’au nom d’une biodiversité sacralisée, il est interdit d’intervenir entre le 15 avril et le 15 août, c’est‑à‑dire précisément pendant la période où l’on pourrait préparer les massifs, retirer le bois mort, éliminer les friches, et éviter que la forêt ne devienne une bombe incendiaire.
Mais les idéologues ont décidé qu’il fallait « laisser la nature tranquille ». Résultat : la biodiversité est massacrée, les massifs partent en fumée, et les pompiers risquent leur vie pour compenser l’aveuglement réglementaire.
Les chiffres avancés par le SEFB sont impitoyables. Entre 40 et 50 jours d’arrêt de travail par an sont imposés par les arrêtés préfectoraux en cas de forte chaleur ou de tempête. À cela s’ajoute l’interprétation maximaliste de l’article L. 411‑1 du Code de l’environnement, qui transpose les directives européennes Habitats et Oiseaux. Dans les faits, tout chantier forestier est désormais assimilé à une menace pour la biodiversité du 15 mars au 15 août.
La superposition des normes (Natura 2000, ZNIEFF, espèces protégées) alourdit encore la charge administrative et multiplie les contraintes d’accès. Pour protéger des oiseaux, on préfère mettre en danger des humains. On nous accusera de « raccourci odieux », de « stigmatisation », les mots à la mode quand le bon sens manque.
Mais pendant ce temps, des pompiers meurent, des habitations brûlent, et la biodiversité que l’on prétend protéger disparaît dans les flammes. Le bilan est calamiteux. Une fois de plus.
Au RPF, comme dans de nombreux domaines, nous sommes favorables à l’abandon de ces normes absurdes qui conduisent à regarder partir en fumée des milliers d’hectares chaque année. Mais là encore, comme pour les dépenses publiques qu’on refuse de réaliser, on préfère chercher des moyens de lutte contre les incendies, moyens largement insuffisants depuis, entre autres, le refus de Gabriel Attal de renouveler des exemplaires de la flotte de Canadair, plutôt que de prévenir les catastrophes.
Le bon sens vient une fois de plus de mettre échec et mat la technocratie.
Les chiffres parlent d’eux‑mêmes :
• Coût des interventions : environ 300 millions d’euros par an.
• Pertes économiques : plus d’1 milliard d’euros.
• Coût de replantation des 40 000 hectares déjà brûlés en 2026 : plus de 200 millions d’euros.
• Coût d’entretien préventif : 300 à 800 € par hectare.
• Coût de restauration après incendie : 5 000 à 10 000 € par hectare, selon la topographie et les essences à replanter.
L’enjeu est économique, bien sûr. Mais il est aussi patrimonial, écologique, et sécuritaire.
Il faut en finir avec la protection absurde d’une biodiversité sacrée en théorie, mais massacrée en pratique par ceux qui prétendent la défendre sans jamais avoir pris la peine, depuis les bureaux des ministères de regarder comment vit une forêt au fil des saisons.
Laisser un commentaire