Le taux d’intérêt de la dette publique atteint des sommets. La faute au RN, sans doute !

Capture d'écran LCP

Les sondages flatteurs qui attribuent plus de 30 % des voix à Marine Le Pen lui donnent une lourde responsabilité dans la concrétisation de la victoire. On le sait : la situation de favori n’est pas un cadeau et rien ne serait pire, pour le RN, que de gérer ce capital virtuel avec arrogance ou paresse. La précampagne, avec le binôme Bardella-Le Pen et la candidature de Marine Le Pen, sitôt la décision de justice connue, a été parfaitement négociée. L’opinion a validé cette stratégie gagnante. Mais très vite, c’est une autre campagne qui va commencer. La candidate et le RN, forts de ce début réussi, doivent désormais convaincre qu’ils sont les seuls à pouvoir, non seulement gagner, mais aussi gouverner. Et gouverner la France dans une situation dégradée sur tous les plans, notamment financier.

Rassembler les trois droites, la clef de la victoire pour Marine Le Pen ?

Un premier enseignement de toute l’histoire électorale de la Ve république est que la droite n’a réussi à l’emporter que quand son candidat a su faire, sur son nom et son programme, le rassemblement des trois droites chères à René Rémond : la droite orléaniste des milieux d’affaires, de la bonne gestion économique et financière ; la droite légitimiste (contre-révolutionnaire à l’origine) ; la droite bonapartiste, adepte du culte du chef (pour faire vite). René Rémond, revenant sur son ouvrage paru en 1954, montrait que si l’orléaniste et la bonapartiste s’étaient respectivement réincarnées dans le centre droit et le gaullisme, la droite légitimiste était devenue résiduelle.

Il n’empêche que de Gaulle et Pompidou ont construit leurs succès électoraux sur le rassemblement des droites : que l’on pense, par exemple, au plan Pinay-Rueff de 1958, plan libéral de redressement des finances publiques. Même le Chirac vainqueur de 1995 avait réussi, malgré la concurrence de Balladur, à présenter une vitrine de ces trois droites : le libéral Madelin coexistait avait Juppé et Séguin l’anti-européen. Ce triumvirat ne fut pas pour rien dans le rassemblement qui lui donna la victoire. Quant au Sarkozy de 2007, il fut bien ce « rassembleur des trois droites », comme le relevait Alain-Gérard Slama dans Le Figaro.

Inversement, les défaites de la droite s’expliquent à chaque fois par la défaillance majeure d’une de ces droites : Giscard chute en 1981, faute d’avoir perdu les néo-gaullistes de Chirac ; Chirac est défait en 1988 avec un éclatement maximal des trois droites, avec Barre au centre droit et Le Pen à sa droite.

En 2027 comme en 1958, une situation financière exceptionnelle ?

Mais voilà, Emmanuel Macron n’a-t-il pas fait voler en éclats cette structuration traditionnelle ? Certes, le paysage électoral est marqué par une tripartition gauche, centre, RN et alliés depuis la dernière présidentielle. Et si Marine Le Pen, gaullienne en cela, peut continuer à jouer sur le « ni droite ni gauche », la question du rassemblement des trois droites est néanmoins fondamentale pour lui assurer la victoire en mai prochain. D’abord, les Français n’ont jamais été aussi à droite sur toutes les grandes questions (immigration, insécurité, finances, éducation) : c’est une tendance longue que Sarkozy avait su exploiter en 2007. Ensuite, pour la première fois depuis longtemps dans le pays, droite légitimiste et droite bonapartiste, tout en ayant suivi les évolutions de la société, sont dominantes. La pestiférée de jadis est désormais chargée de toute la famille ! Il y a là une occasion historique, renforcée par l’épouvantail LFI.

Enfin, si les Français plébiscitent les droites bonapartiste et légitimiste (recherche de l’autorité, de l’ordre, retour du régalien…), ils ont aussi besoin, vu la situation de quasi-faillite du pays, d’une droite orléaniste. Non pas certes celle du bling-bling macroniste qui a creusé tous les déficits et amené la France au bord du gouffre. Mais pour être crédible, l’emporter et gouverner ensuite, la droite aura besoin, au printemps de 2027, de son plan Rueff-Pinay. Et sa préparation, par des figures susceptibles de rassurer (les marchés comme les électeurs) et de rassembler, est incontournable. Si, avec Jordan Bardella, le binôme qu’elle forme est de nature à incarner et réunir les droites bonapartiste et légitimiste, Marine Le Pen aura aussi besoin, et la France avec, de son Antoine Pinay.

Un signal supplémentaire vient d’être donné, cette semaine : le taux d’intérêt de la dette publique à dix ans a franchi un seuil qu’il n’avait plus atteint depuis 2009 : 4 %. Concrètement, ce sont des milliards voire des dizaines de milliards d’intérêts supplémentaires dans les mois et les années qui viennent, réduisant d’autant les marges d’un budget déjà introuvable. Le risque d’une crise financière de la dette n’est d’ailleurs plus un scénario fantaisiste, renforcé par les bricolages parlementaires macronistes sur le budget et l’incertitude électorale. Il est d’ailleurs assez risible que le ministre macroniste de l’Action et des Comptes publics se soit permis, le 16 juillet dernier, alors qu’il devait connaître ce nouvel exploit de son gouvernement, d’accuser le RN de « contribuer à la charge de la dette, sans gouverner » ! Cette insolence éhontée doit être prise au sérieux, et pour le combat électoral qui s’annonce, et pour l’élaboration du plan Pinay de Marine Le Pen qui remettra la France sur les rails et redonnera confiance aux Français.

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Frédéric Sirgant

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