Incendies : la France brûle et les pompiers attendent toujours les moyens promis

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« Cela fait plus de vingt ans que nous tirons la sonnette d’alarme et rien n’est fait aujourd’hui. » Pour Kenji Pere, vice-président national du Syndicat national des sapeurs-pompiers professionnels (SNSPP) interrogé par BV, l’été 2026 marque un nouveau tournant. Depuis le début de la saison, près de 7.000 départs de feu ont été recensés et plus de 50.000 hectares sont déjà partis en fumée. Trois sapeurs-pompiers ont perdu la vie en un mois et près d’une trentaine d’autres ont été blessés. Les flammes gagnent du terrain plus vite que les moyens destinés à les combattre.

Une sécurité civile sous tension

L’incendie qui ravage actuellement la Gironde en est l’illustration. Plus de 700 sapeurs-pompiers sont mobilisés, appuyés par des centaines de véhicules et la quasi-totalité de la flotte aérienne disponible. Pourtant, cela n’a pas suffi. La France a dû activer le mécanisme européen de protection civile pour obtenir le renfort d’appareils envoyés par la Croatie, le Portugal, la Tchéquie et la Slovaquie. Une image difficilement imaginable il y a encore quelques années.

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Pour Edwige Diaz, députée RN de Gironde interrogée par BV, cette situation révèle un profond manque d’anticipation. « L’extinction des incendies repose parfois sur les contributions volontaires des agriculteurs qui viennent avec leurs citernes. Cela en dit long sur l’état de délabrement de notre sécurité civile. »

Cette tension est aussi humaine. « Les moyens humains fatiguent parce qu’il y a beaucoup d’interventions », souligne auprès de BV Frédéric Breton, président du Syndicat national des sapeurs-pompiers volontaires. Entre les feux de forêt, les secours à personne et des interventions toujours plus nombreuses, les pompiers enchaînent les missions sans véritable répit. Même constat chez Kenji Pere : « Aujourd’hui, on ne peut plus être sur tous les fronts. »

Des promesses toujours en attente

Après les mégafeux de Landiras en 2022, Emmanuel Macron promettait un « changement d’échelle » de la sécurité civile. Flotte aérienne modernisée, nouveaux équipements, adaptation à un risque devenu permanent : les annonces étaient ambitieuses. Quatre ans plus tard, les représentants des pompiers peinent à en mesurer les effets. « Nous sommes au 26 juillet. C’est déjà la plus grande épreuve de feu que nous ayons jamais connue en France », alerte Kenji Pere. Selon lui, 2026 dépasse déjà les records de 2022 et de 2025 alors que l’été est loin d’être terminé.

Le symbole le plus frappant reste celui des moyens aériens. La France dispose toujours de 12 Canadair, dont plusieurs sont régulièrement immobilisés pour maintenance. Au plus fort des incendies de juillet, seuls six appareils étaient réellement disponibles. Après les incendies de 2022, deux nouveaux Canadair avaient été annoncés pour renforcer la flotte. Mais en 2024, le gouvernement Attal a réduit les crédits de la mission « Sécurités ». Les deux Canadair ne décolleront jamais : leur commande a été annulée. « Ce qu’on subit là est la conséquence de mauvais choix politique, d’immobilisme. Les macronistes ont fait le choix de regarder ailleurs, d’avoir d’autres priorités », déplore Edwige Diaz.

« Nous demandons toujours la même chose »

Au-delà des avions, les représentants des pompiers décrivent un système arrivé à saturation. Les renforts nationaux sont désormais constitués de personnels rappelés sur leurs jours de repos, tandis que les départements s’entraident au risque d’affaiblir leur propre couverture opérationnelle. « En 2022, nous demandions déjà les mêmes moyens. En 2026, nous demandons toujours la même chose », résume Kenji Pere. Pour le vice-président du SNSPP, « la sécurité civile est aujourd’hui passée au sixième plan des priorités ».

Les pompiers ne demandent ni médailles ni discours. Ils réclament des effectifs, des avions et des équipements. Après les promesses formulées au lendemain des mégafeux de Gironde, ils espéraient un véritable changement d’échelle. Quatre ans plus tard, le seul chiffre qui semble réellement avoir changé est celui des hectares partis en fumée.

Yann Montero

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