Pouvoir d’achat : l’imposture des chiffres officiels

Le rapport parlementaire présenté le 4 mai 2026 par Thierry Benoit (apparenté Horizons) et Robert Le Bourgeois (Rassemblement national) 1 fracasse le récit officiel sur le pouvoir d’achat des Français depuis 2017. Il met au jour un « fossé devenu vertigineux » entre les statistiques publiques et la réalité vécue par des millions de FrançaisAu surplus, à rebours du discours du régime Macron, il apparaît un véritable transfert de pouvoirs d’achat des travailleurs vers les rentiers. Ce fossé croissant entre la statistique officielle et l’expérience des Français est le fruit de choix méthodologiques qui sous-estiment l’inflation, surestiment le pouvoir d’achat et invisibilisent la France des classes moyennes, des retraités modestes, des territoires ruraux et périurbains.

L’imposture de la moyenne

Les chiffres officiels font apparaître une hausse d’environ 13 % du revenu disponible brut des ménages entre 2017 et 2024, soit 9 % par unité de consommation. Mais cette progression n’est qu’un miroir aux alouettes. Le rapport pointe plusieurs réserves majeures : le pouvoir d’achat a reculé en 2020 et en 2022. Surtout, la hausse agrégée ne reflète pas l’expérience vécue par la majorité des Français, qui tirent l’essentiel de leurs ressources de leur travail.

L’un des biais majeurs pointés par les rapporteurs est l’intégration des « loyers imputés » dans le revenu disponible brut. Concrètement, l’Insee attribue un loyer fictif aux propriétaires occupants, comme s’ils percevaient ce revenu. Mais ce « revenu fantôme » ne correspond à aucune dépense réellement disponible pour consommer. Le rapport recommande donc la suppression de cet artifice. Un autre biais est que les prestations sociales sont directement intégrées par l’Insee au revenu disponible brut. Si ces aides correspondent à un flux monétaire réellement perçu par le bénéficiaire, elles n’en demeurent pas moins des palliatifs à un travail qui ne paie plus suffisamment, dans un pays qui se paupérise. En d’autres termes, les compensations de la pauvreté sont regardées par l’Insee comme un gain de pouvoir d’achat.

La médiane pour voir le vrai visage des Français

La moyenne est un indicateur trompeur dans une distribution inégale des revenus. Quelques très hauts revenus tirent tout vers le haut. C’est pourquoi les rapporteurs préconisent de publier la médiane plutôt que la seule moyenne pour la communication sur le pouvoir d’achat. La médiane sépare la population en deux parts égales : elle révèle le niveau de vie du Français « central ». Pour mémoire, en 2021, le salaire mensuel moyen était de 3 300 € brut, mais la moitié des salariés gagnaient moins de 2 091 €. Le rapport veut aligner les pratiques françaises sur les standards européens et propose de mettre en avant une pluralité d’indicateurs plus proches du vécu des Français.

Sous Macron, le pouvoir d’achat des salaires a reculé

C’est sans doute le point le plus préoccupant : le pouvoir d’achat des salaires a, lui, reculé sur la période. Ce constat est corroboré par les travaux de l’IRES (Institut de recherches économiques et sociales), qui identifient une rupture à partir de 2017. Depuis cette date, « tous les indicateurs de salaire affichent une baisse régulière et persistante de pouvoir d’achat ». Entre mi-2017 et mi-2023, cette baisse est comprise entre -7 % et -10 % selon le concept de salaire retenu.

L’IRES distingue deux indicateurs de salaire : le salaire moyen à structure variable (qui reflète l’élévation du niveau de qualification des emplois) et le salaire moyen à structure constante (qui mesure le « prix du travail » à caractéristiques identiques). Entre 1978 et 2019, le pouvoir d’achat du salaire moyen à structure variable a augmenté de 19,4 %, tandis que celui du salaire moyen à qualification constante baissait de 4,2 %. Autrement dit, les salariés ne sont pas mieux payés pour le même travail ; ils sont simplement plus qualifiés.

Cette baisse est la conséquence d’un affaissement considérable de la dynamique salariale et d’un « décrochage durable entre salaires et croissance économique. Alors que le revenu national par habitant a progressé de 0,1 % par an entre 2017 et 2022, le salaire moyen à structure constante a, lui, reculé de -0,9 % par an sur la même période. Autrement dit, la richesse créée par l’économie ne profite plus aux travailleurs comme elle le faisait auparavant.

Les causes structurelles de ce décrochage

Plusieurs facteurs expliquent ce recul brutal des salaires réels depuis 2017.

D’abord, un effet de structure : la hausse du salaire moyen observée par l’Insee reflète en grande partie l’élévation du niveau de qualification des emplois, et non une augmentation du « prix du travail » à caractéristiques identiques.

Ensuite, un partage de la valeur de plus en plus défavorable au travail. Depuis 1990, la part des salaires dans la valeur ajoutée brute des sociétés non financières a reculé. Cette dégradation structurelle s’est accentuée sous l’effet de la crise inflationniste : les entreprises ont maintenu leurs marges à un niveau historiquement élevé, tandis que les dividendes versés battaient des records.

Enfin, les fonctionnaires subissent une érosion spécifique. La valeur du point d’indice a été gelée de 2010 à 2016, puis de 2017 à 2022. En près de trente ans, de 1994 à 2022, le point d’indice n’a progressé que de 24,3 % alors que l’inflation atteignait 55,9 %, soit une perte de pouvoir d’achat de plus de 20 % en moyenne. Le rattrapage partiel de 2022-2023 (3,5 % puis 1,5 %) reste bien inférieur à l’inflation de ces années (5,2 % et 5,9 %).

L’alimentation, premier poste d’ajustement

Pour les ménages modestes, la réalité est impitoyable. L’alimentation est le premier poste d’ajustement des budgets contraints. Tout en étant incontournable, elle demeure la seule dépense réellement compressible lorsque le reste à vivre se réduit, ce qui en fait le principal amortisseur des tensions budgétaires des ménages modestes. Familles Rurales, auditionnée dans le cadre de la mission, a documenté la réduction du reste à vivre, les renoncements alimentaires, les inégalités territoriales.

Le résultat c‘est que les familles modestes s’approvisionnent massivement auprès des maxi-discompteurs et achètent les produits alimentaires de basse qualité à bas coûts importés, ceci au détriment des agriculteurs français.

Les retraités : une protection théorique mais fragile

Contrairement aux salariés, les retraités disposent d’une protection légale contre l’inflation : leurs pensions de base sont indexées sur les prix. En théorie, cette règle garantit que leur pouvoir d’achat ne s’érode pas avec le temps.

Mais cette protection est fragile. Le régime Macron a proposé dans son projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 de geler toutes les pensions de retraite de base pour réaliser des économies. Ce gel n’a été supprimé qu’après débat parlementaire. La revalorisation finalement votée de 0,9 % suscite la colère de nombreux retraités, qui jugent cette hausse dérisoire.

Surtout, l’indexation ne vaut que pour les retraites de base. Les retraites complémentaires Agirc-Arrco suivent leurs propres règles et ne sont pas toujours revalorisées en même temps, voire pas du tout certaines années. Et pour les retraités modestes, comme pour les salariés modestes, le reste à vivre après les dépenses contraintes est si faible que la moindre revalorisation insuffisante se traduit par des arbitrages douloureux.

Les disparités territoriales : une géographie des inégalités

Le rapport met en évidence des écarts de niveaux de vie territoriaux structurels et une géographie des inégalités nettement structurée à l’échelle nationale. L’usage contraint de la voiture et le prix élevé des logements dans les centres-villes constituent l’une des clés de compréhension des écarts de pouvoir d’achat. Ainsi, les rapporteurs constatent que c’est dans les périphéries éloignées des zones d’emploi, comme dans leurs centres, que l’on trouve les ménages aux budgets les plus contraints, principalement parce que leurs ressources sont plus faibles.

Le vrai bilan : des gagnants et des perdants

Alors qui a gagné ? Ceux qui tirent leurs revenus de leur patrimoine. Comme le résume Thierry Benoit, rapporteur : « Celui qui a des compléments de revenus (loyer, dividendes, actions, assurance-vie…) passe les crises. En revanche celui qui ne vit que de son travail et a un salaire modeste affronte de réelles difficultés »Les politiques menées depuis 2017 ont surtout bénéficié aux détenteurs de capital, tandis que les travailleurs modestes subissaient un déclassement durable.

Des propositions pour rétablir la vérité des chiffres

Le rapport propose plusieurs réformes pour rétablir la vérité des chiffres : renforcer l’indépendance de la statistique publique en créant un comité scientifique indépendant de l’Insee, supprimer les loyers imputés du calcul, et publier systématiquement la médiane. Des mesures qui, si elles étaient appliquées, permettraient enfin de mesurer le pouvoir d’achat non pas comme une moyenne abstraite, mais comme ce qu’il est vraiment : la capacité réelle de chaque Français à vivre dignement de son travail.

Depuis 40 ans les politiques économiques ont favorisé la rente et la spéculation au détriment du travail et de la production. Le régime Macron, contrairement à son discours sur l’entrepreneuriat et la réindustrialisation a accentué ce travers au détriment des intérêts de la France et de ses travailleurs.

Jean Lamolie

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