
Alors que les affaires pédo-criminelles sordides se succèdent (périscolaire, Aide sociale à l’enfance…), soulevant dans le pays un écœurement légitime et une colère que l’on espère salutaire, nous publions ci-dessous l’article que notre ami Nicolas Zahar a consacré, dans le dernier numéro de notre revue Synthèse nationale, à l’avachissement moral de nos sociétés sans Dieu, sans repères : à lire et à méditer, sur la plage ou ailleurs… SN
Nicolas Zahar
» Français, encore un effort si vous voulez être républicains ». Cette exhortation est extraite de l’un des ouvrages du marquis de Sade, La Philosophie dans le boudoir, sous-titré Les instituteurs immoraux, Dialogues destinés à l’éducation des jeunes filles ! Plus précisément, il s’agit du titre d’un pamphlet acheté par l’héroïne, Eugénie, et lu devant elle, à haute voix, par l’un des débauchés chargés de son « apprentissage » libertin et philosophique. Publié en 1795, cette charge violente contre le christianisme, au nom de la République et de la Liberté, annonce les divagations et errements, notamment sur le plan sexuel, des sociétés sans Dieu…
Le poisson pourrit par la tête. Donatien de Sade (1740-1814) illustre à merveille ce proverbe chinois. Rejeton lettré, mais dépravé, d’une des plus vieilles familles de la noblesse provençale ; marquis devenu comte à la mort de son père ; mais ardent républicain pendant la Révolution (admirateur de Marat, il est un membre actif de la section des Piques, place Vendôme, à Paris), Sade, finalement, peut nous apparaître comme le (in)digne représentant d’une société d’Ancien Régime en fin de course, travaillée – et gâtée – par les idées nouvelles.
Le « Divin marquis » – que, pour notre part, nous préférons qualifier de « Diabolique » – a parsemé les dialogues licencieux pour lesquels il est d’abord connu de textes philosophiques où il a jeté ses idées très particulières sur la France « régénérée » par la Révolution, la « nouvelle France » de l’époque, en quelque sorte. Français, encore un effort si vous voulez être républicains est un de ceux-là. Sa lecture se révèle riche d’enseignements.
« Plus je fais la révolution, plus j’ai envie de faire l’amour » (slogan de mai 1968)
En bon révolutionnaire, Sade veut faire table rase du passé. Mais son adhésion à la République jacobine et son engagement politique, de 1790 à 1795, sont dictés en partie par des préoccupations toutes personnelles. D’abord, il a des comptes à régler avec la société de son temps et sa famille. Ensuite, il espère manifestement que l’avènement de la déesse Liberté permettra à la nouvelle humanité en général, et à sa personne en particulier, de suivre leurs penchants sans freins et d’assouvir leurs envies sans avoir à redouter l’emprisonnement ou l’exécution (en 1772, après un nouveau scandale, Sade a dû fuir en Italie et s’est retrouvé condamné à mort par contumace).
La première cible de ce « criminel en esprit, capable des pires excès de pensée1 » est donc la religion, « berceau du despotisme » honni par les partisans des Lumières les plus zélés. À la suite de Voltaire, le pornographe torturé entend « écraser l’infâme ». Il veut anéantir « à jamais » ce qui pourrait « détruire un jour (l’)ouvrage2 » de la Révolution. Il appelle de ses vœux « l’extinction totale des cultes ». Exit, donc, le Christ, qu’il qualifie irrévérencieusement d’« esclave de Titus », de « vil histrion de Judée », ou encore de « grand fripon » (au même titre que Moïse et Mahomet, ce qui devrait interpeler Mélenchon). Exit également la « horde impure » des prêtres, leurs « vices », leur « superstition », leurs « préjugés » et leur « tyrannie ». Gageons que de nos jours, l’irrévérencieux marquis serait Charlie !
La « vision hallucinée de l’humanité et de la nature1 » qui ressort de son œuvre est la préfiguration de certaines dérives de notre société déchristianisée, enfantée par les révolutionnaires des dernières années du XVIIIe siècle et leurs successeurs des deux siècles suivants. Les soixante-huitards qui proclamaient : « Il est interdit d’interdire » et entendaient « jouir sans entraves », les rédacteurs de Libération qui ouvraient leurs colonnes aux pédophiles, Dany le rouge qu’émoustillait le tripotage d’une bambine de cinq ans, les anciens trotskos ou maos devenus prédateurs sexuels multirécidivistes, ou encore les donneurs de leçons de la bien-pensance qui, par idéologie « progressiste » et libertaire, rendent possible, voire laissent se poursuivre, les passages à l’acte des amateurs névrosés de chair enfantine ou juvénile sont les héritiers de Sade.
En 2008, à l’occasion du quarantième anniversaire des événements de Mai 1968, le journaliste et écrivain Jean Bothorel, interrogé sur les effets de ceux-ci dans La Nouvelle Revue d’Histoire de Dominique Venner, a lucidement reconnu que leurs « prolongements (…) ont été dévastateurs et dramatiques » ; avant d’ajouter : « Beaucoup d’entre nous ont connu des vies familiales totalement pulvérisées. C’était l’ère des partouzes, des couples échangistes, des ménages en « coopératives » ! Les enfants issus de ces couples ont subi de terribles dérives. Une déstructuration profonde s’est mise en place au nom du « Jouissons sans entraves ». (…) Mai 1968 avait instauré un désordre festif. Ensuite nous avons vécu un désordre structurel. (…) Tous les repères explosaient. C’était comme un monde qui se fracassait. Nous étions perdus. On se trouvait de bons alibis. Mais le constat est que, lentement et insidieusement, cette perte de repères a touché toutes les structures traditionnelles, à commencer par la famille ».
Depuis, notre société est gangrénée en profondeur. Les scandales de l’Aide sociale à l’enfance (ASE) – 20 000 mineur(e)s prostitué(e)s -, du périscolaire parisien – combien de pédophiles, d’agressions sexuelles, de viols ? – ou de l’affaire Epstein sont autant de manifestations de cette gangrène. Tous ceux (et il se pourrait qu’ils soient nombreux) qui, dans notre pays, ont pataugé dans ces marais putrides, ou qui ont contribué à l’impunité des crapauds qui s’y sont vautrés sont, en quelque sorte, des épigone du marquis de Sade.
Le 1er juin, sur CNews, le criminologue Alain Bauer était l’invité de Laurence Ferrari. Interrogé sur le livre qu’il vient de consacrer à l’entremetteur, prédateur sexuel et corrupteur nord-américain, il a souligné la gravité de cette affaire : « Tout d’un coup, vous vous rendez compte de l’ampleur du système qui m’a moi-même dépassé, à tel point que je n’y croyait pas et que je me suis convaincu moi-même, par les recherches qui ont été effectuées, (…) à quel point on était face à un immense système de systèmes. (…) Nous ne sommes qu’au début d’une gigantesque affaire Epstein. (…) Pour la première fois, un système de systèmes est révélé dans sa complexité. (…) Vous révélez régulièrement ce qu’est la pédo-criminalité dans le système scolaire. (…) C’est une explosion. Le système Epstein, c’est la même chose »…
La République est bonne fille
Marianne sait être miséricordieuse avec les siens. À ses yeux, un républicain, aussi névrosé soit-il, reste un républicain. Le privilège « bleu », en quelque sorte. En notre époque d’emprise du « progressisme » le plus débridé, où les relais de ce dernier s’emploient à imposer leur magistère et leur censure, une illustration de la bienveillance du « camp du bien » pour ceux, morts ou vivants, qui en relèvent, quelles que soient leurs turpitudes passées ou présentes, nous a été donnée en 2021.
En juillet de cette année-là, en effet, la Bibliothèque nationale de France a acquis le manuscrit des Cent vingt journées de Sodome (« récit le plus impur qui ait été fait depuis que le monde existe » d’après Sade lui-même), moyennant 4,55 millions d’euros intégralement fournis par Emmanuel Boussard, co-fondateur d’une société de gestion de fonds d’investissement. Ce texte sulfureux, classé « trésor national » depuis 2017 alors qu’il « raconte les sévices sexuels inouïs (jusqu’au meurtre, NDLR) imposés à des victimes (certaines très jeunes, NDLR) enfermées dans un château par des libertins fortunés » (Le Monde, le 9 juillet 2021), a pu rejoindre ainsi les archives de la Bastille conservées à Paris au musée de l’Arsenal…
C’est que Sade est désormais une « icône de la modernité ». Du moins si l’on en croit le texte présentant, sur le site de la BNF, le colloque de septembre 2023 consacré à cet ouvrage « mythique » ( !) et à son auteur : « La réapparition du manuscrit (…) nous invite à nous interroger (…) C’est décrire et raconter le passage, produit de trois siècles, de l’intolérable à la tolérance. Il s’agit de dresser l’inventaire de l’héritage que nous devons à Sade. (…) N’est-il pas, au regard des codes et des valeurs de nos sociétés avancées, en train d’acquérir un nouveau statut ? »
Pour plus ample information, rappelons qu’en 2020, l’État n’était pas parvenu à réunir les financements nécessaires à l’achat du Codex Irmengard, évangéliaire du XIe siècle aux enluminures magnifiques, lui aussi classé » trésor national ». Ce qui avait amené l’essayiste Sylvain Fort, ancienne plume d’Emmanuel Macron, à écrire dans L’Express, en mars 2023, après l’acquisition du manuscrit par le Getty Museum : « (Cette) vente (…) pose la question de nos priorités en matière de patrimoine »… On se saurait mieux dire !
Sans doute Sade apprécierait-il grandement notre époque…
Depuis la Révolution, la sacralisation de la Liberté permet aux « progressistes » de repousser toujours plus loin, étape par étape, les limites du cadre à l’intérieur duquel elle peut s’exercer. Ainsi, une partie de nos contemporains deviennent Roi, voire Dieu. Ces créatures se prennent pour leur créateur. Matérialistes et autocentrées, elles ne sont plus mues que par la satisfaction de leurs besoins et de leurs envies. « Tous pour moi, et moi pour personne » est leur devise. Toute frustration leur est insupportable. Elles veulent tout et tout de suite, quitte, parfois, à prendre de force l’objet de leur désir, qu’il s’agisse d’un être humain ou d’un bien. Dans la société hédoniste, sans Dieu, de notre République avancée (dans le sens : « proche de la décomposition »), l’individu n’est pas seulement un consommateur. Il est aussi une proie, un objet de consommation, un produit jetable quand son existence est perçue comme un fardeau insupportable ou lorsque sa date de péremption est atteinte. Les dérives de la loi sur l’avortement, la constitutionalisation de ce « droit » ou le texte, en cours de discussion, sur la fin de vie en témoignent.
La République, nouvelle Pandore, a ouvert la boîte. Elle a opéré le désarmement spirituel de la population de ce pays, face aux manœuvres du diable, en la déchristianisant. Elle a accentué sa perméabilité au mal. Qui ne croit pas au Christ est une cible facile pour le malin. Aussi, désormais, dans la fuite en avant continue que l’on nomme « recherche du progrès », tout semble-t-il possible. L’imagination débridée d’un petit nombre d’apprentis sorciers est au pouvoir. On libère le cheval non débourré de l’IA avec l’espoir qu’on parviendra à le maîtriser…. On parle d’homme augmenté, d’existence qui pourrait durer 150 ans, voire davantage… On envisage l’immortalité ici-bas, plutôt que l’Éternité là-haut, et en tournant le dos au paradis, on favorise l’installation de l’enfer sur terre…
Trop de nos contemporains, à la suite du marquis de Sade et de tous ses épigones révolutionnaires républicains, oublient qu’il n’y a qu’une vérité : le Christ, qui est Dieu, est la lumière, le chemin, la vérité, la vie et le salut ! Son royaume n’est pas de ce monde. Notre passage ici-bas est une pérégrination vers la mort de notre enveloppe charnelle, porte de l’éternité promise par Dieu. Seule la foi nous permet de surmonter les embûches de l’existence, de repousser ses tentations. Elle seule peut nous ouvrir la félicité du royaume de Dieu !
1. Michel Delon, professeur à la Sorbonne, dans un article écrit pour le Recueil des commémorations de 2014.
2.Marquis de Sade, Français, encore un effort si vous voulez être républicains, La philosophie dans le boudoir, 1795.
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