
« Imagine… Tu te balades dans la gare à côté de chez toi, juste avant de prendre ton train… » Introduction d’un scénario effrayant, s’adressant à un voyageur anonyme qui entre imprudemment dans une librairie de gare de l’enseigne Relay. Film interdit aux moins de 18 ans : âmes sensibles, s’abstenir. Les enfants au lit, vite !
Catholicisme, climat et antifascisme
Commence une énumération qui fait froid dans le dos : « Tu tombes sur le JDNews – propriété de Bolloré […] puis sur le dernier essai du cardinal Robert Sarah édité chez Fayard – propriété de Bolloré – qui nous explique que « [l’avortement] est un massacre mondial ». » Mais ce n’est qu’un début : « Ulcéré·e, tu te tournes vers ce nouveau magazine, Transition et Énergies – qui commence par un édito ouvertement climato-sceptique. » Là, cela devient franchement irrespirable. « La température moyenne à la surface de la Terre, un chiffre qui ne signifie pas grand-chose en soi, est généralement estimée à environ 15 °C, soit 4 °C en dessous du seuil minimal de confort thermique pour l’être humain. Toutes choses égales par ailleurs, un léger réchauffement climatique serait bénéfique à la vie humaine. »
À l’origine de ce signal d’alerte salvateur, la « coalition Désarmons Bolloré ». Emblématique de la convergence des luttes chère à l’extrême gauche militante, elle multiplie depuis plusieurs années les actions et campagnes contre l’homme d’affaires érigé en Belzébuth des temps nouveaux. Vacances d’été obligent, la dernière action d’« agit-prop » (agitation-propagande, en langage trotskiste) en date de la coalition a choisi les gares comme terrain de jeu afin de s’attaquer à l’activité librairie de Bolloré. En l’occurrence, l’enseigne de librairies Relay (ex-Relais H créés par l’éditeur Hachette), tombée en 2022 dans l’escarcelle de Vivendi (groupe Bolloré), à la suite du rachat de Lagardère Travel Retail.
Convergences des luttes : les meilleurs en sont…
La campagne, intitulée « On prend le Relay ! », a lancé une pétition, courageusement relayée par Libération, à l’initiative de la crème du militantisme d’extrême gauche écolo-wokiste où l’on trouve, entre autres, Alternatiba et Attac France (mouvements citoyens pour le climat et la justice sociale), Soulèvements de la Terre, Greenpeace France et Amis de la Terre France (organisations écologistes), une flopée de syndicats (SUD Rail, Syndicat national des journalistes SNJ-CGT, Union syndicale Solidaires, etc.), mais aussi des décolonialistes et même le bien à gauche Collectif catholique pour un accueil inconditionnel dans l’Église (PAIX).
« Pour la démocratie, stoppons le monopole des Relay de Bolloré » dans les gares SNCF, titre la pétition, qui, à l’adresse des millions de voyageurs ne s’étant aperçus de rien, nous informe que « depuis le rachat des boutiques Relay par Vincent Bolloré en 2022, nos gares sont devenues les vitrines de l’extrême droite et du climato-négationnisme ». L’insécurité est partout, décidément.
Nazi, fais-moi peur !
Adressée à l’ancien Premier ministre et actuel patron de la SNCF Jean Castex, la pétition a recueilli, au 22 juillet, quelque 57.000 signatures, ce qui constitue un minimum syndical dans un milieu très pétitionniste. Si l’on y retrouve l’essentiel du discours habituel de l’antifascisme militant, le texte ne nous explique malheureusement pas en quoi Relay serait devenu une officine diabolique depuis son entrée chez Bolloré.
Depuis Relais H et toujours aujourd’hui, on y trouve les meilleures ventes de livres ainsi qu’un large éventail de la presse, majoritairement des revues spécialisées (féminines, loisirs, auto-moto, histoire, tourisme…). Une presse politisée, aussi, mais où désormais et plus encore qu’hier, les quotidiens et périodiques orientés à gauche sont très majoritaires. Une réalité qu’une visite dans le point de vente situé sur le quai de la gare de Paris Montparnasse nous a immédiatement permis de vérifier.
Pourtant, Désarmons Bolloré aime les scénarios extrêmes, façon film d’horreur : « Dégouté·e, tu avances un peu et découvre dans les rayons le magazine La Furia qui a perdu son agrément mais qui est bien distribué dans ta gare et qui se demande, sous un dessin d’Adolf Hitler : « Faut-il le ressusciter ? » »
Bon, en fait, la revue en question n’est plus proposée à la vente chez Relay. Ouf ! On l’a échappé belle…
Sur les étagères du présentoir de mise en avant, à l’entrée du Relay, les revues « d’extrême-droite » dénoncées par la campagne « Désarmer Bolloré ». Photo E.Lombard.
Laisser un commentaire