
Le prochain film inspiré de l’univers du Seigneur des anneaux sera respectueux de l’univers de Tolkien ou ne sera pas. En effet, depuis l’annonce du casting de cette adaptation qui nous replongera en Terre du Milieu, réalisée par Andy Serkis, une nouvelle controverse est née. Certains reprochent au long-métrage un casting « trop blanc », estimant qu’il ne reflète pas la diversité de la société actuelle. L’acteur et réalisateur britannique, qui retrouvera également son célèbre rôle de Gollum dans ce film intitulé The Hunt for Gollum, a choisi d’assumer pleinement cette orientation artistique. Pour lui, il ne s’agit pas d’un choix idéologique mais simplement d’une volonté de respecter l’incroyable univers imaginé par J. R. R. Tolkien, dont les inspirations plongent dans les mythes, les légendes et les peuples de l’Europe du Nord.
Andy Serkis revendique la fidélité à Tolkien
Dans un entretien accordé à la BBC en juillet 2026, Andy Serkis a expliqué que son objectif était avant tout de rester fidèle aux fondements de l’œuvre originale : « Tolkien a été énormément influencé par la mythologie nordique et cela se sent vraiment. La Comté paraît bien être un endroit très très blanc, vous savez. Ses habitants ne se préoccupent pas vraiment de ce qui se passe à l’extérieur de la Comté et ils n’ont pas envie d’avoir des visiteurs ». Il a également affirmé qu’il ne souhaitait pas constituer un casting répondant à une logique de diversité pour elle-même, déclarant : « Je ne pense pas que l’on devient politiquement correct en faisant des choix guidés par la simple intention de cocher des cases ». Dans The Hunt for Gollum, les spectateurs pourront notamment retrouver Ian McKellen dans son rôle de Gandalf, Elijah Wood dans celui de Frodon Sacquet.
L’univers du Seigneur des Anneaux n’est pas né dans un vide culturel. Philologue et professeur à l’université d’Oxford, Tolkien a en effet largement puisé son inspiration dans les sagas scandinaves, les légendes anglo-saxonnes, le poème Beowulf et les traditions germaniques. Dès les années 1930 et 1940, il élabore la Terre du Milieu comme une mythologie destinée à offrir à l’Angleterre un corpus légendaire comparable à ceux des peuples nordiques. Pour les défenseurs de la position de Serkis, il apparaît donc logique que l’esthétique et les populations représentées demeurent proches de ces inspirations historiques et littéraires.
Une polémique qui fait écho aux Anneaux de Pouvoir
Ce débat rappelle celui qui avait accompagné la sortie de la série Les Anneaux de Pouvoir en 2022. À l’époque, la présence de plusieurs acteurs noirs dans les rôles d’Elfes, d’ancêtres des Hobbits, ou de Nains avait suscité de nombreuses critiques parmi une partie des admirateurs de Tolkien, certains estimant que cette représentation s’éloignait des descriptions de l’auteur et de la cohérence de son univers. À l’inverse, les producteurs de la série ont revendiqué une adaptation ouverte à la diversité actuelle et ont dénoncé les attaques racistes visant plusieurs membres du casting.
Quatre ans plus tard, cette diversité imposée dans l’œuvre de Tolkien n’a pas convaincu une partie du public, beaucoup accusant les réalisateurs d’avoir pris trop de libertés avec l’univers, la chronologie et les personnages de la Terre du Milieu. Andy Serkis s’inscrit dans la continuité de Peter Jackson, lequel avait lui aussi privilégié un casting majoritairement blanc dans ses adaptations du Seigneur des Anneaux et du Hobbit, dont on connait le succès phénoménal. À l’inverse, il pourrait retrouver l’adhésion d’une partie des amateurs de Tolkien, désireux de voir l’univers imaginé par l’écrivain porté à l’écran avec le plus de fidélité possible.
L’Odyssée de Nolan
La même question se pose aujourd’hui autour de L’Odyssée de Christopher Nolan. Le réalisateur britannique a réuni un casting particulièrement éclectique, comprenant des acteurs issus d’origines très diverses pour incarner des personnages appartenant à l’univers de la Grèce antique. Parmi les choix les plus commentés figurent notamment l’actrice de couleur Lupita Nyong’o, annoncée dans le rôle d’Hélène de Troie, ainsi que le rappeur de couleur Travis Scott, qui incarne un poète grec, métaphore d’Homère. Là encore, certains estiment que cette liberté de distribution s’éloigne des représentations traditionnellement associées au poème attribué au père de l’Illiade, tandis que d’autres rappellent qu’il s’agit avant tout d’une œuvre de fiction et que le cinéma n’a pas pour vocation de reproduire parfaitement la réalité historique.
Notre confrère Michel de Jaeghere, directeur du Figaro Hors-Série et du Figaro Histoire, livre une analyse à contre-courant sur ce sujet, expliquant que ce film, même si c’est une fiction, se base sur un contexte historique et relève donc d’une lecture profondément anachronique, avec « l’équipage d’Ulysse composé d’Asiatiques, d’Africains, de Pakistanais. C’est la société américaine. Ce sont peut-être des concessions aux minorités visibles ». Ces minorités ne sont d’ailleurs pas uniquement ethniques, mais aussi liées à la diversité LGBT, comme en témoigne la présence de l’acteur canadien Elliot Page, anciennement connu sous le nom d’Ellen Page avant sa transition de genre. Pour Michel de Jaeghere, ce casting constitue « un effort pour rapprocher l’épopée de notre monde, comme si nous n’étions pas capables de la comprendre sans cela ».
À travers sa démarche, Andy Serkis défend au contraire, pour The Hunt for Gollum, l’idée qu’une adaptation peut rester fidèle à l’univers conçu par son auteur. Serkis fait le pari que le public, loin d’être idiot, sera tout à fait capable d’apprécier son œuvre avec son inspiration culturelle et historique d’origine. Les entrées en salles joueront les juges de paix.
Laisser un commentaire