Contre la police de l’information

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Yves Thréard

N’aura-t-on bientôt plus le droit de dire que le Festival d’Avignon est une escroquerie intellectuelle, que le rap est une musique insane, que boire du vin peut aussi procurer un plaisir infini ? Des inquiétudes à peine caricaturales si l’on suit les conclusions d’un rapport sénatorial contre la désinformation passé inaperçu. Dans une étrange formulation, dont on a du mal à trouver l’exacte définition juridique, il y serait question de prémunir notre pays contre des « ingérences intérieures » comme on le fait contre des attaques venant de puissances étrangères. C’est là jouer avec le feu.

Au lieu de protéger le débat public, va-t-on le museler ? Au nom de la lutte contre les fausses informations, la France se dirigerait-elle vers la création d’une police de la pensée unique ? Des opposants politiques et des médias qui ne sont pas dans la ligne officielle risqueraient-ils d’être poursuivis pour délit d’opinion ? Sous prétexte de combattre des dérives, les beaux esprits, qui chantaient jadis qu’il était interdit d’interdire, voudraient-ils tuer la liberté d’expression ? Avec le numérique et la multiplication des canaux où sont divulgués les contenus les plus divers, le personnel politique a l’obsession de vouloir mettre en place un organisme de contrôle. Depuis son arrivée à l’Élysée, Emmanuel Macron a aussi exprimé plusieurs fois cette tentation liberticide.

L’idée du chef de l’État, comme aujourd’hui des sénateurs, serait de confier ce pouvoir à un observatoire de la désinformation soi-disant indépendant. Chacun sait que celui-ci serait, en fait, peuplé de représentants venant d’associations militantes. Transformés en auxiliaires de justice, ces experts pseudo-scientifiques étiquetteraient, labelliseraient et censureraient les émetteurs d’information selon leur conformité idéologique. Financés par l’argent du contribuable et au nom du peuple français, ils dicteraient les bonnes conduites, distingueraient le bien du mal…

Gardons-nous de ce danger orwellien, et restons-en à la bonne vieille loi du 29 juillet 1881. En confiant à la justice pénale le soin de juger les plaintes loin des pressions partisanes, elle demeure la meilleure garantie de la liberté d’expression.

Source : Le Figaro 17/7/2026

http://synthesenationale.hautetfort.com/archive/2026/07/17/contre-la-police-de-l-information-6602059.html

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