Remigration : une initiative citoyenne européenne « Save Europe Act » dépasse les 100 000 signatures

Une initiative citoyenne européenne (ICE) baptisée « Save Europe Act » a franchi le seuil des 100 000 signatures et vise désormais les 500 000, selon les chiffres affichés par ses promoteurs. Le texte demande à la Commission européenne d’engager une refonte radicale des politiques d’immigration et d’asile de l’Union.

L’initiative s’appuie sur l’instrument de l’ICE, un mécanisme prévu par les traités : une pétition qui, si elle réunit un million de signatures dans au moins sept États membres, oblige la Commission à examiner la demande et à se prononcer — sans pour autant être tenue de légiférer. À ce stade, le texte revendique un peu plus de 106 000 soutiens.

Ce que demande le texte

Le « Save Europe Act » articule cinq demandes principales. Il réclame d’abord un moratoire sur les nouveaux canaux d’immigration non européenne, incluant la suspension du traitement des demandes d’asile pour les migrants économiques et les ressortissants de « pays sûrs », ainsi que le gel des visas d’études et de regroupement familial pour les non-Européens. Il demande ensuite une réforme du système d’asile centrée sur la protection des frontières extérieures, le filtrage rapide et des mécanismes de renvoi immédiat.

Les trois autres articles portent sur la « remigration » — terme central du texte. L’initiative demande le retour systématique des migrants en situation irrégulière, des déboutés du droit d’asile et des auteurs d’infractions ; puis, plus largement, un cadre européen de « remigration » visant les migrants non européens jugés « non intégrés » ou constituant une « charge culturelle ou financière », au moyen de mesures « volontaires et incitées ». Le dernier article réclame la suppression des prestations sociales considérées comme des facteurs d’attraction.

Le texte se réclame explicitement de la préservation de l’identité et de la « continuité démographique » des peuples européens, qu’il estime menacés de devenir « minoritaires dans leur propre patrie ». Il invoque à l’appui l’article 4(2) du traité sur l’Union européenne, relatif au respect des identités nationales, et l’article 22 de la Charte des droits fondamentaux, sur la diversité culturelle.

Le texte a été co-fondé par Eva Vlaardingerbroek, commentatrice politique néerlandaise, et par Martin Sellner, figure de proue de la mouvance identitaire européenne ; c’est son plan de « remigration », exposé lors d’une réunion à Potsdam fin 2023, qui avait déclenché début 2024 de larges manifestations en Allemagne.

La liste des soutiens affichés rassemble des élus et militants de la droite nationale et identitaire européenne : les eurodéputés Dominik Tarczyński (Pologne) et Roberto Vannacci (Italie, groupe Europe des nations souveraines), le député britannique Rupert Lowe, le responsable de l’AfD en Thuringe Björn Höcke, l’élu flamand Filip Dewinter, ou encore, côté français, Jean-Yves Le Gallou, cofondateur de l’Institut Iliade. On y trouve aussi des figures américaines comme Jack Posobiec.

Un point de tension juridique au cœur du texte

Le texte invoque la Charte des droits fondamentaux de l’Union pour se légitimer. Or ses demandes les plus larges — l’article 4 visant les migrants « non européens » selon des critères d’intégration ou de « charge culturelle » — se heurteraient frontalement à cette même Charte, ainsi qu’au principe de non-discrimination inscrit dans le droit de l’Union et dans la Convention européenne des droits de l’homme. Un dispositif de retour fondé sur l’origine, et non sur le statut juridique de la personne (séjour irrégulier, condamnation pénale), poserait un problème de compatibilité difficilement surmontable avec l’ordre juridique européen actuel. Le piège juridique se referme donc du fait du caractère non démocratique des institutions européennes dans lesquelles les peuples ne sont pas libres d’exprimer ce qu’ils souhaitent réellement.

Les promoteurs en ont d’ailleurs partiellement conscience : une « note importante » annexée au texte reconnaît que l’instrument de l’ICE est « formellement limité » et qu’il ne peut contenir « toutes les mesures nécessaires ». Autrement dit, le texte soumis est présenté comme une étape, et non comme l’intégralité du programme défendu.

Cette initiative se fonde sur des préoccupations qui traversent réellement les opinions européennes : maîtrise des frontières, intégration, coût des politiques d’asile, inquiétudes démographiques. Ces questions sont légitimes et débattues jusque dans les institutions européennes, où le pacte sur la migration et l’asile, adopté en 2024, fait lui-même l’objet de critiques nourries, de la gauche comme de la droite.

La spécificité du « Save Europe Act » est d’inscrire ces préoccupations dans un cadre explicitement ethno-civilisationnel et d’y adosser la notion de « remigration » : ses partisans y voient une réponse de bon sens à une immigration jugée incontrôlée, ses adversaires une rupture avec les principes de non-discrimination fondateurs de l’Union. C’est cette tension — entre une demande populaire de maîtrise migratoire et les limites juridiques et éthiques que rencontrent certaines de ses formulations — qui déterminera le sort réservé à l’initiative si elle atteint le seuil du million de signatures.

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