La gauche et le peuple qui n’existe plus

La gauche et le peuple qui n’existe plus

Dans une tribune publiée par Libération, l’historienne Michèle Riot-Sarcey appelle la gauche à sortir de la sidération devant la montée de l’extrême droite, par un réveil démocratique, des assemblées locales, des mobilisations citoyennes, des débats contradictoires et une refondation de la « démocratie réelle ». Le texte mérite attention, non parce qu’il annonce une pensée nouvelle, mais parce qu’il condense, avec une remarquable netteté, les impasses intellectuelles d’une gauche qui continue d’appeler le peuple sans voir que celui-ci lui a déjà répondu.
Balbino Katz

L’antifascisme comme impasse d’analyse historique

L’article commence par une précaution désormais rituelle : l’histoire ne se répète jamais, toutefois nous ne serions pas à l’abri d’un retour de formes autoritaires évoquant le fascisme européen. La formule est prudente dans sa lettre, beaucoup moins dans son effet. Elle évite l’assimilation directe, puis en conserve toute la puissance d’intimidation morale. On ne dit pas que l’adversaire est fasciste, on suggère qu’il pourrait en être le prélude. La nuance protège l’auteur de l’excès, sans priver son propos de la charge émotionnelle attachée au mot.

Le problème, du point de vue historique, est considérable. Le fascisme fut un phénomène précis, situé dans l’Europe de l’entre-deux-guerres, dans la brutalisation née de 1914, l’effondrement des empires, la peur du bolchevisme, la crise des classes moyennes, la mobilisation des masses et le discrédit du parlementarisme libéral. Les travaux de Renzo De Felice, d’Emilio Gentile, de Zeev Sternhell, de George L. Mosse ou de Robert O. Paxton ont montré, chacun à sa manière, la complexité de cet objet historique. Le réduire à une catégorie morale disponible pour toute réaction populaire hostile au progressisme revient à perdre ce que l’histoire a précisément pour fonction de conserver : les distinctions.antifas

Depuis plusieurs décennies, la gauche européenne use du fascisme moins comme d’un objet d’étude que comme d’un dispositif d’assignation. Elle a remplacé une partie de son espérance sociale par une gestion mémorielle de la peur. Ayant perdu la promesse d’un avenir radieux, elle administre les souvenirs de la catastrophe. Cette substitution est décisive. La gauche ne dit plus seulement : « nous allons améliorer votre sort ». Elle dit : « si vous ne nous suivez pas, vous ouvrirez la porte au pire ». Le futur n’est plus proposé, il est mis sous menace.

Cette inflation du vocabulaire antifasciste produit un effet paradoxal. À force de voir du fascisme dans la demande d’ordre, dans l’attachement national, dans la défense des frontières, dans l’inquiétude démographique, dans l’hostilité à l’immigration de masse ou dans le refus de la dépossession culturelle, la gauche a vidé le mot de son contenu. Elle confond la pathologie totalitaire avec la volonté ordinaire d’un peuple de persévérer dans son être. Un historien sérieux devrait distinguer entre autoritarisme, populisme, nationalisme, conservatisme, réaction, démocratie illibérale, souverainisme et fascisme. Le discours militant, lui, amalgame. Il ne classe plus, il disqualifie.

La grande absence de la tribune est là. À aucun moment Michèle Riot-Sarcey ne nomme véritablement ce qui préoccupe aujourd’hui les Français, comme beaucoup d’Européens : l’insécurité quotidienne, l’immigration de masse, l’effondrement scolaire, la difficulté de transmettre, la dégradation des services publics, la pression fiscale, l’abandon des villes moyennes, la solitude des campagnes, la crise du logement, la concurrence sociale, la dépossession culturelle, la crainte de voir ses enfants vivre dans un pays devenu méconnaissable. Ces réalités n’entrent pas dans le texte comme des problèmes politiques légitimes. Elles apparaissent, quand elles apparaissent, sous forme de peurs, de replis, de ressentiments ou d’illusions.

C’est ici que l’on mesure l’écart entre la gauche universitaire et le pays réel. Les travaux de Christophe Guilluy sur la France périphérique, ceux de Jérôme Fourquet sur l’archipelisation française, ceux de Laurent Bouvet sur l’insécurité culturelle, ceux de Marcel Gauchet sur la crise de la démocratie représentative, ou encore ceux de Pierre Manent sur la nation comme forme politique, ont tous contribué, avec des sensibilités différentes, à nommer cette fracture. On peut discuter ces analyses, non les ignorer. Or la gauche morale préfère souvent pathologiser les inquiétudes populaires plutôt que les comprendre. Elle ne voit pas des expériences sociales, elle diagnostique des déviations.

Il y a dans cette attitude une profonde contradiction démocratique. La gauche invoque le peuple, puis récuse ce qu’il exprime. Elle appelle à la mobilisation citoyenne, puis considère comme suspectes les mobilisations qui ne parlent pas sa langue. Elle réclame des assemblées, des rencontres, des débats, mais elle peine à accepter la signification des votes déjà exprimés. Le peuple est souverain lorsqu’il confirme l’axiologie progressiste. Il devient foule trompée, masse électrisée, opinion travaillée par les influenceurs ou électorat fascisé lorsqu’il la contredit.

La tribune dénonce le « repli sous la protection d’un leader », annonciateur de servitude volontaire. L’allusion à La Boétie est transparente. Elle a sa part de vérité : les peuples fatigués cherchent parfois un maître, et les démocraties molles produisent des hommes forts comme les marais produisent des fièvres. L’analyse demeure cependant incomplète. Le besoin d’autorité ne procède pas toujours d’une pulsion servile. Il naît souvent d’un désordre subi, d’une insécurité tangible, d’une perte de contrôle politique, d’un sentiment d’abandon. Lorsque les institutions ne protègent plus, l’appel à l’autorité n’est pas seulement une faute morale, il devient un symptôme institutionnel.

Ce point est ancien. Tocqueville avait compris que les démocraties pouvaient produire à la fois l’aspiration à l’égalité et le désir d’un pouvoir tutélaire. Max Weber, de son côté, avait montré que l’autorité charismatique surgit volontiers dans les périodes de crise de légitimité. Robert Michels, dans sa sociologie des partis, avait observé la tendance oligarchique des organisations prétendant parler au nom du grand nombre. Ces références éclairent davantage notre époque que le recours indéfini à l’épouvantail fasciste. Elles permettent de comprendre pourquoi les peuples se détournent des appareils qui prétendent les représenter.

La rupture entre la gauche et le peuple réel

La gauche contemporaine se heurte ici à une difficulté qu’elle ne veut pas penser jusqu’au bout. Elle a longtemps prétendu incarner le mouvement de l’histoire. Le prolétariat, la décolonisation, la jeunesse, les minorités, l’Europe, la mondialisation heureuse, la diversité, l’écologie politique, autant de figures successives par lesquelles elle a cru reconnaître le sens du temps. Or le mouvement réel des peuples européens la contredit. Les classes populaires ne réclament pas seulement plus de redistribution. Elles réclament aussi de la continuité, de la sécurité, des frontières, de la transmission, une école qui instruise, une police qui protège, une nation qui demeure. Ce vocabulaire lui est devenu presque étranger.

Le sociologue américain Christopher Lasch avait vu, dès les années 1990, la sécession culturelle des nouvelles élites. Celles-ci se pensent plus mobiles, plus ouvertes, plus éclairées, plus détachées des appartenances héritées. Elles regardent avec condescendance les fidélités populaires, les enracinements locaux, les formes ordinaires de patriotisme. En France, cette sécession s’est doublée d’une moralisation extrême du débat public. L’électeur populaire qui refuse l’immigration de masse n’est pas seulement contredit, il est soupçonné. Celui qui tient à son héritage n’est pas seulement conservateur, il devient suspect de nostalgies coupables.

Cette suspicion se vérifie jusque dans les querelles apparemment mineures de la vie publique. La gauche trouve toujours de bonnes raisons pour vouloir interdire des banquets populaires, surveiller des fêtes enracinées, suspecter une tablée associative ou un repas champêtre dès lors qu’ils sentent trop le pays réel. Dans le même temps, elle se découvre volontiers libertaire lorsqu’il s’agit de défendre les raves illégales. Là où des familles, des paysans, des jeunes gens du cru ou des militants attachés à une mémoire collective dressent des tables, elle aperçoit l’ombre de la peste brune. Là où des foules anonymes occupent illégalement des terrains, épuisent les forces de l’ordre, laissent derrière elles déchets, nuisances et parfois drames humains, elle parle plus facilement de liberté festive, de culture alternative et de jeunesse incomprise. La fête enracinée lui paraît dangereuse. La transgression sans mémoire lui semble émancipatrice.

La tribune de Michèle Riot-Sarcey dénonce ensuite le capitalisme prédateur, les puissants, les dominants et les possédants. Le lexique est connu. Il appartient à la longue mémoire de la gauche universitaire, celle des assemblées générales, des amphithéâtres politisés et des revues militantes. La difficulté est que le capitalisme contemporain n’est pas principalement national, familial, patriarcal et conservateur. Il est mondialiste, mobile, managérial, publicitaire, numérique, déraciné, favorable à la fluidité des identités et souvent parfaitement compatible avec l’idéologie progressiste des métropoles.

La contradiction est là encore manifeste. La gauche dénonce le capital, puis s’étonne que les classes populaires se retournent contre les forces politiques qui ont accompagné la mondialisation culturelle, économique et migratoire. Elle voit l’emprise des puissants dans la petite bourgeoisie patrimoniale, les familles, les entreprises locales, les héritages nationaux, rarement dans les grandes plateformes numériques, les institutions supranationales, les industries culturelles, les fondations philanthropiques, les médias de prestige, les universités et les bureaucraties transnationales qui diffusent pourtant une large part de son vocabulaire. Le capital devient moins suspect lorsqu’il parle diversité, inclusion, climat et gouvernance.

L’historienne reconnaît pourtant un point essentiel : la gauche n’attire plus la confiance. Elle évoque son passé d’illusions et de mensonges, les gouvernements totalitaires du XXe siècle, l’URSS, la Chine, le Cambodge, puis les pratiques des socialistes européens dans les années 1950 et 1960, impliqués dans la répression des mouvements de libération en Afrique et en Asie. L’aveu est considérable. Il devrait ouvrir une enquête impitoyable sur une tradition politique qui, au nom de l’émancipation, a justifié la servitude, les camps, la police idéologique, le mensonge d’État, puis, plus tard, la trahison sociale par ralliement à la mondialisation.

Il n’en est rien. Le texte avoue, puis passe. La confession tient lieu d’absolution. Les crimes du communisme, les mensonges du socialisme, les compromissions coloniales, l’abandon du monde ouvrier, la conversion au libéralisme culturel et à l’économie ouverte sont reconnus par éclairs, sans que cette reconnaissance modifie la conclusion. La solution resterait plus de gauche, plus de démocratie, plus de mobilisation, plus de parole collective, plus d’assemblées citoyennes. Comme si le problème venait seulement d’un déficit d’organisation, non d’une rupture de confiance.

La formule attribuée à Talleyrand au sujet des Bourbons trouve ici une application presque naturelle : ils n’ont rien appris ni rien oublié. La gauche, elle, a beaucoup oublié et peu appris. Elle a oublié que le peuple n’est pas une matière disponible. Elle a oublié que la démocratie ne consiste pas à faire voter les hommes jusqu’à ce qu’ils votent bien. Elle a oublié que le peuple réel a une mémoire, des humeurs, des rancunes, des intérêts, des fidélités, des morts, des frontières intérieures. Elle a oublié qu’on ne peut pas traiter pendant des décennies les siens de beaufs, de racistes, de réactionnaires, de populistes ou de complotistes, puis les convoquer soudain pour défendre la démocratie contre leurs propres suffrages.

Le cœur du texte est pourtant son appel à la mobilisation. Michèle Riot-Sarcey souhaite que la gauche s’adresse aux populations, par des assemblées locales, des meetings nationaux et internationaux, des collectifs associatifs, des débats contradictoires et critiques. L’intention paraît généreuse. Elle révèle surtout un décalage historique. Car le peuple a déjà parlé. Il parle à chaque scrutin, dans les communes périphériques, les bourgs déclassés, les anciennes régions ouvrières, les territoires abandonnés par l’industrie, les campagnes vieillies, les villes moyennes, les lotissements, les zones pavillonnaires, les espaces périurbains. Seulement, ce peuple ne dit pas ce que la gauche voudrait entendre.

Dès lors, il cesse d’être pleinement le peuple. Il devient une opinion travaillée par la peur, une masse inquiétée par les discours de haine, un électorat abusé, une population en attente de pédagogie démocratique. Cette logique est redoutable. La démocratie n’est plus alors le gouvernement du peuple, mais la procédure par laquelle une minorité instruite tente de ramener le peuple à la raison. Carl Schmitt avait vu que le politique commence avec la désignation de l’ennemi. La gauche contemporaine a désigné le sien : non plus seulement l’extrême droite, mais le peuple qui vote pour elle.

Cette situation renvoie à une mutation plus profonde. La gauche a changé de peuple. Elle aimait le prolétaire lorsqu’il annonçait le socialisme. Elle a aimé l’étudiant lorsqu’il annonçait la révolution culturelle. Elle a aimé le migrant lorsqu’il annonçait la société postnationale. Elle aime les minorités lorsqu’elles annoncent la dissolution des anciennes appartenances. Elle aime beaucoup moins l’ouvrier devenu propriétaire, le petit employé attaché à la sécurité, la famille périurbaine inquiète de l’école, le retraité de village, l’artisan, le policier, l’agriculteur, la mère de famille qui demande que ses enfants puissent vivre dans un pays reconnaissable. Le peuple cesse de l’intéresser dès qu’il veut demeurer.

C’est ici que l’histoire devrait revenir, non comme épouvantail, mais comme discipline de la continuité. Les peuples européens n’ont pas seulement produit des droits de l’homme, des avant-gardes artistiques, des syndicats et des ruptures révolutionnaires. Ils ont produit des langues, des paysages, des coutumes, des manières d’être, des cimetières, des fêtes, des œuvres, des fidélités anciennes, des formes de pudeur et de transmission. Une politique qui ne voit dans cette épaisseur qu’un ensemble d’oppressions à déconstruire finit nécessairement par devenir étrangère au peuple qu’elle prétend représenter.

Or Vichy est convoqué, comme souvent. Selon la tribune, des slogans de Vichy reprendraient vie en France, tandis que la droite demeurerait attachée à la propriété, à la patrie et à la famille pour favoriser sa caste. On retrouve ici une grande paresse interprétative. Qu’une famille veuille transmettre, qu’un peuple veuille durer, qu’une nation veuille protéger ses frontières, et l’ombre de 1940 se remet à marcher. Cette grille de lecture écrase l’histoire française. Elle ignore la pluralité des droites, des traditions populaires, paysannes, gaulliennes, sociales, catholiques, républicaines, monarchiques, bonapartistes ou régionalistes. Elle transforme tout attachement à la continuité en prélude à la collaboration.

Une telle lecture n’est pas seulement injuste. Elle est politiquement inefficace. La gauche croit combattre des survivances, alors qu’elle affronte une réaction sociale née de ses propres démissions. Elle a chanté l’ouverture, et l’ouverture a désarmé les ouvriers. Elle a célébré la mobilité, et la mobilité a brisé les enracinements. Elle a béni l’individu autonome, et l’individu autonome s’est retrouvé seul, précaire, interchangeable. Elle a déconstruit la famille, la nation, l’école, l’autorité, puis elle s’étonne que les hommes cherchent quelque part un abri.

L’échec de la “démocratie réelle” et l’entrée dans une époque post-progressiste

La formule la plus révélatrice de la tribune est peut-être celle de la « démocratie réelle ». Elle appartient à une tradition ancienne : démocratie directe contre démocratie représentative, peuple vivant contre institutions mortes, assemblées contre appareils, communalisme contre conquête du pouvoir. On en trouve les traces dans le socialisme utopique, les communes insurrectionnelles, les soviets avant leur captation, les conseils ouvriers, Mai 68, les mouvements altermondialistes et les occupations de places. La promesse est toujours la même : rendre la parole au peuple. Le résultat est souvent identique : quelques minorités organisées finissent par parler au nom de tous.

Le recours final à Shelley, « vous êtes nombreux, ils sont peu », sonne donc étrangement. Qui sont les nombreux ? Qui sont les peu ? La gauche continue de croire qu’elle parle au nom du grand nombre contre l’oligarchie. Dans la réalité française contemporaine, elle parle souvent au nom de minorités diplômées, urbaines, salariées de l’État culturel ou social, formées par le langage moral des métropoles, contre une majorité périphérique qu’elle ne comprend plus. Les nombreux ne se reconnaissent plus en elle. Les peu sont parfois ceux qui occupent les plateaux, les rédactions, les universités, les tribunaux symboliques, les directions d’associations, les commissions et les observatoires où se décrète le bien.

Il ne s’agit pas de nier que la droite ait ses illusions, ses paresses, ses clientèles, ses mauvais bergers et ses imposteurs. Il ne s’agit pas davantage de transformer tout vote populaire en oracle. Le peuple peut se tromper, comme les élites, et parfois plus cruellement. La question est ailleurs : pourquoi une tradition politique qui prétendait défendre les humbles se trouve-t-elle désormais contrainte d’expliquer que les humbles votent mal, pensent mal, s’informent mal, ressentent mal, se souviennent mal, et doivent être rééduqués par des rencontres citoyennes ?

La réponse est rude. La gauche a cessé d’aimer le peuple au moment où le peuple a cessé de lui obéir. Elle aimait en lui une fonction historique, non une chair. Elle aimait le prolétaire lorsqu’il annonçait le socialisme. Elle aime aujourd’hui les figures qui annoncent la société postnationale. Elle n’aime pas le peuple lorsqu’il s’attache à son pavillon, à son clocher, à ses morts, à ses frontières, à ses enfants, à sa sécurité, à ses habitudes, à sa continuité. Elle ne l’aime plus lorsqu’il demande simplement à persévérer dans son être.

Le drame de la gauche contemporaine tient peut-être à cette méprise. Elle appelle le peuple, comme si celui-ci attendait encore d’être réveillé par ses mots d’ordre. Elle ne voit pas que le réveil a déjà eu lieu, mais dans l’autre camp. Elle l’attend au meeting. Il est dans l’isoloir. Elle l’imagine disponible pour défendre ses causes. Il vote pour sortir de son monde.

C’est pourquoi la situation présente n’est pas exactement celle d’un retour des années trente. Elle est plutôt celle d’une époque post-progressiste, où les peuples européens se détachent des forces qui prétendaient parler en leur nom tout en travaillant à dissoudre leurs formes d’existence. La gauche continue de chercher le peuple comme un navire disparu sur une vieille carte. Elle l’appelle, elle lui fait signe, elle lui promet la démocratie réelle. Le peuple, lui, répond scrutin après scrutin que voter pour cette gauche revient trop souvent à voter contre soi-même, contre sa continuité, contre sa maison, contre ses enfants encore à naître.

Aujourd’hui, le peuple hait la gauche avec la rancune froide des fidélités trahies. La gauche hait le peuple avec la mélancolie furieuse des prêtres dont les fidèles ont déserté l’église. De cette haine croisée naît notre époque. Elle est moins fasciste que post-progressiste. Elle n’annonce pas nécessairement le retour d’une catastrophe ancienne, mais la fin d’une imposture longue : celle d’une gauche persuadée de posséder le peuple, alors qu’elle n’en conservait que le portrait jauni.

Balbino Katz  – via Breizh-Info

https://www.polemia.com/la-gauche-et-le-peuple-qui-nexiste-plus/

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