[POINT DE VUE] Canicule : pourquoi la climatisation est-elle l’ennemi juré des écolos ?

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Le réchauffement est en marche et personne ne peut sérieusement le nier. Comme le prouve cette canicule inédite survenue fin mai (et comme le montrent, également, les données historiques recensant les événements météorologiques de ces quarante dernières années), il se manifeste principalement par des vagues de chaleur de plus en plus nombreuses et toujours plus précoces dans l’année. À l’inverse, la corrélation du réchauffement avec les inondations, tempêtes et cyclones apparaît beaucoup moins nette.

Rappelons que la lutte contre le réchauffement climatique repose sur deux leviers complémentaires : l’atténuation, qui vise à réduire les émissions anthropiques de gaz à effet de serre afin d’agir sur la cause du phénomène, et l’adaptation, qui consiste à limiter ses conséquences en développant des réponses de mitigation appropriées. Aujourd’hui, les politiques climatiques et les investissements sont très majoritairement orientés vers l’atténuation. Pourtant, au cours de l’Histoire, c’est en s’adaptant que les sociétés humaines se sont avant tout protégées des aléas climatiques.

Adapter, aménager pour faire baisser la température

Cette stratégie est d’autant plus critiquable que l’atténuation est par nature mondiale : les réductions d’émissions réalisées n’ont d’impact significatif que si elles sont suivies à l’échelle mondiale. Par ailleurs, ses effets sont de long terme, les bénéfices de la décarbonation se manifestant au bout de plusieurs décennies.

À l’inverse, l’adaptation produit des effets plus immédiats et repose sur des décisions prises à l’échelle nationale, voire locale. Les conditions climatiques variant fortement selon les régions, les politiques d’adaptation doivent nécessairement être différenciées d’un territoire à l’autre. Dans le cas des canicules, l’adaptation consiste à faire baisser les températures pour en atténuer les effets.

Au-delà du climat lui-même, l’aménagement du territoire joue un rôle déterminant sur les températures locales. Alors que la végétation et l’eau contribuent à rafraîchir l’air, le béton et l’asphalte, qui absorbent et restituent la chaleur, augmentent sensiblement la température. Ainsi, lors de récentes canicules, on a pu observer, entre Paris intra-muros et les bois de Boulogne ou de Vincennes, des différences de températures dépassant 6 degrés. Dans ce contexte, la première méthode pour réduire les températures consiste à désartificialiser les sols urbains afin de les végétaliser tout en rajoutant des surfaces d’eau ou des brumisateurs. Toutefois, cette approche, qui implique une transformation en profondeur de nos villes, ne peut s’inscrire que dans une logique de long terme.

Lecture idéologique néo-marxiste

La seconde solution est la climatisation. Sur ce point, la France accuse un important retard par rapport à ses voisins européens, avec seulement 25 % de logements équipés, contre 50 % en Italie et 40 % en Espagne. Il s’agit pourtant d’un outil efficace protégeant les plus vulnérables. On estime ainsi que, lors des grandes chaleurs de 2003, davantage de climatisation dans les hôpitaux et les EHPAD aurait pu sauver plusieurs milliers de vies.

Cependant, la climatisation fait l’objet de critiques récurrentes de la part de l’écologie politique, qui la considère comme coûteuse et polluante. Cette opposition démontre tout d’abord la capacité de cette écologie politique à ignorer les progrès technologiques en confondant sciemment les monstres frigorifiques de nos parents avec les pompes à chaleur (PAC) réversibles actuelles. Les pompes à chaleur modernes consomment peu d’électricité et permettent simultanément de chauffer l’hiver et de refroidir l’été. Pourquoi s’en priver ?

Au-delà d’une opposition technique, la position des écologistes s’inscrit dans une lecture idéologique néo-marxiste. Tout le monde n’ayant pas les moyens d’installer une climatisation, cette dernière serait le privilège d’une classe dominante.

Aussi, en cas de canicule, la députée Sandrine Rousseau – qui revendique le « droit à la paresse » — préfère fermer les classes plutôt que d’y installer la climatisation. Quant à la chef de file des Écologistes, Marine Tondelier, elle propose d’instaurer un congé de cinq jours par an pour protéger de la canicule les travailleurs particulièrement exposés. Une façon admirable de creuser un peu plus la dette française.

Je supporte personnellement l’idée d’un grand plan climatisation permettant d’accroître la couverture à 100 % dans les écoles, les hôpitaux, les EHPAD ainsi que dans les logements des personnes âgées.

Philippe Charlez

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